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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201234

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201234

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201234
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE JB BOSCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 août 2022, 19 janvier 2023, 31 janvier 2023 et 15 octobre 2023, Mme F B épouse A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 642,77 euros résultant d'une saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 21 mars 2022 en vue d'assurer le recouvrement de cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2006 à 2010 en raison d'un bien immobilier situé à Veuil (Indre) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'à défaut, depuis la mise en recouvrement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties litigieuses, de notification régulière, notamment à son adresse en Serbie et à son nom d'épouse, de tout acte susceptible d'interrompre valablement le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, cette action en recouvrement était prescrite à la date à laquelle elle a reçu la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Indre conclut au rejet de la requête de Mme A comme non-fondée.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office.

Mme B épouse A a présenté ses observations sur ce moyen susceptible d'être relevé d'office le 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Conseil des ministres de Serbie-et-Monténégro relatif à la succession en matière de traités bilatéraux conclus entre la France et la République socialiste fédérative de Yougoslavie, signé à Paris le 26 mars 2003 et publié par le décret n° 2003-457 du 16 mai 2003 ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République socialiste fédérative de Yougoslavie tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur les revenus signée à Paris le 28 mars 1974 ;

- la convention multilatérale de l'OCDE du 25 janvier 1988 concernant l'assistance administrative mutuelle en matière fiscale ;

- la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. En raison d'un bien immobilier situé à Veuil (Indre) dont elle était propriétaire, Mme B épouse A a été assujettie à une taxe foncière sur les propriétés bâties de 332 euros au titre de l'année 2006, de 354 euros au titre de l'année 2007, de 362 euros au titre de l'année 2008, de 367 euros au titre de l'année 2009 et de 372 euros au titre de l'année 2010, soit un montant total de 1 787 euros. Ces impositions ont été respectivement mises en recouvrement les 31 août des années correspondantes. Par un courrier du 31 mars 2022, adressé à son domicile alors situé à Belgrade (Serbie), la CARSAT Centre Val-de-Loire, qui lui verse sa pension de retraite, a informé Mme B épouse A de ce que, compte tenu d'une saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022 du comptable public du SIP de Châteauroux d'un montant global de 1 642,77 euros, elle était dans l'obligation de procéder à des retenues mensuelles de 140,45 euros sur sa pension. Après avoir obtenu copie de cette saisie administrative à tiers détenteur, tendant au recouvrement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties de 1 787 euros auxquelles étaient ajoutés 51,50 euros de frais mais soustraits 195,73 euros d'acomptes déjà versés, Mme B épouse A, par l'intermédiaire de son avocat serbe, a formé une réclamation préalable du 6 avril 2022 à l'encontre de cet acte de poursuite. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 4 juillet 2022. Par cette requête, Mme B épouse A, se prévalant de la prescription de l'action en recouvrement des créances fiscales, demande à être déchargée de l'obligation de payer la somme de 1 642,77 euros figurant sur cette saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer :

En ce qui concerne le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ".

3. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa version en vigueur jusqu'au 1er janvier 2022 : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / Le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu au premier alinéa est augmenté de deux années pour les redevables établis dans un Etat non membre de l'Union européenne avec lequel la France ne dispose d'aucun instrument juridique relatif à l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures ". Selon l'article L. 274 de ce livre, dans sa version en vigueur à compter du 1er janvier 2022, dont les dispositions, conformément au A du XI de l'article 160 de la loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020, s'appliquent aux actions en recouvrement dont le délai de prescription commence à courir ou dont une cause interruptive de prescription intervient à compter du 1er janvier 2022 : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A. / Le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu au premier alinéa est augmenté de deux années pour les redevables établis dans un Etat non membre de l'Union européenne avec lequel la France ne dispose d'aucun instrument juridique relatif à l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures ".

4. En vertu des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, les recours contre les décisions de l'administration sur les contestations relatives au recouvrement des impôts sont portés devant le tribunal judiciaire lorsqu'elles sont relatives à la régularité en la forme de l'acte et devant le juge de l'impôt, tel qu'il est prévu à l'article L. 199, lorsqu'elles portent sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Il appartient, toutefois, au juge administratif, seul compétent, selon le même texte, pour connaître des contestations portant sur l'exigibilité des sommes réclamées, d'apprécier, le cas échéant, si un acte de poursuite antérieur à celui qui a provoqué la réclamation du contribuable a pu, eu égard aux conditions dans lesquelles il a été signifié à ce dernier, interrompre le cours de la prescription prévue par les dispositions de l'article L. 274 du même livre.

5. Aux termes de l'article 8 de la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures : " 1. À la demande de l'autorité requérante, l'autorité requise notifie au destinataire l'ensemble des documents, y compris ceux comportant une dimension judiciaire, qui émanent de l'État membre requérant et qui se rapportent à une créance visée à l'article 2 ou au recouvrement de celle-ci / [] /2. L'autorité requérante n'introduit de demande de notification au titre du présent article que si elle n'est pas en mesure de procéder à la notification conformément aux dispositions régissant la notification du document concerné dans l'État membre requérant [] ".

6. Il appartient au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative au recouvrement d'une créance fiscale auprès d'un débiteur qui ne réside habituellement ni en France, ni dans un autre Etat membre de l'Union européenne, de déterminer si un instrument juridique relatif à l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle de la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 est applicable à l'intéressé, auquel cas celui-ci n'est soumis qu'au délai de prescription de quatre années prévu par le premier alinéa de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.

7. En l'espèce, d'une part, la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République socialiste fédérative de Yougoslavie signée à Paris le 28 mars 1974, dont l'article 26 prévoit des échanges de renseignements entre les autorités compétentes des Etats contractants pour appliquer les dispositions de cette convention et de celles des lois internes de ces Etats " relatives aux impôts visés par la convention " et notamment pour le " recouvrement des impôts visés par la présente convention ", concerne exclusivement les impositions en matière d'impôts sur les revenus et ne saurait ainsi être regardée, dans le cadre du présent litige relatif au recouvrement de cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, comme ayant une portée similaire aux obligations d'assistance mutuelle résultant de la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010. D'autre part, si la Serbie est partie à la convention multilatérale de l'OCDE du 25 janvier 1988 relative à l'assistance administrative mutuelle en matière fiscale, dont les stipulations prévoient une assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle de cette directive, cet Etat n'a toutefois signé cette convention que le 13 juin 2019, qui est uniquement entrée en vigueur dans son ordre juridique interne à compter du 1er décembre 2019. Dès lors, conformément à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, le délai de prescription de l'action en recouvrement n'est passé de six à quatre ans pour les redevables établis en Serbie qu'à compter du 1er décembre 2019.

En ce qui concerne la prescription de l'action en recouvrement des dettes fiscales de la requérante :

8. Mme B épouse A soutient qu'avant la réception de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022, elle n'a reçu notification régulière d'aucun acte qui aurait eu pour effet d'interrompre le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, notamment des actes sont se prévaut l'administration fiscale dans son mémoire en défense constitués, au titre des créances fiscales des seules années 2006 et 2007, d'un avis à tiers détenteur du 26 septembre 2008, et, au titre des créances fiscales qui concernent les années 2006 à 2010, d'un avis à tiers détenteur du 23 mai 2012, d'un avis à tiers détenteur du 24 juin 2013, de deux mises en demeure de payer du 5 janvier 2017, d'un avis à tiers détenteur du 12 avril 2018 et de mises en demeure de payer du 28 janvier 2020.

9. S'agissant de l'avis à tiers détenteur émis le 23 mai 2012, dont la copie qui aurait été adressée à Mme B épouse A n'est pas produite, l'administration fiscale, en se bornant à produire la copie d'une enveloppe adressée à la requérante à son adresse alors connue à Vigneux-sur-Seine comportant un tampon daté du 24 mai 2012 du centre de tri de La Poste et un accusé de réception rempli le 25 juin 2012 par La Banque Postale en qualité de tiers requis, ainsi qu'à faire valoir que cette enveloppe a été retournée au service sans précision du motif de la non-distribution, n'apporte pas la preuve, qu'elle supporte, de la notification régulière de cet acte de poursuite du 23 mai 2012. S'agissant de l'avis à tiers détenteur du 24 juin 2013, qui mentionne sans explication donnée en défense une adresse de l'intéressée au " 39 B 11070 Murskala - Partizanska - Russia ", l'administration fiscale, en se bornant à produire un accusé de réception comportant un tampon de la Banque Postale daté du 30 juillet 2013, ne justifie pas davantage de la notification régulière de cet acte de poursuite à Mme B épouse A, dont l'adresse connue de l'administration était alors celle à Vigneux-sur-Seine qu'elle avait déclarée dans la déclaration qu'elle avait souscrite en 2013 de ses revenus perçus en 2012, quand bien même, selon les termes de la décision du 4 juillet 2022 portant rejet de la réclamation préalable, le service avait, avant cette déclaration, reçu le 7 juin 2012 un certificat de changement de domicile à destination de Belgrade établi le 6 mai 2011 par les services de la commune de Vigneux-sur-Seine. S'agissant des deux mises en demeure de payer du 5 janvier 2017 mentionnant qu'elles auraient été envoyées à l'adresse de Mme B épouse A en Serbie, l'administration fiscale ne justifie pas de sa notification régulière ni même seulement d'une prise en charge par La Poste d'un pli envoyé par lettre recommandée avec avis de réception. Il en est de même de l'avis à tiers détenteur du 12 avril 2018 qui aurait également été envoyé à la requérante à son adresse en Serbie. Si l'administration fiscale évoque par ailleurs des mises en demeure de payer du 28 janvier 2020 envoyées à Vigneux-sur-Seine qui seraient revenues au SIP de Châteauroux avec la mention " pli avisé et non réclamé ", il n'est à nouveau pas justifié de leur éventuelle notification régulière. Dans ces conditions, contrairement à ce que fait valoir le directeur départemental des finances publiques de l'Indre en défense, à défaut d'une preuve de leur notification régulière, ni les avis à tiers détenteur des 23 mai 2012, 24 juin 2013 et 12 avril 2018, ni les mises en demeure de payer des 5 janvier 2017 et 28 janvier 2020 n'ont été de nature à interrompre le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.

10. Si, s'agissant des créances de taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2006 et 2007, le délai de prescription de l'action en recouvrement, alors de six ans à compter de la date de mise en recouvrement des cotisations en cause, peut être regardé comme ayant été interrompu le 13 octobre 2008, date à laquelle la trésorerie de Valençay a reçu un courrier de Mme B épouse A dans lequel celle-ci a indiqué, " suite à la notification d'avis à tiers détenteur [du 26 septembre 2008] ", qu'elle reconnait ses dettes fiscales mais qu'elle ne pouvait s'en acquitter eu égard à ses ressources modestes, il est constant qu'à la date de réception de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022, le nouveau de délai de prescription de six ans qui a commencé à courir à compter du 13 octobre 2008 était expiré depuis le 13 octobre 2014.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B épouse A est fondée à soutenir qu'à la date de réception de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 mars 2022, l'action en recouvrement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge pour les années 2006 à 2010 en raison d'un bien immobilier situé à Veuil était prescrite et qu'il y a lieu de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 642,77 euros dont cet acte de poursuite tend à assurer le recouvrement.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 100 euros à verser à Mme B épouse A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B épouse A est déchargée de l'obligation de payer la somme de 1 642,77 euros dont la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022 tend à assurer le recouvrement.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 100 (cent) euros à Mme B épouse A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Ce jugement sera notifié à Mme F B épouse A et au directeur départemental des finances publiques de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

J.B. C

Le greffier,

M. DLa République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef

La Greffière

M. E

cg

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