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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201393

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201393

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201393
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, Mme G D, représentée par Me Boucherle, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), ainsi que le docteur C, à lui verser une somme globale de 745'580,81 euros en raison des manquements commis lors de sa prise en charge dans cet établissement public de santé ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, de la SHAM et du docteur C une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la responsabilité :

- ainsi qu'il ressort du rapport établi le 14 août 2020 par le docteur H, une erreur a été commise par le docteur C lors de l'arthroscopie qui a été réalisée le 3 mai 2018 au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc dans la mesure où elle a subi une régularisation de la fissure de la corne " postérieure " du ménisque externe droit alors que l'IRM qu'elle a subie le 14 avril 2018 avait révélé une fissure de la corne " antérieure " du ménisque externe droit ; le geste réalisé ne correspond donc pas à celui que le chirurgien avait programmé ; les soins n'ont pas été diligents, consciencieux et conformes aux règles de l'art ;

- compte tenu de cette faute commise dans le cadre de sa prise en charge, elle est fondée à engager la responsabilité solidaire du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, de son assureur la SHAM et du docteur C.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 8'878,81 euros au titre des pertes de gains professionnels avant consolidation, d'une somme de 1 962 euros au titre de l'aide par une tierce personne avant consolidation, d'une somme de 586 600 euros au titre des pertes de gains professionnels après consolidation et d'une somme de 100 000 euros au titre de préjudice d'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 14 140 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire (DFT), d'une somme de 4 000 euros au titre des souffrances endurées, d'une somme de 25 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent (DFP) et d'une somme de 5 000 euros au titre du préjudice esthétique.

Par des mémoires enregistrés les 25 novembre 2022 et 17 octobre 2023, la CPAM du Loir-et-Cher, agissant pour le compte de la CPAM de l'Indre, demande au tribunal, d'une part, de condamner le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc à lui verser une somme globale de 25 310,10 euros en remboursement de ses débours ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, d'autre part, de mettre à la charge de cet établissement public de santé une somme de 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc et la SHAM, représentés par Me Valière-Vialeix, demandent au tribunal :

1°) après exclusion des préjudices liés non pas à la faute commise dans la prise en charge de Mme D mais à son algodystrophie, de réduire le montant de l'indemnisation sollicitée par la requérante et par la CPAM du Loir-et-Cher ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale avant dire droit ;

3°) de rejeter les conclusions présentées par Mme D et par la CPAM du Loir-et-Cher sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de ramener à de plus justes proportions les sommes demandées par la requérante sur ce fondement.

Ils font valoir que :

- l'erreur commise par le docteur C constituant une faute de service et non une faute personnelle qui serait de nature à engager la responsabilité personnelle de ce médecin à l'égard de la requérante, seule la responsabilité du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc et celle de son assureur sont susceptibles d'être engagées dans la présente instance ;

- s'ils ne contestent pas la réalité de l'erreur commise par le docteur C à l'occasion de l'arthroscopie du genou droit réalisée le 3 mai 2018 et ainsi l'existence d'une faute médicale de nature à engager la responsabilité de l'hôpital sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, seuls les préjudices en lien direct et certain avec ce manquement pourrait être retenu à leur encontre, ce qui, conformément au rapport établi le 24 avril 2023 par le docteur A, exclu ceux relatifs, d'une part, à l'état antérieur de la patiente, d'autre part, à l'algodystrophie, qui est la conséquence d'un accident médical non fautif dont la survenue n'était pas prévisible et qui aurait pu aussi se produire avec le traitement de la bonne lésion au niveau du ménisque externe ;

- outre que certains des préjudices pour lesquels Mme D sollicite une indemnisation sont liés non pas à la faute commise lors de l'intervention du 3 mai 2018 mais à l'algodystrophie, de sorte qu'aucune indemnité ne saurait être allouée pour ces préjudices, les sommes demandées par la requérante pour les seuls préjudices imputables au manquement du centre hospitalier lors de sa prise en charge sont manifestement surévaluées ;

- de la même manière, seules certaines des sommes évoquées par la CPAM du Loir-et-Cher sont liées de manière directe et certaine à la faute commise dans la prise en charge de Mme D ; il n'y a lieu d'accorder un remboursement des débours exposés par la CPAM du Loir-et-Cher qu'à hauteur des prestations versées pour la période du 4 juin au 4 août 2018 ;

- à titre subsidiaire, si la juridiction s'estimait insuffisamment informée quant au principe de responsabilité et à l'étendue des préjudices indemnisables, ils ne sont pas opposés à ce qu'une expertise médicale soit ordonnée avant dire droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Mons-Barriaud, pour Mme D,

- et les observations de Me Valière-Vialeix, pour le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM).

Considérant ce qui suit :

1. Née le 14 août 1986, Mme D, qui ressentait des douleurs récurrentes au niveau du genou droit, a subi une IRM le 14 avril 2018 qui a révélé une fissure de la corne antérieure du ménisque externe. Le 18 avril 2018, pendant qu'elle exerçait son activité d'agent de service, elle a senti son genou droit " lâcher " et craquer en montant des escaliers. Admise au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc le même jour, un médecin de garde du service des urgences lui a prescrit des antalgiques ainsi qu'un arrêt de travail. Devant la persistance des douleurs au genou droit, elle a consulté le docteur C, chirurgien orthopédique dans ce centre hospitalier, qui a proposé la réalisation d'une arthroscopie du genou droit. Cette intervention, au cours de laquelle ce médecin a procédé selon le compte rendu opératoire à une résection d'une fissure de la corne postérieure et non antérieure du ménisque externe, a été réalisée dans cet établissement public de santé le 3 mai 2018. Ayant conservé dans les suites opératoires des douleurs qui se sont aggravées par la survenue d'une impotence fonctionnelle du genou droit, Mme D a subi une scintigraphie osseuse le 12 juillet 2018 qui a mis en évidence une algodystrophie. Une seconde IRM réalisée le 19 juillet 2018 a confirmé la persistance de la fissure de la corne antérieure du ménisque externe à raison de laquelle l'intéressée devait initialement être opérée le 3 mai 2018. Après avoir consulté un médecin du CHU de Limoges, qui s'est prononcé défavorablement à une nouvelle intervention, ainsi qu'un médecin conseil de la CPAM de l'Indre, Mme D, qui n'avait toujours pas repris son activité professionnelle et qui a convenu d'une rupture conventionnelle avec son employeur à compter du 20 août 2019, s'est rapprochée de son assurance protection juridique qui a demandé au docteur H, médecin généraliste, de réaliser une expertise médicale sur les conditions dans lesquelles l'intéressée avait été prise en charge au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc. Ce médecin a établi son rapport le 14 août 2020. Après que, par une ordonnance n° 2200114 du 9 mai 2022, le juge des référés du tribunal ait refusé de faire droit à une demande d'expertise judiciaire présentée par Mme D au motif que le rapport d'expertise amiable du docteur H " a déjà répondu à toutes les questions dont la requérante fait état ", celle-ci a adressé une réclamation indemnitaire au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc par un courrier du 22 juin 2022. Par cette requête, Mme D, dont la réclamation a été implicitement rejetée, demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), ainsi que le docteur C, à lui verser une somme globale de 745'580,81 euros en raison des fautes commises lors de sa prise en charge dans cet établissement public de santé. Pour sa part, la CPAM du Loir-et-Cher, agissant pour le compte de la CPAM de l'Indre, demande au tribunal de condamner ce centre hospitalier à lui verser une somme globale de 25 310,10 euros en remboursement de ses débours ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les conclusions de la requête dirigées contre le docteur C :

2. Si les fautes commises par les agents publics dans l'exercice de leurs fonctions peuvent constituer des fautes de service de nature à engager la responsabilité de l'administration et si, dans cette mesure, la juridiction administrative est compétente pour apprécier la gravité de ces fautes et condamner la personne publique dont relève l'agent, il ne lui appartient pas en revanche de se prononcer sur les conclusions qui mettent en cause la responsabilité personnelle de ces agents publics.

3. En l'espèce, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D à l'encontre du docteur C tendent à engager la responsabilité personnelle de ce même médecin employé par le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc. Dès lors, de telles conclusions doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées contre le centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc et son assureur la SHAM :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Selon l'article D. 1142-1 de ce code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".

5. Il appartient au juge saisi par la victime d'un accident médical de conclusions indemnitaires invoquant la responsabilité pour faute d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I de l'article L.1142-1 du code de la santé publique, de déterminer si l'accident médical a été directement causé par la faute invoquée et, dans ce cas, si l'acte fautif est à l'origine des dommages corporels invoqués ou seulement d'une perte de chance de les éviter. Si l'acte fautif n'est pas la cause directe de l'accident, il lui appartient de rechercher, le cas échéant d'office, si le dommage subi présente le caractère d'anormalité et de gravité requis par le II de l'article L. 1142 1 du CSP et doit, par suite, faire l'objet d'une réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.

6. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

7. S'il est constant que, lors de l'opération réalisée le 3 mai 2018 au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, une faute médicale a été commise par le chirurgien puisqu'il est intervenu sur la corne postérieure du ménisque externe du genou droit et n'a donc pas procédé à la résection initialement programmée de la fissure de la corne antérieure du ménisque externe de ce genou, les éléments versés au dossier ne permettent toutefois pas, en l'état, d'évaluer utilement et précisément l'étendue du droit à indemnisation de Mme D. S'agissant ainsi du recours à l'intervention du 3 mai 2018, il existe une incertitude quant à son bien-fondé dans la mesure où si le docteur A, chirurgien orthopédique sollicité en cours d'instance par le centre hospitalier, note dans son rapport du 23 avril 2023 que l'opération " était justifiée devant une lésion méniscale symptomatique chez une patiente jeune et en échec du traitement médical ", le docteur H, dans son rapport du 14 août 2020, semble inclure " l'intervention chirurgicale " elle-même parmi les faits susceptibles d'être reprochés au centre hospitalier, et le docteur F, médecin dans le service de chirurgie orthopédique et traumatologique du CHU de Limoges, a relevé dans son courrier du 7 février 2019 qu'il était en défaveur d'une nouvelle intervention pour traiter la fissure persistante de la corne antérieure du ménisque externe du genou droit de Mme D sans expliquer en quoi, du point de vue du bien-fondé de l'indication opératoire, la situation était différente de celle qui existait le 3 mai 2018. En outre, s'il résulte de l'instruction que l'algodystrophie révélée par la scintigraphie osseuse du 12 juillet 2018 semble être la conséquence directe non pas du geste chirurgical fautif du docteur C mais du principe même de l'intervention du 3 mai 2018, les éléments versés au dossier ne permettent pas au tribunal de connaître, avec un degré suffisant de précision, l'origine certaine de cette algodystrophie, dans quelle mesure celle-ci serait effectivement guérie ou bien consolidée avec séquelles au 3 mai 2020 et quels sont exactement les préjudices temporaires ou permanents liés à cette algodystrophie ou aux seules douleurs et limitations fonctionnelles résultant de l'absence de traitement de la fissure de la corne interne du ménisque externe du genou droit. Également, à supposer que l'indication opératoire du 3 mai 2018 était conforme aux règles de l'art et que l'algodystrophie résulterait d'un accident médical non fautif comme l'indique le docteur A dans son rapport du 24 avril 2023, le tribunal ne dispose pas des éléments lui permettant d'apprécier si cet accident médical non fautif présente le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, en particulier si ce seul accident médical non fautif a été, à l'exclusion des dommages liés au défaut de traitement de la fissure de la corne interne du ménisque externe du genou droit, à l'origine d'un arrêt temporaire des activités professionnelles pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois conformément à ce qui est prévu par l'article D. 1142-1 de ce code. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise aux fins précisées ci-après.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions formées par Mme D à l'encontre du docteur C sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Il sera procédé, avant dire droit, à une expertise par un médecin désigné par le président du tribunal, menée au contradictoire de Mme D, du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, de la SHAM, de l'ONIAM et de la CPAM du Loir-et-Cher.

L'expert aura pour mission :

1°) De prendre connaissance du dossier médical de Mme D, en particulier des différents rapports d'expertises, courriers et pièces médicales produites par les parties dans la présente instance.

2°) D'indiquer si les conditions de prise en charge de Mme D au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc pour le traitement de la fissure de la corne interne du ménisque externe de son genou droit ont été conformes aux règles de l'art médical, et notamment si l'indication opératoire du 3 mai 2018 était fondée.

3°) S'il devait considérer que l'indication opératoire du 3 mai 2018 était fondée, de préciser si l'algodystrophie mise en évidence par la scintigraphie du 12 juillet 2018 est nécessairement liée à l'indication opératoire ou aurait pu, et alors selon quelle probabilité, ne pas se présenter en cas d'intervention licite et d'indiquer si cette algodystrophie révèle un accident médical non fautif répondant aux conditions d'anormalité et de gravité, prévues au II de l'article L. 1142-1 et à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, susceptibles de donner lieu à une indemnisation au titre de la solidarité nationale. S'agissant de l'anormalité du dommage, il appartiendra à l'expert de dire si les conséquences de l'acte médical ont été notablement plus graves que l'évolution prévisible du patient en l'absence de traitement ou, à défaut, si la survenue de cette algodystrophie présentait une probabilité faible en donnant à cet égard un pourcentage du risque de survenue de cette pathologie. S'agissant de la gravité du dommage, l'expert devra indique si l'algodystrophie a entraîné, à elle-seule, une des conséquences mentionnées à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, en particulier si elle a été à l'origine d'un arrêt temporaire de l'activité professionnelle pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois.

4°) De dire si l'algodystrophie mise en évidence par la scintigraphie osseuse du 12 juillet 2018 est guérie ou consolidée avec séquelles, et de fixer la date de cette guérison ou de cette consolidation avec séquelles.

5°) De décrire les dommages patrimoniaux et extrapatrimoniaux, temporaire et permanents, imputables respectivement, d'une part, au geste opératoire fautif du docteur C et au défaut de traitement de la lésion de la corne interne du ménisque externe du genou droit de Mme D, d'autre part, à l'algodystrophie.

Article 3 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il pourra se faire remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles, et notamment tous ceux relatifs aux examens et soins pratiqués sur l'intéressée. Il annexera à son rapport l'intégralité des dires présentés par les parties.

Article 4 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Article 5 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dans le délai qui sera fixé par le président du tribunal. Il en notifiera une copie à chacune des parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, au centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc, à la SHAM, à l'ONIAM et à la CPAM du Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. GUICHON

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. GUICHON

mf

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