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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201461

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201461

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201461
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantDURANÇON DELPHINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Maur a retenu partiellement sa correspondance ;

3°) d'enjoindre au directeur de la maison centrale de Saint-Maur de lui restituer le courrier retenu dans un délai de trois jours à compter la notification du jugement à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jours de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la procédure relative à la retenu de correspondance est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalables ;

- la décision de retenu de sa correspondance ne lui a pas été notifiée dans le délai de trois jours prévus par les dispositions l'article R. 345-5 du code pénitentiaire ;

- sa correspondance n'était soumise à aucune autorisation préalable ;

- la décision litigieuse méconnait les stipulations des articles 8 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ainsi que l'article L. 370-1 du code pénitentiaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la Justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 novembre 2023 par une ordonnance du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du document intitulé " mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration " que M. B a été informé, le 8 septembre 2022 de l'intention du chef d'établissement de procéder à son égard à une retenue partielle de sa correspondance. À la suite de cette information, M. B a émis le souhait de présenter des observations orales et d'être assisté par Me Durançon. Le 12 septembre 2022, le requérant a été informé de ce qu'il était convoqué à un débat contradictoire le 15 septembre 2022 auquel il a finalement refusé de se présenter. Le conseil de M. B a quant à lui présenté des observations écrites le 12 septembre 2022. Par ailleurs, si M. B soutient que la correspondance retenue n'a pas été versée au dossier contradictoire, de sorte qu'il n'a pas été possible de vérifier le contenu de l'écrit et de discuter la légalité de la décision de retenue, il doit être regardé, en tant qu'auteur, comme ayant nécessairement connaissance de son contenu. Au demeurant, eu égard au motif de la décision attaquée, à savoir l'absence de demande d'autorisation préalable pour la sortie d'un écrit destiné à être publié, et dès lors que M. B ne conteste pas que son courrier était destiné à être publié, un tel vice n'a pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou de priver l'intéressé d'une garantie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure préalable contradictoire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 345-5 du code pénitentiaire : " La décision de retenir une correspondance écrite, reçue ou expédiée, est notifiée à la personne détenue par le chef de l'établissement pénitentiaire au plus tard dans les trois jours. Lorsque la décision concerne une personne condamnée, le chef de l'établissement en informe la commission de l'application des peines. Lorsqu'elle concerne une personne prévenue, il en informe le magistrat chargé du dossier de la procédure. La correspondance retenue est déposée dans le dossier individuel de la personne détenue. Elle lui est remise lors de sa libération. ".

6. Les conditions dans lesquelles la décision du directeur de la maison centrale de Saint-Maur a été notifiée à M. B sont sans influence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de retenue n'aurait pas été notifiée dans le délai de trois jours requis par l'article R. 345-5 du code pénitentiaire est inopérant et doit être écarté.

7. D'une part, aux termes de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. () / 2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. ". Aux termes de l'article L. 6 du code pénitentiaire : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. () ". Et aux termes de l'article L. 345-2 du même code : " Les personnes détenues condamnées peuvent correspondre par écrit avec toute personne de leur choix. ". Aux termes de l'article L. 345-3 du même code : " Le courrier adressé ou reçu par les personnes détenues peut être contrôlé et retenu par l'administration pénitentiaire lorsque cette correspondance paraît compromettre gravement leur réinsertion ou le maintien du bon ordre et la sécurité. En outre, le courrier adressé ou reçu par les personnes prévenues est communiqué à l'autorité judiciaire selon les modalités qu'elle détermine. / Lorsque l'administration pénitentiaire décide de retenir le courrier d'une personne détenue, elle lui notifie sa décision. ". Et aux termes de l'article R. 345-5 de ce code : " La décision de retenir une correspondance écrite, reçue ou expédiée, est notifiée à la personne détenue par le chef de l'établissement pénitentiaire au plus tard dans les trois jours. // La correspondance retenue est déposée dans le dossier individuel de la personne détenue. Elle lui est remise lors de sa libération. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 381-1 du code pénitentiaire : " La sortie des écrits rédigés par une personne détenue en vue de leur publication ou de leur divulgation est autorisée par le directeur interrégional des services pénitentiaires.

Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire et sous réserve de l'exercice des droits de la défense, tout manuscrit rédigé en détention peut être retenu pour des raisons d'ordre public et n'être restitué à son auteur qu'au moment de sa libération. ".

9. Pour retenir le courrier du 28 août 2022, le directeur de la maison centrale de Saint Maur s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que M. B n'avait pas sollicité d'autorisation préalable à la sortie de son écrit rédigé en vue d'une publication, et d'autre part, que ce même courrier était susceptible de compromettre gravement sa réinsertion.

10. Il ressort des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté que le courrier que M. B a souhaité adresser à une journaliste du magazine et du site " l'envolée " était destiné à être publié et relevait dès lors du champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 381-1 du code pénitentiaire et d'une autorisation préalable du directeur interrégional des services pénitentiaires, dont les dispositions ne constituent pas une ingérence excessive ni dans le droit au respect de la vie privée des personnes détenues, ni dans leur droit à la liberté d'expression, garantis respectivement par les articles 8 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur de la maison centrale de Saint Maur a estimé que ce courrier était soumis à une autorisation préalable.

11. Il est constant que M. B n'a sollicité aucune autorisation du directeur interrégional des services pénitentiaires dans la perspective d'une publication de son courrier dans le journal ou sur le site " l'envolée ". Pour ce seul motif, le directeur de la maison centrale de Saint-Maur était fondé à retenir la correspondance de l'intéressé. Au surplus, le requérant ne conteste pas le second motif de la décision attaquée, à savoir que la correspondance en cause serait susceptible de compromettre gravement sa réinsertion. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à en demander l'annulation et ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Durançon et au garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au garde des Sceaux, ministre de la Justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

jb

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