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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201463

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201463

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201463
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. B C au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 30 septembre 2021 par laquelle la communauté de communes de Gartempe Saint Pardoux a approuvé la modification du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant qu'il classe la parcelle n° 583 en zone agricole ;

2°) de condamner la communauté de communes de Gartempe Saint Pardoux à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation du préjudice matériel subi du fait de déclassement de sa parcelle.

Il soutient que :

- il n'a pas été informé de la procédure de révision du PLUi ;

- le classement de la parcelle n° 583 section D en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la délibération en litige est illégale dès lors qu'elle est entachée d'un détournement de pouvoir, Mme A siégeant au conseil municipal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, la communauté de communes de Gartempe Saint Pardoux, représentée par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la délibération en litige sont irrecevables du fait, d'une part, de leur tardiveté et, d'autre part, de l'absence de réalisation des formalités exigées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées par une demande préalable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de Mme Chambellant ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 30 juin 2021, la communauté de communes de Gartempe Saint-Pardoux a approuvé la modification de son PLUi qui porte notamment correction du règlement graphique. Ces modifications engendrent le classement notamment en zone agricole non constructible de la parcelle cadastrée n° 583 section D située au lieu-dit la Brandouille sur le territoire de la commune de Saint-Pardoux. M. C, propriétaire de la parcelle précitée, demande au tribunal d'annuler cette délibération et de condamner la commune à lui verser la somme de 60 000 euros au titre de son préjudice financier.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. En l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision rejetant la demande indemnitaire de M. C, ni même en tout état de cause de réclamation préalable adressée la communauté de communes de Gartempe Saint-Pardoux, en dépit de la fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions présentées par l'intéressé tendant au versement par ladite communauté de communes d'une somme de 60.000 euros au titre d'un prétendu préjudice financier, sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées. La fin de non-recevoir opposée en défense par la communauté de communes doit par suite être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 30 juin 2021 :

4. En premier lieu, M. C soutient que la procédure est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'a pas été personnellement informé de la décision de réviser le plan local d'urbanisme intercommunal. Or, aucune disposition légale ou règlementaire ne prévoit que les auteurs d'un plan local d'urbanisme intercommunal soient tenus d'informer à titre personnel les propriétaires d'une parcelle dont ils entendent modifier le classement, y compris lorsqu'ils auraient eu connaissance d'un projet de cession. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; () ".

6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan local d'urbanisme, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

7. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des données accessibles sur le site Géoportail facilement accessible tant au juge qu'aux parties que la parcelle de M. C ne supporte aucune construction. Elle s'ouvre sur de vastes espaces agricoles et forestiers à proximité immédiate du lac de Saint Pardoux. L'habitat proche est diffus et ne constitue pas un secteur urbanisé de la commune. Les circonstances que la parcelle était précédemment classée en zone urbanisée de la commune et que le requérant avait trouvé acquéreur pour la céder en vue d'une construction sont sans incidence sur la légalité de leur classement en zone naturelle dès lors que nul n'a de droit acquis au maintien d'un texte réglementaire. Par suite, le classement de cette parcelle en zone agricole n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Le moyen sera donc écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires ". Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec eux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération. Cependant, s'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune ou d'une agglomération, la circonstance qu'un conseiller intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant une telle délibération ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.

9. En l'espèce, M. C met en cause la participation d'une élue municipale et communautaire, qui souhaitait acquérir sa parcelle, à la procédure de révision et à l'adoption du PLUi révisé. S'il soutient ainsi qu'elle a exercé une influence sur le projet de PLUi, cette allégation n'est pas démontrée par les pièces du dossier alors que la délibération a été adoptée avec 21 voix pour et 6 abstentions. En outre, le requérant ne démontre pas en quoi le classement de sa parcelle en zone agricole, viendrait contrevenir au projet de construction de cette élue sur cette même parcelle aurait visé à la prise en compte d'un intérêt personnel de cette élue, distinct de l'intérêt de la généralité des habitants de la commune. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement de la somme que la communauté de communes de Gartempe Saint-Pardoux demande au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2: Les conclusions présentées par la communauté de communes de Gartempe Saint-Pardoux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la communauté de communes de Gartempe Saint-Pardoux.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

La Greffière

M. D

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