mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201565 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MONPION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022, M. E C, représenté par Me Monpion, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, s'il s'estime insuffisamment éclairé par les pièces du dossier, une expertise médicale avant-dire-droit aux fins d'examiner sa situation effective de santé à la date de la mise à la retraite ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 par laquelle le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne a admis M. C à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er septembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au président du Conseil départemental de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du Département de la Haute-Vienne une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de plusieurs vices de procédure : en premier lieu, le conseil médical réuni le 11 juillet 2022 était irrégulièrement composé ; en deuxième lieu, le délai d'examen du dossier et de convocation du conseil médical n'a pas été respecté ; en troisième lieu, le président du Conseil départemental n'a pas demandé l'avis du conseil médical en formation restreinte lors de sa réintégration à l'expiration de ses droits à congés ;
- l'avis du conseil médical réuni le 11 juillet 2022 n'est pas motivé ;
- le Département de la Haute-Vienne ne justifie pas l'impossibilité de proposer à M. C des emplois de reclassement ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation quant à son inaptitude totale et définitive à exercer toutes fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le Département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 modifié ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gillet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Monpion, représentant M. C, et de Mme I, représentant le Département de la Haute-Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C a été intégré aux services du Département de la Haute-Vienne, à partir du 1er janvier 2008, pour exercer les fonctions de chef de cuisine au sein du collège Paul Langevin à Saint-Junien, en dernier lieu en qualité de technicien territorial titulaire. Par un arrêté du 24 août 2022, dont il demande l'annulation, le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne a admis M. C à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er septembre 2022.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le comité médical, qui s'est réuni le 11 juillet 2022 pour examiner la situation de M. C, était composé du docteur F A, en qualité de président et des docteurs Jean-Michel Lambert et F Lemaire, en qualité de médecins agréés généralistes. Ces médecins ont été régulièrement désignés, pour un mandat de trois ans, par un arrêté n° 87-2022-05-04-00004 pris par la préfète de la Haute-Vienne le 4 mai 2022. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la composition irrégulière du conseil médical.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " V.- L'avis du conseil médical en formation plénière est motivé. /L'avis du conseil médical est notifié, dans le respect du secret médical, à l'autorité territoriale et à l'agent par le secrétariat du conseil médical par tout moyen permettant de conférer date certaine à cette notification ". Il résulte de ces dispositions que l'avis du conseil médical doit être motivé dans le respect du secret médical.
4. Si M. C soutient que le conseil médical n'aurait pas suffisamment précisé les éléments retenus pour fonder ses conclusions d'inaptitude définitive à toutes fonctions, le procès-verbal de la séance du 11 juillet 2022 mentionne le rapport d'expertise médicale établi par le docteur B et la pathologie présentée par l'intéressé, ainsi que les réponses aux questions permettant d'aboutir à ces conclusions.
5. En troisième lieu, si, en vertu de l'article 7 du décret du 30 juillet 1987 précité, le conseil médical doit examiner le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat, ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité. Ainsi, la circonstance que le conseil médical a statué le 11 juillet 2022, soit plus d'un mois après sa saisine par le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne le 30 mai 2022, n'entache pas d'irrégularité l'avis rendu par celui-ci.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les convocations pour la séance du 11 juillet 2022 ont été adressées aux membres du conseil médical par lettre du 14 juin précédent, soit le lendemain de la séance ayant constaté l'absence de quorum permettant d'examiner la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que le délai de convocation prévu à l'article 7 du décret du 30 juillet 1987 précité doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 précité : " I.- Le conseil médical départemental réuni en formation restreinte est consulté pour avis sur : () 3° La réintégration à expiration des droits à congés pour raison de santé ". Si le requérant soutient que le Département de la Haute-Vienne a méconnu ces dispositions en s'abstenant de consulter pour avis le conseil médical départemental réuni en formation restreinte, il résulte des pièces du dossier que ces dispositions n'étaient pas applicables à la situation de M. C dans la mesure où l'administration envisageait une mise à la retraire de l'intéressé pour invalidité et non pas sa réintégration à l'expiration de ses droits à congé pour invalidité temporaire imputable au service. Par suite, le moyen ne pourra qu'être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement, avec maintien du traitement, pendant une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif ". Et aux termes de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction résultant du décret du 22 avril 2022 : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du conseil médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, au vu de son état de santé, M. C a été reconnu définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions aux termes d'un avis de la commission de réforme des fonctionnaires des collectivités locales du 14 septembre 2020, confirmé par un avis du conseil médical départemental du 11 juillet 2022. La Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales a, par la suite, adopté, le 26 juillet 2022, un avis favorable au placement d'office de ce fonctionnaire à la retraite pour invalidité. Pour autant, le rapport d'expertise médicale établi de façon circonstanciée le 24 octobre 2017 par le professeur B et la fiche de visite du médecin du travail du 6 novembre 2020 indiquent que l'état de santé de M. C le place certes dans une inaptitude définitive à son poste antérieur de cuisinier mais qu'il peut reprendre une activité professionnelle à temps plein dans un poste aménagé et dans le respect de certaines prescriptions. Le rapport d'expertise médicale du professeur J du 8 juillet 2020 conclut par ailleurs que l'état clinique de l'intéressé est stabilisé depuis le 24 octobre 2017 et que, si la seule possibilité sur le plan professionnel est une mise à la retraite pour inaptitude, c'est à défaut et en raison de l'impossibilité pour le Département de la Haute-Vienne de le reclasser. Enfin, le Département de la Haute-Vienne ne produit aucun autre document susceptible d'établir une évolution défavorable de l'état de santé de M. C alors que le requérant verse aux débats un certificat médical du 8 juin 2022 par lequel le docteur H estime que l'intéressé " est apte au travail dans les recommandations de reclassement émis par le professeur G B suite à son expertise ". Partant, il y a lieu de considérer que l'intéressé était apte, à la date de la décision en litige et moyennant un aménagement de son poste, à l'exercice de fonctions correspondant aux emplois de son grade. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne ne lui a pas proposé le bénéficie d'une période de préparation au reclassement.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 27 Code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service () et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée ". Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande ". Et aux termes du deuxième alinéa de l'article 31 du même décret : " Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ".
11. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par ce fonctionnaire ne peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Il n'en va autrement que si, en raison de l'altération de son état de santé, cet agent ne peut plus exercer d'activité et ne peut ainsi faire l'objet d'aucune mesure de reclassement. Il peut alors être mis à la retraite pour invalidité. Il appartient à l'autorité compétente de se prononcer sur la situation de l'intéressé au vu des avis émis par le comité compétent, sans être liée par ceux-ci. Le juge administratif exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité territoriale sur l'inaptitude définitive d'un fonctionnaire.
12. Ainsi qu'il a été dit au point 9, il ressort des pièces du dossier que M. C était apte, à la date de la décision en litige et moyennant un aménagement de son poste, à l'exercice de fonctions correspondant aux emplois de son grade. Il s'ensuit que l'administration ne pouvait légalement, au seul visa de l'avis du conseil médical du 11 juillet 2022 reconnaissant l'inaptitude totale et définitive de l'intéressé à ses fonctions de chef de cuisine et à toutes fonctions sans possibilité de reclassement, prononcer par la décision attaquée la mise à la retraite pour invalidité de M. C.
13. L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
14. Le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne fait valoir en défense que l'arrêté attaqué aurait en tout état de cause pu être pris en raison de l'impossibilité de reclasser M. C dans un emploi correspondant au grade de technicien territorial compte tenu des restrictions médicales ainsi que de son expérience, ses compétences et diplômes et ses aspirations personnelles.
15. Il ressort des pièces du dossier qu'après l'avoir invité, par courrier du 14 avril 2017, à présenter une demande de reclassement, le département de la Haute-Vienne a étudié la possibilité de reclasser M. C dans un emploi correspondant à son grade, comme en atteste le compte rendu d'entretien du 4 janvier 2017 versé au dossier, non contesté, au cours duquel le requérant a indiqué qu'il " ne se sent ni les capacités, ni l'envie de se reconvertir dans le domaine administratif ". Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de la lettre du 26 janvier 2017 de la sous-directrice recrutement mobilité du département, que sa candidature a été examinée en vue du recrutement d'un conseiller prévention mais n'a pu faire l'objet d'une réponse favorable. Enfin, au regard de la liste des postes vacants de catégorie B sur la période 2017 à 2020 au nord de la Haute-Vienne et des fiches de poste correspondantes, non contestées également, il apparaît que ces postes exigeaient des compétences techniques et spécialisées en matière de construction ou dans le champ social dont le requérant ne démontre pas disposer. Partant, M. C n'apporte aucun élément suffisamment précis de nature à démontrer qu'un poste vacant, auquel il pouvait prétendre au regard de son état de santé et des restrictions médicales, ne lui aurait pas été proposé. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que M. C n'était pas susceptible de bénéficier d'un poste en reclassement au sein du département de la Haute-Vienne. Cette circonstance était de nature à justifier, à elle seule, la décision prise par le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne, et il résulte de l'instruction que ce dernier aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif. La substitution demandée ne prive pas M. C d'une garantie liée au motif substitué. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution formulée en défense.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er septembre 2022.
Sur les autres conclusions :
17. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au Département de la Haute-Vienne. Une copie pour information sera transmise à Me Monpion.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
K. GILLET
Le président,
D. ARTUSLe greffier,
M. D
La République mande et ordonne
au ministre de la fonction publique, de la simplification et de la transformation de l'action publique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef,
La Greffière,
M. D
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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