mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201570 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 novembre 2022, le 16 novembre 2022, le 5 décembre 2022 et le 12 septembre 2023, Mme B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2022 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre, auquel est rattaché l'EHPAD " Résidence Les Pins ", a prononcé son exclusion temporaire de fonctions de trois nuits et de lui enjoindre de lui verser les sommes injustement retenues sur son traitement ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre a procédé à une retenue sur son traitement pour absence injustifiée, correspondant à la nuit du 5 au 6 octobre 2022, et de lui enjoindre de lui verser le montant prélevé à ce titre sur son traitement ;
3°) de condamner le centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre au paiement de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;
4°) de condamner le centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre au paiement d'une somme de 547 euros correspondant au traitement non perçu du fait de son arrêt de travail au mois de juin 2022 ;
5°) de condamner le centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre au paiement d'une somme de 351,54 euros correspondant aux indemnités journalières non perçues au titre de son congé maladie ordinaire du 22 octobre 2022 au 2 novembre 2022.
Elle soutient que :
- les faits reprochés dans la décision de sanction du 7 octobre 2022 ne sont pas matériellement établis ;
- elle a justifié de l'impossibilité d'assurer ses fonctions dans la nuit du 5 au 6 octobre 2022 en raison de sa convocation à un entretien disciplinaire l'après-midi même à 15h30, de sorte que le centre communal d'action sociale ne pouvait lui retirer son traitement ;
- le centre communal d'action sociale a indûment conservé les indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie au titre de son congé maladie ordinaire du 22 octobre 2022 au 2 novembre 2022, au lieu de les lui reverser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie au titre de son congé maladie ordinaire du 22 octobre 2022 au 2 novembre 2022 ont déjà été réintégrées au salaire du mois de novembre 2022 ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 11 juillet 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable liant le contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- loi n°61-825 du 29 juillet 1961 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Gillet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée pour une durée d'un an, à compter du 3 novembre 2021, en qualité d'auxiliaire de soins puis d'aide-soignante de nuit non titulaire au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) " Résidence Les Pins " à Saint-Laurent-sur-Gorre. Par une décision du 7 octobre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, le président du centre communal d'action sociale de Saint-Laurent-sur-Gorre lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois nuits, correspondant au 19, 20 et 24 octobre 2022 inclus.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la sanction administrative :
2. Aux termes de l'article 36 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Et aux termes de l'article 36-1 de ce même décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : () /3° L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ".
3. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'apporter la preuve qui lui incombe de l'exactitude matérielle des griefs sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public.
4. Pour infliger à Mme A la sanction d'exclusion temporaire de trois nuits, le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre s'est fondé sur la circonstance que, d'une part, l'intéressée aurait incité par courriel du 13 septembre 2022 tous les agents de soins à ne pas respecter la procédure du système M-FIT de l'établissement, que, d'autre part, elle n'aurait pas respecté la procédure en cas de décès pour une résidente de l'Ehpad dans la nuit du 13 au 14 septembre 2022 et, qu'enfin, elle aurait adopté une communication autoritaire vis-à-vis de ses collègues.
5. Il ressort, d'une part, du contenu du courriel du 13 septembre 2022 que Mme A, en réponse à une collègue signalant avoir découvert des systèmes M-FIT non allumés voire débranchés, a entendu sensibiliser tous les agents de soins de l'Ehpad au risque lié au maniement de ces équipements. L'intéressée met notamment en exergue le risque d'arrêt des capteurs installés dans le lit des résidents susceptible d'entraîner une mise en danger de ces derniers.
6. D'autre part, alors que Mme A conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre ne verse aux débats aucune pièce susceptible d'étayer les explications contenues dans son mémoire en défense. Ainsi, s'il fait valoir que la toilette mortuaire n'a pas été faite par Mme A sur la pensionnaire décédée dans la nuit du 13 au 14 septembre 2022, obligeant le personnel de jour à l'effectuer lui-même malgré la rigidité cadavérique due à l'écoulement du temps, il ne produit aucun élément circonstancié de nature à établir la réalité de ses développements. Il en va de même s'agissant du reproche d'une communication autoritaire de la requérante à l'égard de ses collègues, pour lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre ne verse notamment aucune plainte écrite des autres agents de nuit dont il fait pourtant état dans ses écritures. Enfin, le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre ne produit pas davantage de document retraçant la procédure du système M-FIT au sein de l'établissement ainsi que la procédure en cas de décès d'une résidente qu'il oppose à Mme A dans les termes de la décision de sanction administrative en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, dans ces conditions, la matérialité des faits sur lesquels est fondée la sanction ne peut être regardée comme établie. Par suite, la décision du 7 octobre 2022 doit être annulée. Ce jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre de reconstituer la carrière de Mme A pour les trois nuits durant lesquels elle a été exclue de ses fonctions en exécution de la sanction du 7 octobre 2022, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retenue sur traitement pour absence injustifiée :
8. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable en l'espèce : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération () ". Aux termes de l'article 87 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, applicable en l'espèce : " Les fonctionnaires régis par la présente loi ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général ". Enfin, aux termes du deuxième alinéa de l'article 4 de la loi n°61-825 du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961, applicable en l'espèce : " Il n'y a pas service fait : / 1°) Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de services ".
9. Il est constant que Mme A n'a pas accompli de service pendant la nuit du 5 au 6 octobre 2022 au sein de l'Ehpad " Résidence Les Pins " alors même que le respect des horaires de travail fait partie des obligations de service. En dépit de l'horaire fixé par le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre, il n'est pas établi que l'intéressée aurait été placée du fait de l'administration dans l'impossibilité d'accomplir un service. En l'absence de service fait, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort qu'il a été procédé à une retenue sur traitement pour la nuit considérée.
Sur les autres conclusions :
10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
11. En premier lieu, un agent public irrégulièrement évincé a droit, non pas au versement du traitement dont il a été privé, mais à la réparation du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Mme A ayant cessé toute activité pendant sa période d'exclusion temporaire de fonctions de trois nuits, l'administration avait compétence liée pour procéder à la suspension de son traitement pendant cette période. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction tendant au versement de son traitement ne peuvent donc qu'être rejetées. Mme A reste, si elle s'y croit fondée, libre de présenter une demande indemnitaire en réparation, le cas échéant, du préjudice financier causé par l'illégalité de la sanction administrative prononcée à son encontre.
12. En deuxième lieu, le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre indique en défense, sans être contredit, que la somme de 351,54 euros correspondant aux indemnités journalières non perçues au titre de son congé maladie ordinaire du 22 octobre 2022 au 2 novembre 2022 a été réintégrée au salaire du mois de novembre 2022. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sur ce point sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
13. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait présenté une demande préalable indemnitaire tendant à ce que le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre lui verse, d'une part, des dommages-intérêts et, d'autre part, la somme de 547 euros correspondant au traitement non perçu du fait de son arrêt de travail au mois de juin 2022. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de condamnation du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre au paiement d'une somme de 351,54 (trois cent cinquante-et-un euros et cinquante-quatre centimes) correspondant aux indemnités journalières non perçues au titre de son congé maladie ordinaire du 22 octobre 2022 au 2 novembre 2022.
Article 2 : La décision du président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre du 7 octobre 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre de reconstituer la carrière de Mme A pour les trois nuits durant lesquels elle a été exclue de ses fonctions en exécution de la sanction du 7 octobre 2022, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Laurent-sur-Gorre.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
K. GILLET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de la fonction publique, de la simplification et de la transformation de l'action publique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef,
La Greffière,
M. C
cg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026