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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201631

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201631

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201631
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS RENAUDIE LESCURE BADEFORT COULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 16 novembre 2022 et le 22 décembre 2022, Mme G B et M. C E, représentés par Me Caetano, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur les désordres affectant l'accès privatif menant à leur maison d'habitation, sise 10 route du Breuil sur la commune de Sadroc, du fait de ruissellements en provenance de la voierie communale ;

2°) de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- leur maison d'habitation se trouve en contrebas de la chaussée communale ;

- ils ont tenté de se prémunir contre les inondations puisqu'ils ont fait implanter sur leur propriété trois caniveaux, l'un au niveau du seuil du portail, l'autre au milieu du chemin d'accès, lequel a été arraché lors des inondations, le dernier situé devant leurs portes de garage, qui n'ont pas permis d'éviter les désordres au regard de la quantité d'eau provenant de la voie publique ;

- suite à des événements climatiques survenus en juin 2016, la commune de Sadroc a procédé à une modification locale du profilage de la chaussée, qui a eu pour effet d'accentuer les ruissellements devant l'accès de leur parcelle ;

- au mois de juin 2021, lors d'intempéries violentes, des ruissellements en provenance de la voirie communale se sont à nouveau produits et ont occasionné de nombreux dommages sur leur terrain ;

- en juillet 2021, la commune de Sadroc a procédé une nouvelle fois à des travaux de modification du profilage de la chaussée suite aux intempéries de juin 2021 ;

- au mois de novembre 2021, la compagnie MMA a organisé une réunion d'expertise amiable avec la commune de Sadroc afin d'évaluer l'ampleur des dommages ;

- l'expert a évalué les désordres sur l'accès privatif menant à leur habitation à la somme de 4 892,82 euros, valeur vétusté déduite, et 7 527,41 euros, valeur à neuf, et a relevé que la cause de ces désordres provenait directement des ruissellements de la voirie communale lors de l'orage du 19 juin 2021 et que la responsabilité de la commune de Sadroc était pleinement engagée ;

- par courrier du 30 novembre 2021, la compagnie MMA a sollicité auprès de la compagnie Groupama, assureur de la commune, le paiement de la somme de 7 527,41 euros au titre des dommages subis auquel elle n'a pas fait droit considérant que la responsabilité de la commune ne pouvait être engagée ;

- un nouveau rapport d'expertise en date du 30 mars 2022 rappelait de nouveau que la responsabilité de la commune était engagée ;

- le maire de la commune leur a indiqué que les travaux de modification de la route seraient engagés dès lors qu'elle en aurait les possibilités budgétaires ;

- la compagnie Groupama leur a adressé la somme de 4 892,82 euros au mois d'avril 2022 en réparation du préjudice subi ;

- à ce jour, ils n'ont pu faire effectuer les travaux de remise en état de la descente au niveau de leur entrée d'habitation dès lors d'une part, que la cause des dommages n'a toujours pas été résolue et d'autre part, que la compagnie Groupama a entendu déduire la vétusté alors même qu'ils sont fondés à obtenir la réparation intégrale de leur préjudice, soit 7 527,41 euros ;

- le risque de nouvelles inondations n'est pas à exclure et les dégradations ne font que s'accroître ;

- la commune est pleinement responsable des défauts d'entretien et d'aménagement de la voirie communale, et ce, d'autant plus que ce sont les travaux réalisés par ses soins qui ont aggravé la situation ; dès lors, elle doit effectuer les travaux appropriés pour y mettre un terme ;

- conformément aux dispositions de l'article R. 141-2 du code de la voirie routière, la commune est tenue d'établir un profil en long et en travers des voies communales de manière à permettre l'écoulement des eaux pluviales vers les fossés chargés de collecter et d'infiltrer ces eaux ;

- une mesure d'expertise est utile afin d'évaluer l'ampleur des désordres, leurs conséquences dommageables, les préjudices subis et que les moyens propres à y remédier soient décrits et chiffrés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, la commune de Sadroc, représentée par Me Renaudie, demande au juge des référés, d'une part, de prendre acte qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée, et d'autre part, de préciser dans la mission de l'expert qu'il conviendra de fixer un coefficient de vétusté pour les travaux de réparation de la voie d'accès des consorts B et E, et enfin de réserver toute demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. (). En vertu des dispositions précitées, le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction.

2. Mme B et M. E demandent une expertise relative aux désordres affectant l'accès privatif menant à leur maison d'habitation sise 10 route du Breuil sur la commune de Sadroc du fait de ruissellements en provenance de la voirie communale. Ils soutiennent que, malgré leur installation de caniveaux, les eaux continuent de se diriger vers leur terrain. Par ailleurs, ils indiquent que les désordres sont causés par un défaut d'aménagement de la voie dès lors que les fossés sont mal entretenus et que ce fossé se trouve du côté (droit) de leur parcelle, ce qui ne permet pas de capter l'intégralité des eaux provenant du talus. Dans ces conditions, les mesures d'expertise sollicitées qui sont relatives à un dommage susceptible d'engager la responsabilité de la puissance publique et qui présentent un caractère d'utilité, entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais d'expertise et les dépens :

3. L'article R. 621-12 du code de justice administrative prévoit que : " Le président de la juridiction () peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations () " et l'article R. 621-13 du même code précise que : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ". De plus, aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent () les frais d'expertise () ".

4. Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés ordonne la réserve des dépens ou se prononce sur la mise à la charge provisoire des frais d'expertise. Par suite, les demandes présentées en ce sens par Mme B et M. E et la commune de Sadroc doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de de la commune de Sadroc tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D F, domicilié Lasteyrie à Allassac (19240) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur le lieu d'habitation sis 10 route du Breuil, au lieu-dit le Tillot, sur la commune de Sadroc et décrire les lieux ;

2°) se faire remettre tous documents et pièces, entendre les parties et tous sachants ;

3°) préciser la ou les causes des ravinements présents sur le revêtement formant le chemin d'accès privatif à l'habitation de Mme B et de M. E, notamment dire si un éventuel défaut d'entretien d'un ouvrage public peut être mis en cause ;

4°) fixer la nature et l'importance des désordres affectant la propriété de Mme B et M. E ;

5°) préciser les moyens propres à remédier aux désordres et en chiffrer le coût ;

6°) plus généralement, fournir tous éléments de nature à permettre au juge d'apprécier les responsabilités encourues et chiffrer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3: L'expertise aura lieu en présence de Mme B, de M. E, de la commune de Sadroc ainsi que de leurs représentants.

Article 4 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 30 septembre 2023.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G B, à M. C E, à la commune de Sadroc et à M. D F, expert.

Limoges, le 2 mars 2023

Le juge des référés,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en chef,

Le Greffier

M. A

if

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