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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201761

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201761

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201761
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLACOSTE - PLAT - MAISSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2022, M. G M, Mme C M, épouse O, M. K M, M. N M, Mme B L, Mme E M et Mme I M, représentés par Me Coblence-Fouqué, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur la prise en charge dont Mme H M a fait l'objet au sein du centre hospitalier de Châteauroux entre le 8 et le 25 juillet 2018 en vue de déterminer les préjudices subis par cette dernière avant son décès ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Châteauroux et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- Mme H M a été admise au centre hospitalier de Châteauroux à la suite d'une chute ayant entrainé un traumatisme sur la jambe gauche avec un hématome au genou, un traumatisme facial avec une plaie au menton et des souffrances cutanées entre le 7 et le 12 juillet 2018, du " tradamol " lui a été prescrit ;

- elle a présenté des symptômes s'apparentant aux effets indésirables de ce médicament et a été hospitalisée dans la nuit du 16 au 17 juillet 2018 pour hallucinations et agitations sur prise de tramadol ;

- elle a été transférée au service de réanimation médicale pour hyponatrémie sur décompensation cardio-respiratoire dans laquelle de la morphine lui a été prescrite et est décédée le 25 juillet 2018 ;

- une plainte pénale a été déposée à l'encontre du centre hospitalier de Châteauroux pour homicide involontaire ; un rapport d'autopsie du 7 août 2018 conclut que la victime souffrait d'une insuffisance respiratoire sévère et que deux des médicaments présents sur l'ordonnance, le " tramadol " et le " lorazepram ", étaient contre indiqués avec une telle pathologie tout comme la morphine ; la plainte a été classée sans suite au regard du rapport d'examen scientifique du 20 janvier 2020 concluant que " la prise en charge médicale lors de l'hospitalisation de Madame M était conforme aux données acquises de la science, notamment la prescription d'antalgiques de niveau 2 et 3 qui s'est faite en tenant compte des précautions de prescriptions mentionnées dans le dictionnaire VIDAL, et pour la morphine, sous surveillance hospitalière " et que la seule prescription de " Tramadol " ne permet pas de rattacher exclusivement les troubles présentés à ce médicament ;

- un rapport du Dr A du 26 juillet 2019 et du 15 février 2021 sollicité par les requérants conclut quant à lui que la prescription ne parait pas conforme en raison de l'insuffisance respiratoire de Mme M et souligne la nécessité d'une mesure d'expertise confiée à un spécialiste en anesthésie réanimation pour répondre sur la conformité de la prise en charge de Mme M à compter du 8 juillet 2018 au centre hospitalier de Châteauroux ;

- une mesure d'expertise judiciaire contradictoire s'avère utile et nécessaire.

Par un mémoire, enregistré le 16 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (Oniam), représenté par la SELARLU Olivier Saumon Avocat, déclare ne pas s'opposer à l'expertise mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée, demande la réserve des dépens, et conclut au rejet de la requête des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en ce qu'elle serait dirigé à son encontre. Il demande, en outre, que la mission confiée à l'expert soit précisée et complétée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le centre hospitalier de Châteauroux, représenté par Me Maissin, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise mais formule les protestations et réserves d'usage, demande à ce que la mesure d'expertise soit complétée, dire s'agissant des débours que l'organisme de sécurité sociale est contraint de produire un décompte détaillé de sa créance à l'expert qui serait désigné ainsi qu'à l'ensemble des parties, dire que l'expert convoquera les parties uniquement à réception du relevé de créances de l'organisme de sécurité sociale, réserver les dépens et mettre à la charge des requérants les frais de l'expertise.

Il soutient que pour conserver son caractère utile, la mission dévolue à l'expert devra avoir pour objet essentiel de rechercher si un quelconque manquement aux règles de l'art peut être reproché au centre hospitalier de Châteauroux, et, dans cette éventualité, de déterminer les préjudices strictement imputables à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, à l'exclusion de tout état antérieur et de toute cause étrangère.

Par un mémoire, enregistré le 22 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Indre, indique ne pas avoir d'observations à formuler sur la demande d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La mesure d'expertise sollicitée par les consorts M a pour effet de déterminer si la prise en charge dont Mme H M a fait l'objet au sein du centre hospitalier de Châteauroux en raison d'un traumatisme sur la jambe gauche avec un hématome au genou, d'un traumatisme facial avec une plaie au menton et de souffrances cutanées entre le 7 et le 12 juillet 2018 à la suite d'une chute, puis du 16 au 17 juillet 2018 pour hallucinations et agitations sur prise de tramadol et du 17 au 25 juillet 2018 période pendant laquelle elle a été transférée au service de réanimation médicale pour hyponatrémie sur décompensation cardio-respiratoire, ont été conformes aux règles de l'art, si les diagnostics, les soins et les traitements dont elle a fait l'objet étaient justifiés ainsi que les préjudices qu'elle a subis. Les faits relatés dans la requête présentée par les consorts M justifient la mesure d'expertise sollicitée, à laquelle, d'ailleurs, aucune des parties ne s'oppose. Ainsi, il résulte de l'instruction que la mesure d'expertise demandée par les consorts M, qui présente un caractère d'utilité et qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du tribunal administratif, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

4. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la charge des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. ()". Aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge des référés de fixer les conditions dans lesquelles les frais d'expertise seront supportés, lesquels feront l'objet d'une ordonnance de taxation après établissement du rapport. Les conclusions présentées en ce sens par les requérants, l'Oniam et le centre hospitalier de Châteauroux ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.". L'article R. 761-1 du même code dispose que : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

8. La présente procédure ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'expertise. Il n'y a pas lieu pour le juge des référés de faire droit aux conclusions des consorts M tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que la demande présentée par les consorts M sur le fondement de cette disposition doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er: Le docteur J F, domicilié à la polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, 15 rue Claude Boucher à Bordeaux (33300) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire remettre tous documents et notamment le dossier médical de Mme H M, convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) rappeler l'état de santé antérieur de Mme H M et ses antécédents médicaux et chirurgicaux ;

3°) rechercher et décrire les conditions dans lesquelles Mme H M a été prise en charge par le centre hospitalier de Châteauroux jusqu'à son décès ;

4°) rechercher si un quelconque manquement aux règles de l'art peut être reproché au centre hospitalier de Châteauroux, et, dans cette éventualité, déterminer les préjudices strictement imputables à ce manquement en les distinguant des conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, à l'exclusion de toute cause étrangère ;

5°) indiquer s'il y a eu un retard de diagnostic et préciser si celui-ci était difficile à établir, dans la négative, déterminer si le retard de diagnostic a été à l'origine de perte de chance réelle et sérieuse pour la patiente de survivre ;

6°) déterminer, en cas d'infection nosocomiale, l'origine et les causes possibles de cette infection, si l'intéressée présentait des facteurs favorisant la survenue et le développement de cette infection, dire si elle serait survenue de toute façon en dehors de tout séjour hospitalier et dire, notamment, si l'enquête médicale, paramédicale et bactériologique démontre de façon certaine et exclusive que l'infection est d'origine nosocomiale et donner, le cas échéant, tous éléments permettant au tribunal de se prononcer sur l'existence d'une éventuelle cause étrangère ;

7°) dire si le décès est imputable à un acte de soins, à la prise du " tramadol ", à la " morphine ", à tout autre médicament qui lui aurait été prescrit ou à l'évolution de l'état antérieur de Mme H M ;

8°) indiquer si les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme H M une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

9°) évaluer les préjudices subis par Mme H M avant son décès au titre des souffrances endurées et au titre du préjudice esthétique temporaire ;

10°) dire s'il y a eu un déficit fonctionnel temporaire, période pendant laquelle, pour des raisons médicales en relation certaine, directe et exclusive avec les faits, Mme H M a connu des troubles dans les conditions d'existence au quotidien et, dans le cas où le déficit aurait été total, en déterminer la durée, ou, s'il n'a été que partiel, en préciser le taux et la durée ;

11°) donner tous éléments, d'une manière générale, devant permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie d'un litige au fond de se prononcer sur la responsabilité encourue par le centre hospitalier de Châteauroux et les préjudices subis.

Article 2 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence des consorts M, du centre hospitalier de Châteauroux, de la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Article 5 : L'expert fera précéder le dépôt de son rapport de l'envoi aux parties d'un pré-rapport en leur laissant un délai suffisant pour présenter leurs observations.

Article 6 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative dans leur rédaction issue du décret n° 2010-164 du 22 février 2010. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 7 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 30 novembre 2023.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Les conclusions des consorts M présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifié à Mme C M, désignée représentante unique des consorts M, au centre hospitalier de Châteauroux, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et au docteur J F, expert.

Limoges, le 11 avril 2023

Le juge des référés,

D. ARTUS

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en chef,

Le Greffier,

M. D

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