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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300018

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300018

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300018
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantEXPANSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 4 janvier 2023 et le 23 mars 2023, la société anonyme (SA) Saint-Michel, représentée par Me Farine, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la nullité des procès-verbaux des 24 et 26 août 2022 et de prononcer, en conséquence, l'annulation des sanctions prononcées ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Corrèze lui a infligé une amende administrative de 5 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme A, employée de la société Saint-Michel, qui a été interrogée par la contrôleuse de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ne disposait pas des compétences nécessaires et n'était pas habilitée pour répondre aux questions de la contrôleuse ;

- contrairement aux mentions du procès-verbal constatant les manquements, les prix des prestations étaient accessibles à sa clientèle par l'intermédiaire de tablettes tactiles sur le comptoir, les tarifs recommandés maximum applicables en France métropolitaine par catégorie et modèle de véhicules sont affichés dans l'agence et sont visibles et lisibles pour le public, l'agence pratiquant seulement des prix en deçà de ces tarifs ;

- les clients mentionnés dans le procès-verbal ne sont pas des consommateurs au sens des dispositions du code de la consommation de sorte qu'elle n'était pas tenue de leur remettre un devis.

Par des mémoires enregistrés les 2 mars 2023 et 1er février 2024 ainsi que des pièces complémentaires enregistrés le 21 février 2024, le préfet de la Corrèze conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions présentées par la société Saint-Michel relative à l'annulation de la sanction prononcée à son encontre s'agissant du manquement lié à l'absence de remise de devis, et au rejet des conclusions s'agissant du manquement lié à l'absence d'affichage des prix.

Par un courrier daté du 14 janvier 2025, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des procès-verbaux des 24 et 26 août 2022, dès lors que ces actes ne sont pas, par eux-mêmes des décisions susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- la code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de M. Gazeyeff,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Un procès-verbal a été dressé le 24 août 2022 par un agent contrôleur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, à l'égard de la société Saint-Michel, qui exerce une activité de location de courte durée de voitures et véhicules automobiles légers en tant que franchisée sous l'enseigne " Europcar " et qui possède une agence située au 54, avenue Jean Jaurès à Brive-la-Gaillarde. Ce procès-verbal constatant des manquements aux dispositions des articles 2 et 3 de l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules, le directeur départemental de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations a invité, par un courrier daté du 26 août, la société Saint-Michel à présenter ses observations dès lors qu'il envisageait de prononcer à son encontre une sanction administrative en application des dispositions de l'article L. 131-5 du code de la consommation. Par un courrier daté du 10 octobre 2022, la société Saint-Michel a présenté ses observations. Par une décision du même jour, le directeur départemental de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Corrèze a infligé une amende administrative d'un montant total de 5 000 euros, 2 500 euros à raison d'un manquement à l'article 2 de l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules et 2 500 euros à raison d'un manquement à l'article 3 du même arrêté. La société requérante demande l'annulation de cette décision ainsi que soit prononcée la nullité du procès-verbal d'audition du 24 août 2022 et du procès-verbal du 26 août rédigés après les opérations de contrôle.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Par un courrier daté du 16 janvier 2023, le directeur départemental de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Corrèze a retiré la décision infligeant une amende administrative d'un montant de 2 500 euros à raison d'un manquement à l'article 3 de l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules. Un nouveau titre de perception a été émis en conséquence laissant à la charge de la société requérante la somme de 2 500 euros à raison d'un manquement aux dispositions de l'article 2 du même arrêté. Par suite, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles portent sur la somme mise à la charge de la société requérante au titre du manquement aux dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules.

Sur les conclusions tendant à ce que soit prononcée la nullité des procès-verbaux des 24 et 26 août 2022 :

3. Le procès-verbal du 24 août 2022, rédigé après les opérations de contrôle menées par Mme B, contrôleur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes n'est pas au nombre des décisions faisant griefs susceptibles d'être déférées au juge de l'excès de pouvoir. Il en va de même s'agissant du procès-verbal d'audition, daté du 2 juin 2022 et annexé au procès-verbal du 24 août 2022, ainsi que du courrier du 26 août 2022 invitant la société Saint-Michel à présenter ses observations. Dès lors, les conclusions présentées par la société Saint-Michel et tendant à ce que soit prononcée leur nullité sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 octobre 2022 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-10 du code de la consommation : " Les agents habilités peuvent recueillir, sur place ou sur convocation, tout renseignement, toute justification ou tout document nécessaire aux contrôles. Les agents habilités en application de l'article L. 511-3 peuvent procéder, sur convocation ou sur place, aux auditions de toute personne susceptible d'apporter des éléments utiles à leurs constatations. Ils en dressent procès-verbal, qui doit comporter les questions auxquelles il est répondu. Les personnes entendues procèdent elles-mêmes à sa lecture, peuvent y faire consigner leurs observations et y apposent leur signature. Si elles déclarent ne pas pouvoir lire, lecture leur en est faite par l'agent préalablement à la signature. En cas de refus de signer le procès-verbal, mention en est faite sur celui-ci. () ".

5. La circonstance que Mme A, employée de la société Saint- Michel en tant qu'agent de comptoir, n'aurait pas été spécialement habilitée par l'entreprise ou, selon la société requérante, ne disposerait pas des compétences nécessaires pour répondre aux questions posées par la contrôleuse de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes est sans incidence sur la possibilité dont disposait l'agent en charge du contrôle de procéder à son audition. Par suite, et alors qu'en tout état de cause le directeur départemental de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations ne s'est pas fondé sur les déclarations de Mme A pour considérer le manquement comme matériellement établi, le moyen tiré de l'irrégularité dont serait entachée son audition ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 112-1 du code de la consommation : " Tout vendeur de produit ou tout prestataire de services informe le consommateur, par voie de marquage, d'étiquetage, d'affichage ou par tout autre procédé approprié, sur les prix et les conditions particulières de la vente et de l'exécution des services, selon des modalités fixées par arrêtés du ministre chargé de l'économie, après consultation du Conseil national de la consommation. ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Tout manquement aux dispositions de l'article L. 112-1 définissant les modalités d'information sur le prix et les conditions de vente ainsi qu'aux dispositions des arrêtés pris pour son application est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale. Cette amende est prononcée dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V. " Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 17 mars 2015 susvisé : " Le professionnel met à la disposition du consommateur, par tout moyen, les informations listées à l'annexe A. Ces informations sont présentées conjointement et de manière distincte des autres informations commerciales ou contractuelles. Elles sont disponibles au lieu d'accueil de la clientèle dans l'établissement du professionnel. Les consommateurs sont informés de la disponibilité de ces informations par un affichage visible et lisible à l'intérieur de l'établissement. Lorsque l'offre de location est proposée en ligne, ces informations sont facilement accessibles par voie électronique, notamment depuis la page principale du site internet du loueur, et, le cas échéant, en un clic depuis la page de présentation de chacune des catégories de véhicules proposés. ".

7. Il résulte des mentions du procès-verbal dressé le 24 août 2022 qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'agent en charge du contrôle a constaté, lors de sa visite des lieux, que les informations générales sur les conditions de location prévues par l'annexe A de l'arrêté du 17 mars 2015 n'étaient affichées ni dans l'établissement, ni à la disposition du consommateur à l'intérieur de l'agence et qu'il n'était pas non plus indiqué la disponibilité de ces informations et le moyen de les consulter au lieu de réception de la clientèle. En se bornant à produire des photographies, non datées, de l'écran d'une tablette tactile, qui présente des tarifs applicables le 29 juillet 2022 et le 10 novembre 2022, soit des dates postérieures au contrôle, dont la société requérante soutient qu'elle serait laissée à disposition de sa clientèle sur le comptoir de l'agence, la société requérante n'apporte pas la preuve du caractère erroné des constatations réalisées par la contrôleuse de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur quant à la matérialité du manquement reproché doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Saint-Michel aux fins d'annulation de la décision du 10 octobre 2022, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 10 octobre 2022, en tant qu'elle met à la charge de la société Saint-Michel une somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros au titre du manquement aux dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 17 mars 2015 relatif à l'information précontractuelle des consommateurs et à la publicité des prix des prestations de location de véhicules.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la société Saint-Michel est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Saint-Michel et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

FJ. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. C00if

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