mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300263 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et des mémoires enregistrés les 21 février 2023, 10 mars 2023, 31 mai 2023 et 30 avril 2024, Mme F, représentée par Me Ngeleka, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Châteauroux et l'Oniam en réparation des préjudices qu'elle a subis ;
2°) de condamner ces établissements à lui verser une somme de 60 000 euros à titre provisionnel et d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale ;
3°) de mettre à la charge in solidum du CH de Châteauroux et de l'Oniam une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Elle soutient que :
- elle a bénéficié d'une césarienne le 21 septembre 2022 à la suite de laquelle elle est tombée dans le coma et a été transférée le 23 septembre 2022 au centre hospitalier de Tours après un passage en réanimation pour choc hémorragique avec insuffisance respiratoire ;
- elle est restée dans le coma pendant plusieurs jours ;
- cet incident traduit un manquement du CH de Châteauroux dans sa prise en charge de nature à engager sa responsabilité ;
- en l'absence de responsabilité du centre hospitalier, elle a droit à une indemnisation par l'Oniam au titre de la solidarité nationale ;
- elle sollicite une expertise médicale afin de déterminer le lien de causalité entre les complications qu'elle a subies et la faute du centre hospitalier ou l'accident médical non fautif qu'elle a subi et afin de déterminer l'étendue de ses préjudices ;
- elle sollicite également l'allocation d'une somme provisionnelle de 60 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, l'Oniam, représenté par Me Saidji, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et conclut au rejet des autres conclusions.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, le CH de Châteauroux, représenté par Me Valière-Vialeix, conteste le principe de sa responsabilité, indique ne pas s'opposer à une mesure d'expertise et conclut au rejet de la demande provisionnelle.
Par une lettre du 13 mars 2023, la CPAM du Loir-et-Cher indique ne pas avoir d'observations à formuler quant à la demande d'expertise sollicitée.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, née le 23 octobre 1984, a été prise en charge par le service de gynécologie obstétrique du centre hospitalier de Châteauroux le 20 septembre 2022. Le 21 septembre 2022 a été réalisée une césarienne programmée en raison d'un utérus cicatriciel. L'extraction céphalique par kiwi a été réalisée et l'enfant Jaziel D est né le 21 septembre 2022 à 8h48. Mme D a été transférée avec son fils au B le 23 septembre 2022. Elle a alors présenté un choc hémorragique avec une insuffisance respiratoire aiguë nécessitant son transfert au sein du service de médecine intensive et réanimation où une ventilation mécanique invasive a été instaurée. Dans les suites, elle a présenté une récidive hémorragique. L'intéressée a été autorisée à regagner son domicile le 12 octobre 2022.
2. Estimant que le centre hospitalier de Châteauroux avait commis une faute dans sa prise en charge, à l'origine des complications qu'elle a subies, subsidiairement qu'elle a été victime d'un accident médical non fautif, Mme D demande au tribunal, de condamner le centre hospitalier de Châteauroux et l'Oniam en réparation des préjudices qu'elle a subis et qui ne pourront être évalués, selon elle, qu'à l'issue d'une expertise médicale.
Sur la demande d'expertise :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25%, est déterminé par ledit décret. ".
4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire-droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. ".
5. Il résulte de l'instruction que le 21 septembre 2022, Mme D a accouché par voie de césarienne au CH de Châteauroux. Le 23 septembre suivant, dans le cadre du rapprochement avec son fils nouveau-né, elle a été hospitalisée au B où elle a été victime de deux hémorragies à J+4 et J+10 avec transfert en réanimation ayant conduit à une aspiration endo-utérine et une laparotomie pour triple ligature utérine avec ligatures des artères utérines et hypogastriques et pose d'un drain de shirley. L'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier si la prise en charge réalisée au sein du CH de Châteauroux entre le 20 et le 23 septembre 2022 a été réalisée dans les règles de l'art, ni l'importance des lésions invoquées par Mme D, ni le lien de causalité entre cette prise en charge au sein du CH de Châteauroux et les hémorragies subies par Mme D après son admission du B. L'état du dossier ne permet pas davantage de savoir si les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale seraient remplies. Dans ces conditions, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme D d'ordonner une expertise sur ces points, dès lors que cette dernière n'a pas été demandée par la voie du référé prévu par l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
Sur les autres conclusions :
6. En premier lieu, le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
7. En l'état de l'instruction, le tribunal ne dispose pas des éléments permettant d'établir la certitude de la créance alléguée par Mme D. En conséquence, les conclusions tendant au versement d'une indemnité provisionnelle doivent être rejetées.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". En l'état de l'instance, il ne saurait y avoir de partie perdante. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme D au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'allocation à Mme D d'une somme à titre provisionnel sont rejetées.
Article 2: Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme D, procédé à une expertise.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme D du centre hospitalier de Châteauroux et de tous autres documents médicaux la concernant. Il pourra le cas échéant solliciter à cette fin le dossier médical détenu au centre hospitalier de Tours ;
2°) d'indiquer si les conditions de prise en charge de Mme D au centre hospitalier de Châteauroux entre le 20 et le 23 septembre 2022 pour la césarienne qui a été réalisée ont été conformes aux règles de l'art médical, notamment si le geste chirurgical a été correctement réalisé et si les mesures d'asepsie ont été respectées ; en cas de manquement, déterminer les dommages qui en ont résulté ; dire si les fautes sont en lien direct et certain avec les complications subies et le cas échéant, si elles ont fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter les dommages et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;
3°) déterminer s'il y a eu l'existence, à la faveur de la prise en charge de Mme D, d'un accident médical en indiquant si cet événement a entraîné des conséquences anormales au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. Le cas échéant, dire si cet événement a fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter des complications et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;
4°) décrire l'état dans lequel se trouvait l'intéressée lorsqu'elle a été prise en charge par le centre hospitalier de Châteauroux ; se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause serait liée à l'état initial de la patiente ou à une cause étrangère ;
5°) dire si l'état de santé de Mme D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
6°) se prononcer sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux, temporaires et permanents de nature à justifier une indemnisation, le cas échéant évaluer leur importance ;
7°) déterminer les frais médicaux et débours en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du centre hospitalier de Châteauroux ou un accident médical, en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;
8°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles à la solution du litige.
Article 4:L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de sa mission, l'expert se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D et notamment tous ceux relatifs aux examens et soins pratiqués sur l'intéressée ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier ayant donné des soins à la victime.
Article 5 : L'expertise sera rendue au contradictoire de la requérante, du centre hospitalier de Châteauroux, de la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et de l'Oniam. L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 :L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans le délai qui sera fixé par le président du tribunal.
Article 7 :Les frais de l'expertise seront mis à la charge provisoire de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera lesdits frais et honoraires.
Article 8:Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9:Le présent jugement sera notifié à Mme F, au centre hospitalier de Châteauroux, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, à l'expert et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam).
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Gillet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
M. A
No 2300263
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026