vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300604 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FAU |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2201404 le 29 septembre 2022, l'Union départementale des syndicats C.G.T. de l'Indre, représentée par Me Bayard, demande au tribunal :
1°) d'annuler les trois avis de sommes à payer émis le 1er août 2022 par le maire de la commune de Châteauroux sous les références 2022-1860-1 pour un montant de 29 708,34 euros, 2022-1862-1 pour un montant de 529 798,73 euros, 2022-1863-1 pour un montant de 529 798,73 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauroux le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que ces avis de sommes à payer doivent être annulés dès lors que la somme globale mise à sa charge par ces trois titres ne tiennent pas compte, en déduction, de la somme de 20 000 euros à laquelle la commune de Châteauroux a été condamnée à titre de dommages et intérêts par un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 2 juin 2022.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 juin 2023 et le 19 janvier 2024, la commune de Châteauroux, représentée par Me Fau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Union départementale requérante d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaitre de la contestation de ces avis de sommes à payer dès lors que ceux-ci se rattachent à des créances de droit privé ;
- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que ces avis sont purement informatifs, d'autre part, qu'ils ne peuvent être contestés que par la voie d'un recours de plein contentieux ;
- le moyen soulevé n'est pas fondé en raison du principe de non-compensation des créances publiques.
II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2300604 le 13 avril 2023, l'Union départementale des syndicats C.G.T. de l'Indre, représentée par Me Bayard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la mise en demeure de payer une somme de 39 611,12 euros émise par la direction départementale des finances publiques de l'Indre au titre d'indemnités d'occupation sur la période d'octobre 2022 à février 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauroux le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que cette mise en demeure doit être annulée dès lors que la somme qu'elle met à sa charge ne tient pas compte, en déduction, de la somme de 20 000 euros à laquelle la commune de Châteauroux a été condamnée à titre de dommages et intérêts par un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 2 juin 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, la direction départementale des finances publiques de l'Indre conclut au rejet de la requête :
- elle soutient que le tribunal administratif est incompétent pour connaitre de cette contestation ;
- elle fait également valoir que la requête est irrecevable à défaut pour l'union requérante de justifier du recours préalable prévu aux articles L. 281 et R. 281 et suivants du livre des procédures fiscales ;
- elle indique enfin que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, la commune de Châteauroux, représentée par Me Fau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Union départementale requérante d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaitre de la contestation de ces avis de sommes à payer dès lors que ceux-ci se rattachent à des créances de droit privé ;
- la requête est irrecevable dès lors qu'une mise en demeure ne peut être contestée que par la voie d'un recours de plein contentieux ;
- le moyen soulevé n'est pas fondé en raison du principe de non-compensation des créances publiques.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha ;
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;
- les observations de Me De Santos, pour la commune de Châteauroux.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte sous seing privé du 17 août 1999 intitulé " convention d'occupation à titre précaire et révocable ", la commune de Châteauroux a mis gratuitement à disposition de l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre, pour une durée d'un an renouvelable par tacite reconduction, un ensemble de bureaux situé 86 rue d'Aquitaine à Châteauroux d'une surface totale de 950 m², sur deux niveaux. Le 12 septembre 2003, la commune de Châteauroux a résilié cette convention. Par un jugement du 24 juin 2008, le tribunal de grande instance de Châteauroux a estimé que la convention, qualifiée de " prêt à usage ", conclue entre la commune de Châteauroux, d'un côté, et l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre, d'un autre côté, le 17 août 1999, avait été résiliée à compter du 15 mars 2004 et que, depuis cette date, cette organisation syndicale occupait irrégulièrement cet immeuble. Par un arrêt du 2 juin 2022, rectifié par un arrêt du 29 septembre 2022, la cour d'appel de Paris a décidé que le jugement du tribunal de grande instance de Châteauroux du 24 juin 2008 devait être confirmé en tant qu'il confirmait le bien-fondé de la résiliation intervenue le 15 mars 2004, ordonnait l'expulsion de l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre des locaux qu'elle occupait au 86 rue d'Aquitaine à Châteauroux, condamnait enfin cette union syndicale au paiement d'une indemnité mensuelle d'occupation indue de 4 951,39 euros à compter du 15 mars 2004 et jusqu'à la date de complète libération des lieux. Par ce même arrêt, devenu définitif à la suite du rejet après audience du 14 juin 2023 du pourvoi en cassation formé par différents syndicats, dont l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre, la cour d'appel a condamné la commune de Châteauroux à payer à cette organisation la somme de 20.000 euros au titre de dommages et intérêts pour rupture d'égalité de traitement entre organisations syndicales.
2. Sur la base de l'arrêt du 2 juin 2022 rendu par la cour d'appel de Paris, le maire de la commune de Châteauroux a émis le 1er août 2022 trois avis de sommes à payer, respectivement référencés sous le n° 2022-1860-1 pour un montant de 29 708,34 euros, n° 2022-1862-1 pour un montant de 529 798,73 euros et n° 2022-1863-1 pour un montant de 529 798,73 euros correspondant aux indemnités d'occupation dues par l'Union départementale des syndicats de la CGT de l'Indre depuis le 15 mars 2004. Sur cette même base, la direction départementale des finances publiques de l'Indre a émis une mise en demeure à l'encontre de cette union pour un montant de 39 611,12 euros correspondant au montant cumulé des indemnités d'occupation dues pour la période écoulée entre juillet 2022 et janvier 2023. L'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre demande l'annulation de ces 3 avis de sommes à payer et de cette mise en demeure. Elle doit également être regardée comme demandant la décharge des sommes correspondantes.
Sur l'exception d'incompétence opposée en défense :
3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales :
" 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. ().
4. D'une part, l'ordre de juridiction compétent pour statuer sur le bien-fondé d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale est déterminé par la nature de la créance contestée.
5. D'autre part, il appartient aux tribunaux judiciaires de connaître d'un litige relatif à l'occupation sans titre de dépendances du domaine privé d'une collectivité publique. La juridiction judiciaire est en particulier compétente pour connaître des litiges relatifs aux états exécutoires ou à la contestation de l'obligation de payer résultant des commandements de payer émis à l'encontre de l'occupant sans titre de telles dépendances du domaine privé pour avoir paiement de cette indemnité.
6. Ainsi que l'a jugé la cour d'appel de Paris dans le jugement du 2 juin 2022 mentionné au point 1 et devenu définitif, l'Union départementale des syndicats de la CGT de l'Indre occupe, sans titre pour le faire depuis le 15 mars 2004, des locaux situés 86 rue d'Aquitaine à Châteauroux appartenant à cette collectivité. Sans que ce point ne soit contesté par l'Union départementale requérante, il ressort clairement des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de cet arrêt du 2 juin 2022 mais aussi des termes du jugement du 24 juin 2008 du tribunal de grande instance de Châteauroux mentionné au point 1 et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n°07BX01215 du 1er juillet 2008 que les locaux occupés par cette organisation syndicale relèvent du domaine privé de la commune de Châteauroux. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit aux points 4 et 5, les créances discutées dans le présent litige, lequel litige oppose la commune agissant en tant que gestionnaire de son domaine privé pour recouvrer des indemnités d'occupation de locaux utilisés sans titre depuis mars 2004, et l'Union départementale requérante ne constituent pas des créances administratives. Par suite, et ainsi que le fait valoir la commune de Châteauroux, les deux requêtes susvisées devaient être portées devant le juge judiciaire et non devant le tribunal administratif.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par l'Union départementale des syndicats de la CGT de l'Indre doivent être rejetées pour avoir été portées devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaitre.
Sur les frais de justice :
8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Châteauroux la somme demandée par l'Union départementale requérante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes n°s 2201404 et 2300604 de l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre sont rejetées.
Article 2:Les conclusions présentées par la commune de Châteauroux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la commune de Châteauroux, et à l'Union départementale des syndicats CGT de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller
- M. Martha, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur
F. MARTHA
Le président
D. ARTUS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
N° 2201404 et 2300604
bb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026