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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300767

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300767

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300767
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS GOUT DIAS AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2023, la société Axa France IARD, représentée par Me Dias, demande au tribunal :

1°) de condamner le département de l'Eure à lui verser la somme de 80 313,27 euros en réparation du préjudice que lui a causé la destruction par incendie volontaire d'un chalet du centre aqua-récréatif appartenant à son assurée, la commune d'Objat, par un mineur de 16 ans confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de ce département ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la destruction par incendie dont le mineur placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance a été reconnu coupable par un jugement du tribunal des enfants de E du 18 décembre 2020, qui revêt l'autorité de chose jugée, engage la responsabilité sans faute du département de l'Eure ;

- le préjudice résultant de la destruction du chalet du centre aqua-récréatif s'élève à la somme globale de 80 313,27 euros, comprenant, d'une part, les frais de reconstruction du bâtiment à hauteur de 73 689,27 euros versés à son assurée et, d'autre part, les frais d'expertise à hauteur de 6 624 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le département de l'Eure, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Axa France IARD.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Axa France IARD ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 4 décembre 2024, a été présenté par Me Dias pour la société Axa France IARD et n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des assurances ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Me Dias, représentant la société Axa France IARD.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du tribunal pour enfants de E du 18 décembre 2020 devenu définitif, le jeune A D, confié au service de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de l'Eure, a été reconnu coupable de l'incendie qui a détruit un chalet du centre aqua-récréatif appartenant à la commune d'Objat, le 22 octobre 2019. Par un courrier du 4 janvier 2023, la société Axa France IARD, subrogée dans les droits de la commune d'Objat, a demandé au département de l'Eure de l'indemniser du préjudice subi. En l'absence de réponse à cette demande préalable, elle demande au tribunal de condamner le département de l'Eure à lui verser la somme de 80 313,27 euros.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité du département de l'Eure :

2. Aux termes de l'article 375-3 du code civil : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° À un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil général : / () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ".

3. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

4. Par un jugement du 18 décembre 2020, le tribunal pour enfants de E a reconnu le jeune A D, né le 25 juin 2003, coupable des faits de destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et d'avoir ainsi détruit par incendie le 22 octobre 2019, un chalet appartenant à la commune d'Objat. Il résulte de l'instruction qu'à la date des faits, le placement initial de l'intéressé auprès des services de l'ASE du département de l'Eure avait été renouvelé jusqu'au 30 avril 2020 par le juge des enfants C par son jugement du 8 avril 2019. Dans ces conditions, la responsabilité sans faute du département de l'Eure est engagée en raison des dommages causés aux tiers par ce mineur. Si le département soutient en défense que les dommages seraient également imputables à d'autres personnes, cette circonstance, à la supposer établie, ne supprime ni ne restreint sa responsabilité à l'égard de la victime du dommage.

En ce qui concerne la réparation des préjudices :

5. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. / () ". Il résulte de ces dispositions que le versement par l'assureur de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. Par suite, l'assureur subrogé dans les droits de la victime par le versement de l'indemnité a seul qualité pour agir et obtenir, s'il l'estime opportun, la réparation du préjudice qu'il a indemnisé.

6. Il résulte de l'instruction que la société Axa France IARD a versé la somme de 73 689,27 euros à son assurée, la commune d'Objat, sur la base du rapport d'expertise du 4 mars 2020, diligentée dans le cadre du traitement du sinistre, et la somme de 6 624 euros à la société Union d'experts France au titre du paiement de cette expertise. Par suite, le département de l'Eure doit être condamné à verser la somme de 80 313,27 euros à la société Axa France IARD.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 1 800 euros à verser à la société Axa France IARD au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la société Axa France IARD, qui n'est pas la partie perdante dans la cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le département de l'Eure est condamné à verser la somme de 80 313,27 euros (quatre vingt mille trois cent treize euros et vingt-sept centimes) à la société Axa France IARD.

Article 2 : Le département de l'Eure versera à la société Axa France IARD une somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du département de l'Eure présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Axa France IARD et au département de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Eure en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à

l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière

M. B

cg

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