mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2023 et le 29 septembre, M. N H, M. K H, M. F H, Mme C H, M. B H, Mme G H, Mme I A et Mme L M, représentés par Me Courtet-Gout, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur les conditions dans lesquelles Mme D H a été prise en charge par le centre hospitalier universitaire (Chu) de Limoges à la suite de l'intervention qu'elle a subie le 29 juillet 2020.
Ils soutiennent que :
- le 27 juillet 2020, Mme D H s'est tordu la cheville droite et a chuté alors qu'elle se promenait sur un chemin mouillé ; après avoir été transportée aux urgences du Chu de Limoges, elle a bénéficié d'une radiographie diagnostiquant l'existence d'une fracture bimalléolaire de la cheville avec dermabrasions sur le versant médial ; le 29 juillet 2020, elle a subi une intervention chirurgicale au sein du service d'orthopédie du Chu de Limoges ; le lendemain, un retour à domicile a été autorisé ; le 21 août 2020, elle a été revue en consultation post-opératoire ; le 25 août 2020, alors qu'elle se trouvait à son domicile, Mme H a présenté un arrêt cardiorespiratoire en raison d'une embolie pulmonaire ; malgré son transport aux urgences du Chu de Limoges, elle est décédée ;
- si une expertise amiable a été diligentée par la société hospitalière d'assurance mutuelle (Sham), ils ne sont toutefois pas d'accord avec l'analyse retenue par l'expert puisque ses conclusions sont remises en cause par le rapport d'un expert-conseil relevant que la trombo-prophylaxie prescrite a été très insuffisante eu égard aux facteurs de risques très importants présentés par Mme H constitués par son obésité et son tabagisme chronique, que le dosage des anticoagulants aurait dû être multiplié par deux compte-tenu de ces facteurs de risques, qu'une interdiction absolue d'appui avec prescription d'un fauteuil et de cannes anglaises était contre-indiquée et qu'il aurait dû lui être prescrit un bas de contention et des séances de kinésithérapie ;
- la mesure d'expertise qu'ils sollicitent est utile dès lors qu'il est manifeste que Mme H n'a pas fait l'objet, de la part du Chu de Limoges, d'une prise en charge postopératoire conforme aux règles de l'art eu égard aux facteurs de risques auxquels elle se trouvait confrontée ; seule une expertise permettra d'établir de manière contradictoire la responsabilité du Chu de Limoges et d'évaluer les préjudices imputables aux fautes commises ;
- leur requête est recevable puisque seul M. F H avait réalisé un recours indemnitaire préalable auprès du Chu de Limoges et non les autres requérants.
Par un mémoire, enregistré le 25 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Vienne, déclare qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise et sollicite la réserve de ses droits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le Chu de Limoges conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le délai de recours pour introduire une requête indemnitaire au fond a expiré le 9 décembre 2021 ;
- la demande d'expertise ne présente pas de caractère d'utilité puisqu'une expertise amiable a déjà été diligentée et qu'elle présente les mêmes garanties procédurales qu'une expertise judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative ;
Vu la demande d'allocation provisionnelle du Dr J.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si, dans son mémoire en défense, le Chu de Limoges soulève une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête en raison de la tardiveté d'un éventuel recours indemnitaire au fond qui serait déposé par les requérants, il résulte toutefois de l'instruction que, par un courrier du 1er octobre 2021, le Chu de Limoges a uniquement rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par M. F H et non par les autres requérants. Dans ces conditions, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le courrier du 1er octobre 2021, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été réceptionné par M. F H le 9 octobre 2021 et qu'aucune action en responsabilité n'a été introduite par ce dernier avant l'expiration du délai de recours contentieux, la demande d'expertise, en tant qu'elle est présentée par M. F H, ne présente pas le caractère d'utilité exigé par l'article R. 532-1 précité du code de justice administrative. Toutefois, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les autres requérants auraient déposé une demande indemnitaire préalable auprès du Chu de Limoges, il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir présentée par le Chu de Limoges à l'égard des autres requérants.
Sur la demande d'expertise :
3. La mesure d'expertise sollicitée par les consorts H, Mme A et Mme M vise à déterminer les conditions dans lesquelles Mme D H a été prise en charge par le Chu de Limoges dans les suites de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie au sein du service d'orthopédie le 29 juillet 2020. S'il résulte de l'instruction qu'un rapport d'expertise diligenté par la Sham a été rendu le 30 août 2021, les requérants produisent toutefois un autre rapport réalisé le 22 avril 2022 contredisant le premier. Ainsi, les faits relatés dans la requête présentée par les consorts H, Mme A et Mme M justifient la mesure d'expertise sollicitée. Il résulte de l'instruction que la mesure d'expertise demandée par les requérants, qui présente un caractère d'utilité et qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du tribunal administratif, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance et d'accorder à cet expert, conformément à sa demande, une somme de 2 500 euros à titre provisionnel qui sera versée par les demandeurs.
Sur les réserves exprimées :
4. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. F H est rejetée.
Article 2 : Le docteur E J, domicilié 255 chemin des Pemperilles à La Salvertat-Belmontet (82230) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme D H et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués par les services du Chu de Limoges ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme H ;
2°) décrire l'état de santé de Mme H et les soins et prescriptions antérieurs à son décès, et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de l'intéressée ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme H suite à l'intervention qu'elle a subie le 29 juillet 2020 ;
4°) déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de Mme H ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme H une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par elle de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader jusqu'à son décès en raison de ces manquements ;
6°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par Mme H notamment à raison des souffrances endurées jusqu'à son décès, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 3 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de MM. N H, K H et B H et Mmes C H, G H, I A et L M, du centre hospitalier universitaire de Limoges et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.
Article 6 : L'expert fera précéder le dépôt de son rapport de l'envoi aux parties d'un pré-rapport en leur laissant un délai suffisant pour présenter leurs observations.
Article 7 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative dans leur rédaction issue du décret n° 2023-468 du 16 juin 2023. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.
Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.
Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 8 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 31 mars 2024.
Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 10 : Il sera alloué une allocation provisionnelle d'une somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros à l'expert, versée par les requérants.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à M. N H, à M. K H, à M. F H, à Mme C H, à M. B H, à Mme G H, à Mme I A, à Mme L M, au centre hospitalier universitaire de Limoges, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au docteur E J, expert.
Limoges, le 9 octobre 2023
Le juge des référés,
D. ARTUS
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
A. BLANCHON
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026