jeudi 22 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301312 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Dauriac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2023 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) lui a retiré le bénéfice de la prime de transition énergétique qui lui avait initialement été accordée pour l'installation d'une pompe à chaleur air-eau à son domicile et la décision portant rejet implicite du recours administratif qu'il a formé à l'encontre de cette même décision de retrait ;
2°) d'enjoindre à l'Anah de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Anah une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 13 janvier 2023 est dépourvue de motivation en droit et en fait ;
- ainsi qu'il ressort de la facture rectificative de la société Label energie qu'il a produite à l'appui de son recours administratif, la pompe à chaleur " valorisée par Ma Prime Rénov " a été installée à son domicile après la date de validation de son dossier de demande de prime ;
- alors que le m) de l'article 7 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020, issu de l'article 5 du décret n° 2021-1938 du 30 décembre 2021, permet au directeur général de l'Anah de " déroger à titre exceptionnel aux délais mentionnés au II, au III et au IV de l'article 2 du présent décret ou procéder à un nouvel examen du calcul de la prime, en cas de difficultés ou d'erreurs dans l'instruction des dossiers ", les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il était tout à fait possible pour cette agence de reprendre son dossier et de constater que l'erreur dans l'instruction de son dossier résultait de la société Label energie qui, par la suite, a produit une facture rectificative.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2024, l'Agence nationale de l'habitat (Anah) conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'annulation de la décision initiale du 13 janvier 2023 ne sont pas recevables dès lors que la décision née le 28 mai 2023 portant rejet implicite de son recours administratif préalable obligatoire s'y est entièrement substituée ;
- aucun des moyens soulevés n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision qui a été prise sur le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A à l'encontre de la décision du 13 janvier 2023 lui retirant la prime de transition énergétique.
Par une ordonnance du 25 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;
- le décret n° 2021-1938 du 30 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public,
- les observations de Me Mons-Bariaud, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juillet 2022, M. A, propriétaire d'une maison située au 38 route de La Châtre à Ladapeyre (Creuse), a déposé, sur le site " maprimerenov.gouv.fr ", un dossier de demande de prime de transition énergétique pour l'installation d'une pompe à chaleur air-eau à son domicile à l'appui duquel il a transmis une facture établie le 20 juillet 2022 par la société Label energie faisant état d'une fin des travaux à cette date. Par une décision du 13 janvier 2023, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) a retiré la prime de transition énergétique initialement accordée à M. A pour l'installation de cet équipement au motif que les travaux avaient débuté avant la date de dépôt du dossier de demande de prime. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision du 13 janvier 2023, ainsi que la décision rejetant implicitement le recours administratif qu'il a formé à l'encontre de cette décision de retrait de sa prime.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif par le bénéficiaire auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration ". Selon l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. Comme le fait valoir l'Anah en défense, la décision implicite par laquelle sa directrice générale a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A s'est entièrement substituée à la décision initiale du 13 janvier 2023 portant retrait de la prime de transition énergétique. Cette substitution étant intervenue avant la date d'introduction de la requête présentée par M. A, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision du 13 janvier 2023 sont irrecevables et doivent, pour cette raison, être rejetées.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
5. D'une part, M. A ne saurait utilement se prévaloir des vices propres dont serait entachée la décision initiale du 13 janvier 2023 à laquelle la décision rejetant implicitement son recours administratif préalable obligatoire s'est entièrement substituée. D'autre part, à supposer que le moyen tiré du défaut de motivation soit regardé comme dirigé contre cette décision implicite, il résulte des termes mêmes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration que ce moyen, alors que M. A n'établit ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs de cette décision, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, dans sa version applicable au litige : " II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. / Toutefois, le directeur général de l'agence peut, à titre exceptionnel, accorder une prime lorsque le dossier a été déposé après le commencement des travaux ou prestations, notamment : / - en cas de travaux ou prestations urgents en raison d'un risque manifeste pour la santé ou la sécurité des personnes ; / - en cas de dommages causés par une catastrophe naturelle ou technologique, ou par effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, dûment constatés en application des articles L. 125-1, L. 122-7 et L. 128-1 du code des assurances ; / Par dérogation au premier alinéa du présent II : / 1° Entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2022, le bénéficiaire peut déposer une demande après avoir réalisé la prestation mentionnée au 8 ou 14 de l'annexe 1 du présent décret ; / 2° Entre le 1er septembre 2022 et le 31 décembre 2022, le bénéficiaire concerné par la dérogation mentionnée au IV de l'article 1er du présent décret peut déposer une demande après avoir réalisé la pose d'un équipement de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire et les travaux mentionnés au 6 de l'annexe 1 du présent décret du 1er janvier au 31 août 2022, sur la base d'un devis signé entre ces mêmes dates. / III. -Le bénéficiaire de la prime doit justifier de l'achèvement des travaux et prestations dans un délai de deux ans à compter de la notification de la décision attributive de la prime ou, lorsqu'une avance a été versée, dans un délai d'un an à compter de cette même date. L'achèvement des travaux s'entend de la réalisation des travaux et prestations prévus dans le devis ainsi que des travaux et prestations nécessaires à l'utilisation des équipements, matériaux ou appareils installés conformément à leur destination. / IV. -Par dérogation au III, sur demande motivée du bénéficiaire, le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat peut accorder un délai supplémentaire d'une durée maximum de six mois dans les cas prévus au III, lorsque des circonstances extérieures à la volonté du demandeur ont fait obstacle au commencement ou à l'achèvement des travaux et prestations, telles que : / -un motif d'ordre familial, professionnel ou de santé ; / - l'indisponibilité ou la défaillance de l'entreprise attestée par l'entreprise elle-même, un maître d'œuvre ou un organisme tiers ; / - les difficultés notamment financières ou de gestion rencontrées par le syndicat des copropriétaires ; / - les difficultés ou les erreurs dans l'instruction des dossiers (1). Dans ce cas, la demande motivée du bénéficiaire n'est pas requise et le directeur général peut agir de sa propre initiative ". Aux termes de l'article 7 de ce décret, dans sa version applicable au litige : " Dans le cadre de la gestion de la prime de transition énergétique, le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat : () / m) Peut déroger à titre exceptionnel aux délais mentionnés au III et au IV de l'article 2 du présent décret en cas de difficultés ou d'erreurs dans l'instruction des dossiers. Il rend compte de l'exercice de ce pouvoir aux tutelles ". Selon ce même article, dans sa version en vigueur à compter du 1er juin 2023 et applicable aux demandes de prime déposées à compter de cette même date : " Dans le cadre de la gestion de la prime de transition énergétique, le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat : () / m) Peut déroger à titre exceptionnel aux délais mentionnés au II, au III et au IV de l'article 2 du présent décret ou procéder à un nouvel examen du calcul de la prime, en cas de difficultés ou d'erreurs dans l'instruction des dossiers. Il rend compte de l'exercice de ce pouvoir aux tutelles ".
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la facture du 20 juillet 2022 de la société Label energie, qui fait référence à une fin des travaux à cette même date ainsi qu'à un devis préalablement établi le 7 juillet 2022, et qui a été jointe au dossier de demande de prime de transition énergétique déposé le 26 juillet 2022 sur le site internet " maprimerenov.gouv.fr ", que M. A ne remplissait pas la condition, expressément prévue au premier alinéa du II du décret du 14 janvier 2020, tenant à ce que les travaux d'installation de la pompe à chaleur air-eau devaient obligatoirement avoir débuté après l'accusé de réception par l'Anah de la demande de prime. Si le requérant soutient qu'il a effectué les travaux objets de la prime octroyée après la demande de cette prime, il se borne à cet égard à produire une autre facture établie le 1er août 2022 par cette société faisant cette fois-ci mention d'une fin de travaux à cette même date. Toutefois, comme il est soutenu en défense, cette seconde facture, produite pour les seuls besoins de la cause, et qui a été adressée pour la première fois à l'Anah par M. A dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire formé par celui-ci, ne revêt pas, par elle-même, une force probante suffisante pour démontrer que les travaux auraient en réalité eu lieu postérieurement à la demande de prime. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué par M. A, que les travaux pour lesquels la prime a été retirée entreraient dans une des hypothèses dérogatoires prévues à l'article 2 du décret du 14 janvier 2020 pour lesquelles la prime peut être octroyée alors même que les travaux ont été menés avant le dépôt de la demande. Il s'ensuit que la directrice générale de l'Anah n'a commis ni erreur de fait ni erreur d'appréciation en retirant à M. A la prime de transition énergétique qui lui avait été accordée au motif que les travaux avaient débuté avant la date de dépôt du dossier de demande de prime.
8. D'autre part, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux relatifs à l'installation de la pompe à chaleur air-eau au domicile de M. A auraient effectivement commencé après le dépôt du dossier de demande de prime de transition énergétique, l'intéressé ne saurait se prévaloir " de difficultés ou d'erreurs dans l'instruction [de son dossier] " au sens du m) de l'article 7 du décret du 14 janvier 2020. En tout état de cause, cet article, dans sa version qui était applicable à la demande de M. A, ne prévoyait pas de possibilité de déroger au principe posé au II de l'article 2 de ce décret mais seulement au délai imparti pour justifier de l'achèvement des travaux. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Anah aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions dérogatoires prévues par le m) de l'article 7 du décret du 14 janvier 2020.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire qui a été formé par M. A à l'encontre de la décision du 13 janvier 2023 portant retrait de sa prime de transition énergétique et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
FJ. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef
La greffière,
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026