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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301409

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301409

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301409
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2023, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Couzeix a fait opposition à sa déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station-relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 1, rue le Bost, cadastré section CO n° 130 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Couzeix de lui délivrer une décision de non-opposition à sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Couzeix la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'on ignore si la mention de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme constitue un motif d'opposition ; si tel était le cas, ce motif serait illégal, cet article ne trouvant pas à s'appliquer à l'ouvrage ; ce motif méconnaît l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme ;

- si le signataire de la décision a entendu considérer que le projet portait une atteinte esthétique à son milieu environnant, il a fait une inexacte application des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et entaché sa décision d'erreur de droit en ne faisant aucunement état des caractéristiques de son environnement mises à mal par le projet ; l'impact du projet sur son milieu environnant étant des plus limité, il ne justifie pas, en tout état de cause, une opposition au visa des dispositions relatives à l'intégration paysagère ;

- si le signataire a considéré qu'en raison de sa nature, le projet porte atteinte aux caractéristiques des zones humides, l'auteur de la décision a méconnu les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que rien ne permet d'affirmer que la construction ou son exploitation s'accompagneront d'émission de substances toxiques susceptibles d'impacter les zones humides ; à supposer subsidiairement que la construction engendre un risque pour la qualité des zones humides, le signataire aurait pu autoriser la construction en assortissant la décision de prescriptions ;

- aucune demande d'éléments permettant de démontrer que le projet n'était pas préjudiciable aux zones humides n'a été présentée dans le mois du dépôt du dossier en mairie si bien que le signataire de la décision a méconnu l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme en faisant grief au dossier de ne pas apporter ces éléments.

Une mise en demeure de défendre dans un délai de trente jours a été adressée le 17 octobre 2023 à la commune de Couzeix sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2023 à 16h00.

Une pièce complémentaire a été produite le 27 mai 2024 par la commune de Couzeix et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mons-Bariaud, représentant la commune de Couzeix.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free mobile a déposé, le 12 avril 2023, une déclaration préalable auprès de la commune de Couzeix en vue d'implanter une station-relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 1, rue le Bost, cadastré section CO n° 130 sur le territoire de cette commune. Par un arrêté du 8 juin 2023, le maire de la commune de Couzeix a fait opposition à cette déclaration préalable. La société Free mobile sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le visa des dispositions de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme et de l'article A2 du plan local d'urbanisme de la commune :

2. En premier lieu, si la décision comporte des informations relatives au raccordement du projet au réseau électrique, notamment concernant la nécessité d'une extension du réseau et la participation pouvant être exigée du bénéficiaire d'une autorisation de construire, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui n'a en particulier pas eu pour objet de mettre à la charge de la société une quelconque participation financière, que ces éléments d'information constitueraient un motif de refus d'opposition à la déclaration préalable en litige. Par suite, le moyen présenté par la société requérante tiré de ce que le maire de la commune ne pouvait pas s'opposer au projet sur le fondement de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme est inopérant.

3. En second lieu, il ressort de la décision attaquée que son auteur a entendu faire état de " l'article 2 de la zone A du PLU qui précise que les ouvrages techniques de service public ou d'intérêt collectif sont autorisés à condition qu'ils ne portent pas atteinte au caractère des lieux avoisinants ". Toutefois, cette seule mention n'est assortie d'aucune appréciation relative à l'impact du projet sur les lieux avoisinants, si bien qu'il ne peut en être déduit que le maire de la commune aurait entendu faire opposition à la déclaration préalable pour un motif tiré de ce que le projet porterait atteinte au caractère des lieux avoisinants, en méconnaissance de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, les moyens présentés par la société requérante tirés de ce que le maire de la commune aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et aurait entaché sa décision d'une erreur de droit sont inopérants.

En ce qui concerne les motifs fondés sur la présence de deux zones humides (risque de pollution et dossier incomplet) :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations et pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à R. 431-33-1, aucune autre information ou pièce ne pouvant être exigée par l'autorité compétente.

5. En se fondant sur la circonstance selon laquelle le " dossier présenté n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer que le projet ne sera pas préjudiciable " aux zones humides présentes sur la zone d'implantation du projet, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une demande de pièce complémentaire aurait été formulée par la commune durant l'instruction de la déclaration préalable, et que le caractère exigible d'une telle pièce n'est en tout état de cause pas démontré, le maire a méconnu l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme en faisant opposition à la déclaration préalable en litige.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient une opposition à travaux sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier l'opposition à la déclaration préalable ou une décision de non-opposition sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.

7. Il ressort de la décision attaquée que le maire de la commune s'est fondé, pour s'opposer à la déclaration préalable relative à l'installation d'un " pylône support d'antennes d'une hauteur de 42 mètres ", sur " le risque de pollution par émission de matières en suspension dans l'eau ou par déversement de substances toxiques qui pourrait impacter " les deux zones humides recensées sur la parcelle du projet. Toutefois, alors que la société requérante fait valoir que rien ne permet d'affirmer que la construction s'accompagnerait d'un risque d'émission de substances toxiques susceptibles d'impacter ces zones humides et que l'arrêté attaqué fait état d'un avis favorable avec prescriptions du service eau-milieux aquatiques de la direction départementale des territoires de la Haute-Vienne émis le 17 mai 2023, la commune n'apporte aucun élément permettant d'étayer l'existence du risque allégué et l'impossibilité d'y remédier par des prescriptions appropriées. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le risque allégué n'est pas établi et à en déduire que le maire de la commune a commis une erreur d'appréciation et méconnu l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Couzeix a fait opposition à la déclaration préalable de la société Free mobile en vue de l'implantation d'une station-relais de téléphonie mobile doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

11. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que la commune de Couzeix ne fait état d'aucun autre motif susceptible de justifier l'opposition aux travaux litigieux, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Couzeix autorise l'exécution des travaux déclarés par la société Free mobile le 12 avril 2023. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de la commune de Couzeix de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 12 avril 2023, sous réserve qu'une telle décision ne soit pas déjà intervenue. Il n'y a pas lieu, au vu des circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Couzeix la somme d'argent sollicitée par la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Couzeix a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 12 avril 2023 par la société Free mobile en vue de l'implantation d'une station-relais de téléphonie mobile est annulé.

Article 2:Il est enjoint au maire de la commune de Couzeix de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration de la société Free mobile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve qu'une telle décision ne soit pas déjà intervenue.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Couzeix.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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