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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301648

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301648

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301648
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, la commune de Saint-Yrieix-les-Bois, représentée par Me Broussard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur l'origine et les conséquences des désordres affectant la salle polyvalente et la cantine scolaire municipales.

Elle soutient que :

- elle a conclu un marché public de travaux le 18 octobre 2012 en vue de la construction d'un bâtiment à usage de salle polyvalente et de cantine scolaire sur une parcelle lui appartenant cadastrée section AB n° 168 ; les travaux réalisés ont été pré-réceptionnés le 25 septembre 2013 et le maire de la commune a autorisé l'ouverture de l'établissement au public le 30 janvier 2014 ; en 2015, elle a constaté l'apparition de désordres affectant les peintures intérieures du bâtiment par des remontées d'eau dans les cloisons ; malgré les relances qu'elle a faites auprès des entreprises et de l'architecte, la situation a stagné et le bâtiment s'est dégradé ; à la suite de la tenue d'une réunion d'expertise amiable le 18 avril 2019, un expert a rendu un rapport dans lequel il a constaté les désordres et a conclu qu'ils étaient en lien avec des remontées d'eau par capillarité dans les cloisons ; à l'heure actuelle, la situation persiste et les désordres rendent inutilisables la salle polyvalente communale et affectent la cuisine de la cantine scolaire municipale ;

- la responsabilité des sociétés Eiffage, SainteMartine, SMAC, Pizon et Compagnie ainsi que DECHO Centre est susceptible d'être engagée en raison de ces désordres qui affectent la solidité de l'ouvrage et compromettent sa destination au sens de l'article 1792 du code civil ;

- la désignation d'un expert apparait utile afin de constater les désordres, d'en faire déterminer leur cause exacte, de déterminer la nature et la gravité des dommages en résultant, de fournir tous les éléments techniques et de fait permettant à la juridiction du fond qui pourrait être ultérieurement saisie de statuer sur les responsabilités encourues, de préciser les remèdes à y apporter, de chiffrer le coût des travaux de réparation nécessaires et plus généralement d'évaluer tous les préjudices subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, la société Eiffage Construction Limousin, représentée par Me Préguimbeau, formule ses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée ainsi que sur sa responsabilité et demande que la mission de l'expert soit complétée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la société SMAC déclare qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule des protestations et réserves d'usage concernant son éventuelle responsabilité dans la survenance des désordres allégués.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, la SMABTP, ès qualité d'assureur de M. D F, de la société Eiffage Construction Limousin et de la société Pizon et Cie, représentée par Me Plas, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'il lui soit donné acte de ce qu'elle formule toutes protestations et réserves sur la demande d'expertise, à ce que les frais de l'expertise soient mis à la charge de la commune de Saint-Yrieix-les-Bois et à ce que la mission de l'expert désigné soit complétée.

Elle soutient que la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les demandes présentées à son encontre puisque le contrat liant une compagnie d'assurance à son assuré est un contrat de droit privé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence du juge administratif :

1. La demande en référé ne tend qu'à voir ordonner une mesure d'instruction avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige. Dès lors que le fond du litige est de nature, au moins pour partie, à relever de la compétence de la juridiction administrative, il appartient au juge administratif des référés de statuer sur la demande dont il est saisi, sans tenir compte de ce que le juge du fond pourrait éventuellement être saisi de conclusions pour lesquelles il ne serait pas compétent. Il s'ensuit que l'incompétence de la juridiction administrative, alléguée par la SMABTP en défense, pour se prononcer sur les relations entre un assureur lié par un contrat de droit privé à un constructeur intervenant dans le cadre d'un marché public, ne fait pas obstacle à ce que le juge des référés ordonne l'expertise sollicitée en lien avec ledit marché conclu par une personne publique et ayant donné lieu à l'intervention de plusieurs sociétés dans le cadre des travaux pour le réaliser.

2. En l'espèce, les désordres en litige relatifs à l'exécution d'un marché public étant susceptibles de générer des litiges relevant de la juridiction administrative, le juge des référés de cet ordre de juridiction est compétent pour diligenter une expertise et y attraire toute personne non manifestement étrangère au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action alors même que pour certaines d'entre elles le litige susceptible de se nouer relèverait du juge judiciaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du juge administratif ne peut être accueilli.

Sur la demande d'expertise :

3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

4. La commune de Saint-Yrieix-les-Bois a conclu en 2012 un marché public de travaux et un marché public de maîtrise d'œuvre dans le cadre de la construction d'une salle polyvalente et d'un restaurant scolaire. Par plusieurs actes d'engagement, elle a confié les lots du marché public de travaux à différentes entreprises. Les travaux ont été réceptionnés le 25 septembre 2013. Toutefois, au cours de l'année 2015, la commune a constaté l'apparition de désordres affectant le bâtiment. La mesure d'expertise qu'elle sollicite tendant à déterminer l'origine et les conséquences de ces désordres, sa demande entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

5. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C, domicilié ZA du Roc à Saint-Pantaléon-De-Larche (19600) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, au nord du bourg de la commune de Saint-Yrieix-les-Bois, entendre les parties et prendre connaissance de tous documents utiles relatifs aux travaux de construction de la salle polyvalente et du restaurant scolaire de la commune ;

2°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacun des constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ;

3°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant le bâtiment de la salle polyvalente et du restaurant scolaire dont il est fait état dans la requête ;

4°) décrire les désordres et malfaçons qui seraient constatés et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou de le rendre impropre à sa destination et de préciser si ces désordres présentent un caractère évolutif ;

5°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres affectant les immeubles en litige, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien, dans le cas de causes multiples, d'évaluer la part d'imputabilité à chacune d'elles ;

6°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination ;

7°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de la commune de Saint-Yrieix-les-Bois, de M. E B, de la Mutuelle des architectes français, de M. D F, de la SMABTP, de la société Eiffage Construction, de la société SainteMartine, de la société Axa France Iard, de la société SMAC, de l'entreprise Pizon et compagnie, de la société DECHO Centre et de la société Generali Iard.

Article 5 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 6 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert avant le 15 mai 2024. Il sera communiqué aux parties par le greffe avec un délai d'un mois pour les éventuelles observations, à l'issue duquel l'expert déposera l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Saint-Yrieix-les-Bois, à M. E B, à la Mutuelle des architectes français, à M. D F, à la SMABTP, à la société Eiffage Construction, à la société SainteMartine, à la société Axa France Iard, à la société SMAC, à l'entreprise Pizon et compagnie, à la société DECHO Centre, à la société Generali Iard et à M. A C, expert.

Limoges, le 11 janvier 2024.

Le juge des référés,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

A. BLANCHON

mf

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