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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301923

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301923

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301923
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSYMCHOWICZ WEISSBERG ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, la SAS Boutillet, représentée par Me Gaullier-Camus, avocat, demande au juge des référés :

1°) de condamner la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole à lui verser, à titre principal, une provision d'un montant de 26 662,47 euros HT, à titre subsidiaire, d'un montant de 19 855,15 euros HT, outre intérêts moratoires, au titre de solde d'un contrat de sous-traitance pour la réalisation du lot n°1 d'un marché global de performance ayant pour objet la construction, l'exploitation et la maintenance d'un centre aquatique intercommunal ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Boutillet soutient que :

- elle justifie d'un contrat de sous-traitance avec la société Guignard, titulaire du marché, prévoyant un paiement direct par le maître d'ouvrage ;

- les travaux ont été réceptionnés le 28 mai 2021 et la garantie de parfait achèvement est arrivée à échéance le 29 mai 2022 ; elle a réclamé le règlement du solde du marché le 12 avril 2023 à la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, pour un montant, comprenant la révision de prix, de 19 855,15 euros HT au titre des travaux et 6 807,32 euros HT au titre de la révision définitive, ressortant du projet de décompte final notifié le 7 octobre 2022 au titulaire du marché ; le silence gardé par le titulaire valant acceptation, elle justifie d'un droit au paiement direct par la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole ;

- elle justifie dans ces conditions de l'existence et du montant de sa créance, en tout état de cause pour le montant des travaux, non contesté par le maître d'ouvrage.

La requête a été communiquée à la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, qui n'a pas produit en défense.

Vu les autres pièces du dossier

Vu le protocole transactionnel en date du 16 mai 2024 conclu entre la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, la SAS Guignard, la société Axima Concept, la société Renaudat Centre Construction, et la SARL SLEE.

Vu :

- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs du juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant. Il en découle qu'il appartient au demandeur d'apporter tous les éléments utiles à l'appui de la démonstration de l'existence, de la nature, de la consistance et du montant de la créance dont il se prévaut.

2. La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, à qui l'ensemble de la procédure a été régulièrement communiquée et qui s'est bornée à indiquer, par un courrier du 22 décembre 2023, une procédure de conciliation alors en cours et clôturée par l'accord transactionnel du 16 mai 2024 susvisé, n'a produit, malgré l'annonce faite dans ce courrier, aucun mémoire avant la clôture de l'instruction. Ainsi, eu égard à la nature du présent référé, la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole doit être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge des référés de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est sans conséquence sur leur qualification juridique au regard des textes qui fondent la décision en litige et sur le contrôle, par le juge, de l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration.

3. La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole a conclu le 18 mai 2018 avec un groupement composé de la SAS Guignard, mandataire et titulaire, la société Axima Concept, la société Renaudat Centre Construction, et la SARL SLEE, un marché global de performance pour la réalisation, l'exploitation et la maintenance d'un centre aquatique intercommunal dénommé " Balsan'éo ". Le 2 juillet 2018, la SAS Guignard a conclu avec la SAS Boutillet un contrat de sous-traitance pour la réalisation du lot n°1 portant sur les fondations, les maçonneries et le gros-œuvre, pour un montant, après modification, de 8 127 933,08 euros HT. La déclaration de sous-traitant, prévoyant le paiement direct par le maître d'ouvrage, a été régularisée le 30 novembre 2020 puis modifiée le 8 février 2021. Les travaux au lot n°1 ont été achevés et réceptionnés le 28 mai 2021, la garantie de parfait achèvement est arrivée à échéance le 29 mai 2022. Le titulaire du marché a reçu de la SAS Boutillet la dernière situation, pour règlement du solde, le 12 mai 2021, date à laquelle elle a également été déposée sur la plateforme Chorus. La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole a procédé à un paiement partiel, pour un montant de 318 216,88 euros, le 3 septembre 2021. Le 7 octobre 2022, la SAS Boutillet a notifié son projet de décompte final au titulaire du marché, la SAS Guignard, pour un montant global du solde de 26 662,47 euros HT, se répartissant entre 19 855,15 euros de travaux et 6 807,32 euros au titre de la révision définitive. Le 12 avril 2023, la SAS Boutillet a sollicité de la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole le règlement de ce solde. La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole a rejeté cette demande, en faisant valoir qu'une contestation était en cours, et que le titulaire du marché contestait le décompte de la SAS Boutillet. Parallèlement, le groupement a introduit une instance en référé-provision pour obtenir le règlement du solde du marché, qui s'est clôturée par un désistement après la conclusion le 16 mai 2024 d'un protocole transactionnel, auquel n'est pas partie le SAS Boutillet, entre les membres du groupement et la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole. La SAS Boutillet demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la condamnation de la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole à lui verser une provision d'un montant de 26 662,47 euros HT, à titre subsidiaire, d'un montant de 19 855,15 euros HT, outre intérêts moratoires, au titre de solde du contrat de sous-traitance et de sa clause de paiement direct.

4. Aux termes de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " Le sous-traitant direct du titulaire du marché qui a été accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées par le maître de l'ouvrage, est payé directement par lui pour la part du marché dont il assure l'exécution () ". Aux termes de l'article 8 de la même loi : " L'entrepreneur principal dispose d'un délai de quinze jours, comptés à partir de la réception des pièces justificatives servant de base au paiement direct, pour les revêtir de son acceptation ou pour signifier au sous-traitant son refus motivé d'acceptation. / Passé ce délai, l'entrepreneur principal est réputé avoir accepté celles des pièces justificatives ou des parties de pièces justificatives qu'il n'a pas expressément acceptées ou refusées. / Les notifications prévues à l'alinéa 1er sont adressées par lettre recommandée avec accusé de réception ". Aux termes de l'article 136 du décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics : " Le sous-traitant adresse sa demande de paiement libellée au nom du pouvoir adjudicateur au titulaire du marché, sous pli recommandé avec accusé de réception, ou la dépose auprès du titulaire contre récépissé. /Le titulaire dispose d'un délai de quinze jours à compter de la signature de l'accusé de réception ou du récépissé pour donner son accord ou notifier un refus, d'une part, au sous-traitant et, d'autre part, au pouvoir adjudicateur ou à la personne désignée par lui dans le marché. / Le sous-traitant adresse également sa demande de paiement au pouvoir adjudicateur ou à la personne désignée dans le marché par le pouvoir adjudicateur, accompagnée des factures et de l'accusé de réception ou du récépissé attestant que le titulaire a bien reçu la demande ou de l'avis postal attestant que le pli a été refusé ou n'a pas été réclamé. / Le pouvoir adjudicateur ou la personne désignée par lui dans le marché adresse sans délai au titulaire une copie des factures produites par le sous-traitant. / Le pouvoir adjudicateur procède au paiement du sous-traitant dans le délai prévu par l'article 98. Ce délai court à compter de la réception par le pouvoir adjudicateur de l'accord, total ou partiel, du titulaire sur le paiement demandé, ou de l'expiration du délai mentionné au deuxième alinéa si, pendant ce délai, le titulaire n'a notifié aucun accord ni aucun refus, ou encore de la réception par le pouvoir adjudicateur de l'avis postal mentionné au troisième alinéa. () ".

5. Il résulte de la combinaison des articles 6 et 8 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance et de l'article 136 du décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics, que, pour obtenir, en application du titre II de la loi du 31 décembre 1975, le paiement direct par le maître d'ouvrage de tout ou partie des prestations qu'il a exécutées dans le cadre de son contrat de sous-traitance, le sous-traitant régulièrement agréé doit adresser sa demande de paiement direct à l'entrepreneur principal, titulaire du marché. Il appartient ensuite au titulaire du marché de donner son accord à la demande de paiement direct ou de signifier son refus dans un délai de quinze jours à compter de la réception de cette demande. Le titulaire du marché est réputé avoir accepté cette demande s'il garde le silence pendant plus de quinze jours à compter de sa réception. Il appartient également au sous-traitant d'adresser sa demande de paiement au pouvoir adjudicateur ou à la personne désignée dans le marché par le pouvoir adjudicateur, accompagnée des factures et de l'accusé de réception ou du récépissé attestant que le titulaire a bien reçu la demande ou de l'avis postal attestant que le pli a été refusé ou n'a pas été réclamé. Le pouvoir adjudicateur ou la personne désignée par lui dans le marché adresse alors sans délai au titulaire une copie des factures produites par le sous-traitant. A l'issue de cette procédure, le maître d'ouvrage procède au paiement direct du sous-traitant régulièrement agréé si le titulaire du marché a donné son accord ou s'il est réputé avoir accepté la demande de paiement direct. Cette procédure a pour objet de permettre au titulaire du marché d'exercer un contrôle sur les pièces transmises par le sous-traitant et de s'opposer, le cas échéant, au paiement direct. Elle vise également à permettre au maître d'ouvrage de s'assurer de ce que le titulaire a lui-même exercé son contrôle et donné son accord au paiement direct sollicité par le sous-traitant. La méconnaissance de cette procédure par le sous-traitant fait toutefois obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir, auprès du maître d'ouvrage, d'un droit à ce paiement.

6. Il résulte de l'instruction, et il n'est au demeurant pas contesté, que la SAS Guignard a reçu le 7 octobre 2022 le projet de décompte final de la SAS Boutillet, faisant apparaître un solde de 26 662,47 euros. Aucune des pièces du dossier ne révèle un refus d'acceptation par le titulaire du marché, moins encore selon les formes et dans les délais impartis par les dispositions précitées. Notamment, le courrier en date du 24 mai 2023 adressé par la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole à la SAS Boutillet faisant état d'une contestation du décompte, qui n'aurait d'ailleurs porté que sur le calcul de la révision des prix, par le titulaire du marché, est expressément contredit par le courrier de la SAS Guignard en date du 11 juin 2024 qui, pour réclamer à la SAS Boutillet une quote-part des pénalités retenues dans le protocole transactionnel, se base sur le montant total de 26 662,47 euros HT du décompte final.

7. La SAS Boutillet, dont le droit au paiement direct est établi ainsi qu'il a été dit, justifie par ailleurs avoir, au plus tard le 12 avril 2023 par sa demande réitérée, sollicité le règlement direct du solde par la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole.

8. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, qui ne pouvait opposer à cette demande les clauses du protocole transactionnel auquel la SAS Boutillet n'est pas partie, est tenue de lui faire droit.

9. Enfin, les clauses du protocole transactionnel n'engageant que ses parties signataires, la circonstance que la SAS Guignard se soit fait fort d'en appliquer les engagements aux sous-traitants, lesdits engagements portant d'ailleurs sur la résolution de litiges distincts et étrangers à la créance dont se prévaut la SAS Boutillet sur la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole, est inopposable à la demande de la SAS Boutillet tournée vers la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole. Celle-ci, notamment, ne saurait par l'entremise de la SAS Guignard, au vu des termes du courrier du 11 juin 2024, recouvrer par voie de compensation sur la dette qu'elle a envers la SAS Boutillet les pénalités que les signataires du protocole se sont engagés à verser à la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Boutillet établit détenir sur la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole une créance non sérieusement contestable à hauteur de 26 662,47 euros HT au titre du solde du contrat de sous-traitance qu'elle a entièrement exécuté. Elle est dès lors fondée à demander la condamnation de la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole à lui verser cette somme à titre de provision.

Sur les intérêts :

11. La SAS Boutillet a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes allouées au point 8 de la présente ordonnance à compter du 12 avril 2023, date de réception par l'administration de sa dernière réclamation.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole une somme de 2 000 euros à verser à la SAS Boutillet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole est condamnée à verser une somme de 26 662,47 euros (vingt-six mille six cent soixante-deux euros et quarante-sept centimes) à la SAS Boutillet. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2023.

Article 2: La communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à la SAS Boutillet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Boutillet et à la communauté d'agglomération Châteauroux-Métropole.

Limoges, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

D. JOSSERAND-JAILLET

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

lg

N°2301923

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