mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400051 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCHMITT AVOCATS A.A.R.P.I |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier et 18 mars 2024, le groupement d'intérêt public (GIP) Okantis, représenté par Me Rayssac, demande au juge des référés :
1°) de désigner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, un expert chargé de se prononcer sur l'origine et les causes des désordres affectant son data center ;
2°) de réserver les dépens.
Il soutient que :
- le réseau des acheteurs hospitaliers (RESAH), qui est une centrale d'achat, a attribué un accord-cadre portant sur l'acquisition de matériels d'infrastructures et prestations de services associés à la société Compagnie française d'informatique (CFI) ; en application de cet accord-cadre, il a signé un marché subséquent le 28 décembre 2020 portant sur le stockage de données ; ce marché a été conclu pour une durée d'un an reconductible tacitement trois fois par nouvelle durée d'un an ; la société CFI a sous-traité le marché à la société IP Energy en charge de la livraison d'un conteneur de données qui a été réceptionné le 3 mai 2022 ; à la suite de cette réception, il est apparu que le data center comportait de multiples non-conformités l'affectant et il n'est toujours pas fonctionnel à l'heure actuelle ; le 20 septembre 2022, il a mis en demeure la société CFI afin qu'elle reprenne l'ensemble des dysfonctionnements dans un délai d'un mois ; par un courrier du 27 octobre 2022, il a alerté la société CFI du dysfonctionnement de la partie réfrigérante du conteneur puis il a de nouveau fait état des dysfonctionnements du conteneur dans un courrier du 18 novembre 2022 ; plusieurs rapports de maintenance réalisés par la société Fauche maintenance le 15 décembre 2022 font état des nombreuses non-conformités du conteneur ; par un courrier du 14 juin 2023, il a fait une demande d'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 1 168 359,50 euros et une proposition de résiliation du marché mais la société CFI a rejeté sa demande le 8 novembre 2023 ;
- la désignation d'un expert est indispensable en raison de la complexité des faits et de la technicité de la matière ; elle est utile afin de déterminer notamment l'origine et la cause du sinistre ; cette expertise constitue un préalable à l'introduction d'une action contentieuse à l'encontre de la société CFI ; les dysfonctionnements, qui sont nombreux, portent principalement sur deux aspects du data center : d'une part, des aspects de sécurité (intrusion, contrôle d'accès, sécurité incendie et vidéosurveillance) et, d'autre part, des aspects liés à la climatisation et la production de froid ;
- il y a urgence à désigner un expert afin que ce dernier procède aux investigations nécessaires sur le lieu où est situé le data center dès lors que le bail professionnel du groupement a été résilié le 16 janvier dernier à compter du 1er octobre 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la société Compagnie française d'informatique demande qu'il soit pris acte de l'ensemble de ses réserves sur le périmètre de la mission de l'expert et que les sociétés IP Energy, Aermec, ACT - Xavier Sallenave, Générale Frigorifique, le Groupe Fauché et Ingepole soient mises en cause.
Elle soutient que :
- dans le cadre de ses discussions avec la société IP Energy, le GIP Okantis avait porté son choix sur un datacenter modulaire d'occasion, qui était initialement un pilote sur lequel le GIP a souhaité remplacer les unités de refroidissement initialement présentes ; en cours d'exécution du marché, le GIP Okantis a décidé de changer 80% des pièces du produit, ce qui a conduit à revoir le dimensionnement initial du produit et à l'intervention d'une pluralité de prestataires et fournisseurs ; dès lors que le marché a impliqué un grand nombre d'intervenants, pour être utile, l'expertise sollicitée doit être diligentée au contradictoire de l'ensemble des opérateurs intervenus dans la réalisation et l'installation du datacenter ;
- il est possible de s'interroger sur l'opportunité de diligenter une nouvelle expertise car le rapport réalisé par le bureau d'études Ingepole a apporté une solution pour remédier aux désordres et a chiffré une solution qu'elle s'est engagée à prendre en charge ; la mise en œuvre de cette solution avait été acceptée par le GIP Okantis et la société IP Energy avait missionné un prestataire pour intervenir sur site aux fins d'effectuer les travaux ; pourtant, le GIP Okantis n'a jamais donné suite et n'a jamais répondu aux nombreuses relances effectuées par la société IP Energy pour faire intervenir son prestataire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la société IP Energy, représentée par Me Woimant, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, demande qu'il soit donné acte de ce qu'elle formule les plus expresses protestations et réserves sur la reconnaissance de sa responsabilité et que les dépens soient mis à la charge du GIP Okantis.
Elle soutient que sa participation à la mesure d'expertise sollicitée est fondamentale dès lors qu'elle a été chargée de la livraison du conteneur de données en litige en qualité de sous-traitant de la société Compagnie française d'informatique.
La procédure a été communiquée aux sociétés Aermec, Xavier Sallenave, Générale Frigorifique, Electricité industrielle J. P. Fauché et Ingepole, qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre-Marie Houssais, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
2. La mesure d'expertise sollicitée par le GIP Okantis vise notamment à déterminer l'origine et les causes des désordres affectant son conteneur de données ou " data center ". Compte tenu de la nature des désordres constatés et du nombre d'entreprises qui sont intervenues dans le cadre de ce marché, la mesure demandée revêt un caractère utile, quand bien même la société IP Energy aurait déjà mandaté un bureau d'études ayant rendu un rapport le 20 janvier 2023. En outre, la demande du GIP Okantis n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du tribunal administratif et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
3. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise () ". Ainsi, il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Il s'ensuit que les conclusions relatives aux dépens présentées par les parties doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B, domicilié 56 rue Meissonnier à Limoges (87000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, dans le local hébergeant le conteneur de données du GIP Okantis, situé 8 rue Soyouz à Limoges (87280) ; entendre les parties et prendre connaissance de tous documents utiles relatifs à l'installation de ce conteneur ;
2°) constater et décrire les désordres affectant le conteneur de données ;
3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres affectant le conteneur en litige, en précisant s'ils sont imputables aux travaux d'installation, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien, dans le cas de causes multiples, évaluer la part d'imputabilité à chacune d'elles ;
4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle ;
5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence du GIP Okantis, de la société Compagnie française d'informatique, de la société IP Energy, de la société Aermec, de la société ACT - Xavier Sallenave, de la société Générale frigorifique, de la société Electricité industrielle J. P. Fauché et de la société Ingepole.
Article 5 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.
Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.
Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 6 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe, qui le communiquera aux parties, sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 31 août 2024.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée au groupement d'intérêt public Okantis, à la société Compagnie française d'informatique, à la société IP Energy, à la société Aermec à la société Xavier Sallenave, à la société Générale frigorifique, à la société Energie industrielle J. P. Fauché, à la société Ingepole et à M. A B, expert.
Limoges, le 23 avril 2024
Le juge des référés,
P.-M. HOUSSAIS
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026