mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400064 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HOUDART & Associés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Plas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Guéret lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Guéret une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il ne s'est pas vu notifier l'avis émis le 10 novembre 2023 par le conseil de discipline, en méconnaissance de l'article 11 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'un an est disproportionnée par rapport aux faits reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le centre hospitalier de Guéret, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête comme non-fondée et demande qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le décret n° 2021-1257 du 29 septembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public,
- les observations de Me Plas, pour M. A,
- les observations de Me Chenaoui, pour le centre hospitalier de Guéret.
Considérant ce qui suit :
1. Aide-soignant au centre hospitalier de Guéret depuis le 1er janvier 2007, M. A a été affecté au service d'accueil des urgences de cet établissement à compter du 1er septembre 2020. Il demande l'annulation de la décision du 15 novembre 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Guéret lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, selon l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité qui exerce le pouvoir disciplinaire. Celle-ci statue par décision motivée ".
3. D'une part, ces dispositions n'imposent pas que la communication à l'agent de l'avis du conseil de discipline intervienne, à peine d'illégalité de la décision de sanction, avant que cette décision ne soit prise. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de la séance du 10 novembre 2023, M. A a, à tout le moins, été informé du sens de l'avis rendu le même jour par le conseil de discipline et que, le 16 novembre 2023, le requérant a reçu notification non seulement de la décision du 15 novembre 2023 lui infligeant la sanction disciplinaire dont il demande l'annulation mais également de l'avis émis par le conseil de discipline. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 doit être écarté.
4. En second lieu, l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique prévoit que : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article L. 533-1 de ce code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / 2° Deuxième groupe : / a) La radiation du tableau d'avancement ; / b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat. / 3° Troisième groupe : / a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ".
5. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 9 mai 2023 au soir, le conjoint de la cousine de M. A a été admis aux urgences du centre hospitalier de Guéret en raison d'un traumatisme à l'épaule gauche occasionné par une chute. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées sur son dossier médical et de la " feuille de soins pharmacien ou fournisseur " établie le 11 mai 2023 qui fait référence à une " prescription médicale " du 9 mai 2023, à l'" achat " d'un " immobilisateur d'épaule T large " et à une facture n° 20231960 du 11 mai 2023 pour ce dispositif médical en vertu encore d'une prescription du 9 mai 2023, qu'à sa sortie du centre hospitalier de Guéret, ce patient doit être regardé comme s'étant vu remettre, de la part du médecin qui a assuré sa prise en charge aux urgences, non seulement une " ordonnance d'antalgique " mais également une ordonnance relative à la prescription d'une attelle " Dujarrier " pour son épaule gauche, qui, selon son dossier médical, a été posée par une infirmière le 9 mai 2023 à 23h44. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, le 11 mai 2023, la conjointe de ce patient a appelé M. A, alors en congés, pour lui indiquer que l'épaule du patient était douloureuse, qu'il avait la sensation que son épaule ne tenait plus son bras, qu'aucune attelle ne lui avait été délivrée, et a demandé au requérant s'il lui était possible de lui fournir une attelle provenant de son lieu de travail. Il ressort des pièces du dossier que, le lendemain, M. A, encore en congés, s'est rendu au centre hospitalier pour accompagner son beau-père à une consultation au service de cardiologie. Cependant, M. A, une fois dans les locaux du centre hospitalier, est allé au service d'accueil des urgences. A cette occasion, il a interpellé le médecin ayant pris en charge le conjoint de sa cousine le 9 mai 2023 pour lui indiquer qu'aucune attelle ne lui avait été prescrite. Après consultation du dossier médical du patient, ce médecin a confirmé à M. A que l'attelle avait bien été prescrite et même posée. Selon ses propres écritures, M. A a demandé à ce médecin des urgences d'établir une nouvelle ordonnance prescrivant une attelle au nom non pas du conjoint de sa cousine, mais, pour éviter à celui-ci un nouveau déplacement au centre hospitalier, au nom de son beau-père, présent dans l'établissement pour une consultation au service de cardiologie. Ce médecin, en ne répondant pas à cette sollicitation et en n'établissant pas l'ordonnance demandée au nom du beau-père, doit être regardé comme ayant fait connaître au requérant son refus de dresser ce document illégal. Néanmoins, en dépit de ce refus du médecin, M. A, de sa propre initiative, a établi une fausse ordonnance datée du 12 mai 2023 au nom de son beau-père, sur laquelle il a apposé le cachet du centre hospitalier de Guéret et a coché deux cases correspondant à deux dispositifs médicaux, à savoir un " immobilisateur d'épaule type Dujarrier " et un " anneau claviculaire Cromax ". M. A a également établi, à nouveau au nom de son beau-père, une attestation de consentement éclairé, qu'il a lui-même signée, sur laquelle il a collé deux étiquettes correspondant aux dispositifs médicaux renseignés sur la fausse ordonnance. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir établi ces deux documents, M. A a récupéré ces deux dispositifs médicaux, qu'il a ensuite remis au conjoint de sa cousine.
7. Il ressort des pièces du dossier que ces faits, dont la matérialité et le caractère fautif sont reconnus, n'ont été découverts qu'après que, le 15 mai 2023, une cadre de santé du service d'accueil des urgences du centre hospitalier se soit aperçue de l'incohérence de l'ordonnance du 12 mai 2023, qui prescrivait, pour un patient admis en raison d'une consultation en cardiologie, une attelle " Dujarrier " qui est un dispositif d'immobilisation du membre supérieur utilisé pour la convalescence en cas de fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus ou de luxation de l'épaule, ainsi qu'un anneau claviculaire qui est utilisé principalement pour immobiliser le haut du corps d'un patient lors d'une fracture de la clavicule afin de maintenir l'os parfaitement droit. Il ressort aussi des pièces du dossier que M. A, qui ne pouvait ignorer qu'il outrepassait manifestement les limites de ses fonctions d'aide-soignant, qui relèvent de la catégorie B, et qui a profité de sa qualité de professionnel de santé pour procurer un avantage à un membre de son entourage, a établi des fausses ordonnance et attestation de consentement éclairé en usurpant l'identité de son beau-père et en faisant fi du refus opposé quelques instants plus tôt par le médecin des urgences. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment des propos non contestés tenus par un membre du conseil de discipline qui s'est réuni le 10 novembre 2023, que l'utilisation par le conjoint de sa cousine de l'anneau claviculaire, dispositif qui n'était pas adapté à sa pathologie, aurait pu avoir pour le patient des conséquences néfastes quant à l'évolution de son état de santé.
8. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et de la marge d'appréciation dont dispose l'administration quant au choix de la sanction, et alors par ailleurs qu'il ressort des pièces produites en défense et non contestées par M. A que sa manière de servir ne donnait pas pleinement satisfaction, le directeur du centre hospitalier de Guéret n'a pas entaché sa décision du 15 novembre 2023 de disproportion en infligeant au requérant une exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an, sanction qui, au demeurant, correspond à celle proposée par les membres du conseil de discipline à l'unanimité moins deux abstentions.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Guéret lui a infligé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Guéret sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Ce jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Guéret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
FJ. REVELLe greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef
La Greffière
M. C
cg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026