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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400093

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400093

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400093
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLACOSTE - PLAT - MAISSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Souet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert chargé de se prononcer sur la prise en charge médicale dont elle a fait l'objet le 4 février 2023 au sein du centre hospitalier de Châteauroux en vue de déterminer l'existence éventuelle d'une faute de diagnostic et d'un retard de soins ainsi que d'évaluer les préjudices qu'elle a subis à la suite de cette prise en charge ;

2°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- le 4 février 2023, à la suite d'une blessure au niveau du membre inférieur droit, elle a été prise en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Châteauroux où il lui a été prescrit un simple retour à domicile ainsi qu'un traitement par antalgiques ; elle a toutefois présenté des séquelles fonctionnelles conséquentes ainsi que des douleurs particulièrement invalidantes dans les suites du traumatisme et de sa prise en charge, présentant notamment une boiterie persistante ; le 13 février 2023, elle a bénéficié d'une IRM au Chu de Limoges à la suite de laquelle elle a été orientée vers un chirurgien orthopédiste de la clinique du sport de Paris, lequel a pu objectiver une luxation de l'articulation péronéo-tibiale-proximale et a conclu à la nécessité d'une intervention chirurgicale qui a été pratiquée le 22 février suivant ; le 17 avril 2023, elle a subi une nouvelle intervention chirurgicale en vue de l'ablation du matériel d'ostéosynthèse ; une intensification de la rééducation lui a été prescrite dans les suites de cette chirurgie ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile dès lors que, d'une part, il existe des raisons plausibles de suspecter l'existence d'une faute de diagnostic et d'un retard de soins imputables au centre hospitalier de Châteauroux ; d'autre part, il sera impossible d'effectuer une liquidation des préjudices corporels en l'absence d'évaluation médicale et, de troisième part, elle garantira un débat contradictoire.

Par un mémoire, enregistré le 23 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher déclare ne pas avoir d'observation à formuler sur la demande d'expertise présentée par Mme B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par Me Saumon, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée mais demande qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur cette mesure, que la mission de l'expert soit étendue et que les dépens soient réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le centre hospitalier de Châteauroux, représenté par Me Maissin, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée mais demande qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves sur l'éventuelle mise en œuvre de sa responsabilité, que la mission de l'expert soit complétée et que la requérante soit tenue de faire l'avance des frais et honoraires de l'expert.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. La mesure d'expertise sollicitée par Mme B vise à déterminer l'existence éventuelle d'une faute de diagnostic et d'un retard de soins dans sa prise en charge par le centre hospitalier de Châteauroux le 4 février 2023, ainsi qu'à évaluer les préjudices qu'elle a subis en vue de l'engagement de la responsabilité de cet établissement. Les faits relatés dans la requête justifient la mesure d'expertise sollicitée, à laquelle, d'ailleurs, aucune partie ne s'oppose. Ainsi, il résulte de l'instruction que la mesure d'expertise demandée par Mme B, qui présente un caractère d'utilité et qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du tribunal administratif, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

4. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise () ". Ainsi, il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Il s'ensuit que les conclusions relatives aux dépens présentées par les parties doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur E D, domicilié à la clinique des franciscaines 7 bis avenue de la Porte de Buc à Versailles (78000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B, notamment tous documents relatifs aux actes médicaux et aux diagnostics pratiqués sur elle à l'occasion de sa prise en charge le 4 février 2023 par le centre hospitalier de Châteauroux ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de l'intéressée ainsi qu'à son examen clinique ;

2°) décrire son état de santé actuel et antérieur à sa prise en charge par le centre hospitalier de Châteauroux ;

3°) décrire les conditions de sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Châteauroux ainsi que les actes médicaux dont elle a fait l'objet dans cet établissement ; rechercher si le diagnostic était difficile à établir et si les actes médicaux réalisés ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale et adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence du diagnostic des équipes médicales du centre hospitalier de Châteauroux ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises ; préciser notamment s'il y a eu un défaut ou un retard de soins ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure les manquements constatés ont fait perdre à Mme B une chance réelle et sérieuse d'éviter les séquelles et interventions chirurgicales ultérieurement subies et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si les dommages corporels constatés ont un rapport avec la prise en charge de Mme B au sein du centre hospitalier de Châteauroux ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à cet établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec l'état initial de Mme B, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) dire si l'état de santé de Mme B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans la négative, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

7°) déterminer les différents préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, pertes de revenus, incidence professionnelle des dommages, autres dépenses liées aux dommages corporels) et extra patrimoniaux (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ; le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

8°) dire si l'état de santé de Mme B est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

9°) donner tous éléments, d'une manière générale, devant permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie d'un litige au fond de se prononcer sur les responsabilités encourues par le centre hospitalier de Châteauroux et les préjudices subis.

Article 2 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme B, du centre hospitalier de Châteauroux, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher.

Article 5 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 6 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme Transfert Pro, avant le 31 juillet 2024. L'expert déposera l'état de ses vacations, frais et débours à cette échéance.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au centre hospitalier de Châteauroux, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et au docteur E D, expert.

Limoges, le 11 mars 2024

Le juge des référés,

D. ARTUS

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

A. BLANCHON

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