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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400196

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400196

mardi 7 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400196
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRANGER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la demande indemnitaire de Mme D..., agent contractuel de la commune de Limoges, qui contestait le non-renouvellement de son contrat et l'usage abusif de contrats à durée déterminée. La requérante invoquait une procédure irrégulière (absence de préavis et d'entretien préalable) et sollicitait 19 720,62 € de dommages et intérêts. Le tribunal a considéré que le recours à des CDD successifs n'était pas abusif au regard des dispositions du code général de la fonction publique, et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée faute de dossier déposé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 7 février 2024, Mme C... D..., représentée par Me Granger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner la commune de Limoges à lui verser une somme de 19 720,62 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable, au titre de ses différents préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Limoges une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

- le non-renouvellement de son contrat a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, dès lors que le délai de préavis prévu par l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 n’a pas été respecté et qu’elle n’a pas bénéficié d’un entretien préalable ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Limoges doit être engagée en raison du caractère abusif du recours à des contrats à durée déterminée ;
- compte tenu des fautes commises par la commune de Limoges, elle est en droit d’obtenir l’indemnisation des préjudices subis à hauteur de :

2 000 euros au titre de l’indemnité compensatrice de préavis ;
7 550,07 euros au titre de l’indemnité de licenciement ;
170,55 euros au titre de l’indemnité compensatrice de congés payés ;
10 000 euros au titre de son préjudice moral.


Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2025, la commune de Limoges, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D... ne sont pas fondés.


Par ordonnance du 7 avril 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 12 mai 2025.

Des pièces ont été enregistrées le 2 août 2025, pour le compte de Mme D... et n’ont pas été communiquées.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Crosnier,
- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,
- et les observations de M. B..., représentant la commune de Limoges.


Considérant ce qui suit :

1. Mme C... D... a été recrutée par la commune de Limoges dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée (CDD), d’abord à compter du 24 novembre 2011 en tant qu’agent de service pour assurer des remplacements de manière discontinue jusqu’au 13 juillet 2016 puis pour assurer les fonctions d’agent d’entretien au sein des écoles élémentaires, à temps non complet du 1er août 2016 au 28 février 2021, puis à temps complet à compter du 1er mars 2021. Le 16 janvier 2023, elle a été informée du non-renouvellement de son CDD à l’échéance du 30 mars 2023. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner la commune de Limoges à lui verser la somme globale de 19 720,62 euros en raison de l’usage abusif de CDD.



Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ( ...) ». Aux termes du second alinéa de l’article 61 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l’application de ces dispositions : « l’admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l’article L. 432-13 ou à l’article L. 632-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été statué ».

3. Il résulte de l’instruction, alors que la décision contestée date du 10 janvier 2024 et que sa requête a été enregistrée le 5 février 2024, que Mme D... n’a pas déposé de dossier d’aide juridictionnelle auprès du bureau d’aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à l’octroi de l’aide juridictionnelle provisoire.


Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune de Limoges :

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 311-1 du code général de la fonction publique qui reprend les dispositions de l’article 3 de la loi du 13 juillet 1983 : « Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents (…) des communes (…) sont (…) occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent code (…) ». Aux termes de l’article L. 332-23 du code général de la fonction publique, qui codifie l’article 3, alinéas 1 à 3, de la loi du 26 janvier 1984 : « Les collectivités et établissements mentionnés aux articles L. 4 et L. 5 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à :1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois (…) ».

5. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours, en application des dispositions mentionnées au point précédent, à des contrats à durée déterminée successifs, présente un caractère abusif, de prendre en compte l’ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d’organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

6. Il résulte de l’instruction que Mme D... a été recrutée à partir du 24 novembre 2011 dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée jusqu’au 31 juillet 2013 puis du 29 août 2013 au 11 juillet 2014, du 28 août 2014 au 10 juillet 2015 et du 27 août 2015 au 13 juillet 2016 pour assurer des fonctions d’agent de service remplaçant au sein de la collectivité. A compter du 1er août 2016 et jusqu’au 31 mars 2023, elle a été recrutée dans le cadre de huit contrats successifs en qualité d’agent de service au sein des écoles élémentaires de la commune sur le fondement de l’article 3 alinéa 1 de la loi du 26 janvier 1984, pour occuper un emploi qui n’a pu être immédiatement pourvu dans les conditions statutaires et il résulte de l’article L. 332-23 du code général de la fonction publique cité au point 4 qu’un contrat, conclu sur ce fondement, ne pouvait dépasser une durée limitée à douze mois. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la commune a commis une faute en renouvelant de manière abusive ses contrats à durée déterminée.

7. En deuxième lieu, aux termes de l’article 38-1 du décret du 15 février 1988 susvisé : « I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans (…) ».

8. D’une part, si la méconnaissance du délai institué par l’article 38-1 du décret précité n’entraîne pas l’illégalité de la décision de non-renouvellement de son contrat, elle est néanmoins susceptible d’engager la responsabilité de l’administration.

9. D’autre part, il résulte de l’instruction que, l’intéressée, comme il a été dit au point 6, a été recrutée par la commune de Limoges, notamment pour assurer dans le cadre des huit derniers contrats à durée déterminée successifs conclus à compter du 1er août 2016 et jusqu’au 31 mars 2023, les fonctions d’agent d’entretien au sein des écoles élémentaires de la commune. Par un courrier du 11 janvier 2023 qui lui a été notifié le 16 janvier suivant, Mme D... a été informée par la commune de Limoges de l’absence de renouvellement de son contrat à échéance du 31 mars 2023. Dès lors, que le délai de prévenance de deux mois prévu à l’article 38-1 du décret précité a été respecté, l’intéressée n’est pas fondée à soutenir que la commune aurait commis une faute en ne lui notifiant pas dans le délai son intention de ne pas renouveler son contrat.

10. En troisième lieu, l’obligation de faire précéder la décision de non renouvellement de contrat d’un entretien préalable, ne s’impose que dans le cas où le renouvellement du contrat, s’il y est procédé, ne pourrait se faire que dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée. En l’espèce, Mme D... qui a été recrutée sur le fondement de l’article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 pour faire face à des besoins temporaires au sein des écoles élémentaires de la commune de Limoges ne remplissait pas les conditions pour prétendre au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée. Par suite, en ne faisant pas précéder la décision de non renouvellement du contrat d’un entretien préalable, l’autorité compétente n’a commis aucune faute.


En ce qui concerne les préjudices :

S’agissant du préjudice financier lié au renouvellement abusif des contrats à durée déterminée :

11. En cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l’agent concerné peut se voir reconnaître un droit à l’indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l’interruption de sa relation d’emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s’il avait été employé dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée.

12. Aux termes de l’article 45 de du décret du 15 février 1988 susvisé : « La rémunération servant de base au calcul de l’indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d’un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires (…) ». De plus, aux termes de l’article 46 du même décret : « L’indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l’article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. (…) ».

13. Il résulte de l’instruction, et notamment du dernier bulletin de paie du mois de février 2023 de Mme D..., que la rémunération de base devant être prise en compte pour le calcul de l’indemnité de licenciement, nette des cotisations de la sécurité sociale et sans y inclure, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ni les autres indemnités accessoires, s’élève à la somme de 1 370,73 euros. Selon les mentions des différents contrats de Mme D..., l’intéressée a occupé divers emplois à temps non-complet, ne pouvant être assimilés à l’exercice d’un temps partiel, puis à temps complet. Il résulte également de l’instruction que son activité professionnelle n’a été interrompue que durant les mois d’août 2013, d’août 2014 et d’août 2015. Il s’ensuit que la totalité de la durée cumulée des contrats à durée déterminée abusivement conclus, qui doit être retenue pour déterminer le montant de l’indemnité due à Mme D... en application des dispositions précitées, est de 11 ans et 4 mois. Dans ces conditions, l’indemnité à laquelle l’intéressée est en droit de prétendre s’élève à la somme de 7 765,18 euros.


S’agissant de l’indemnité compensatrice de congés payés :

14. Aux termes de l’article 5 du décret du 15 février 1988 susvisé : « L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. En cas de démission ou de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire ou à la fin d'un contrat à durée déterminée, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition par le chef de service du calendrier des congés annuels, ou pour raison de santé, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice de congés annuels. Lorsque l'agent n'a pu bénéficier d'aucun congé annuel, l'indemnité compensatrice est égale au 1 / 10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent lors de l'année en cours. Lorsque l'agent a pu bénéficier d'une partie de ses congés annuels, l'indemnité compensatrice est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus et non pris. L'indemnité ne peut être inférieure au montant de la rémunération que l'agent aurait perçue pendant la période de congés annuels dus et non pris. L'indemnité est soumise aux mêmes retenues que la rémunération de l'agent ».

15. Il résulte de l’instruction que Mme D... a perçu au mois de septembre 2023 l’indemnité de congés payés qui lui était due au titre de la période du 1er janvier au 31 mars 2023 d’un montant de 418,33 euros. Dès lors, ses conclusions indemnitaires à ce titre doivent être rejetées.


S’agissant du préjudice lié au non-respect du délai de préavis et de l’absence d’entretien préalable :

16. Comme il a été dit aux points 9 et 10, en l’absence de faute de la commune, la requérante n’est pas fondée à obtenir réparation de ces chefs de préjudice qu’elle allègue.


S’agissant du préjudice moral :

17. La requérante soutient qu’elle a subi un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros provoqué par la rupture brutale des relations contractuelles qu’elle entretenait avec la commune de Limoges depuis presque douze années et de troubles dans ses conditions d’existence. Au cas d’espèce, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l’évaluant à la somme de 2 000 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l’indemnisation de ses préjudices pour une somme totale de 9 765,18 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 novembre 2023, date d’enregistrement de sa demande indemnitaire préalable auprès de la commune de Limoges.


Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Limoges la somme de 1 200 euros à verser à Mme D... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
















D E C I D E :





Article 1er : La commune de Limoges est condamnée à verser à Mme D... la somme de 9 765,18 euros (neuf mille sept cent soixante-cinq euros et dix-huit centimes) assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 novembre 2023.

Article 2 : La commune de Limoges versera à Mme D... la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... et à la commune de Limoges.



Délibéré après l'audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Vaillant, conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.



Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,





M. A...


La République mande et ordonne
au ministre de l’action publique, de la fonction publique et de la simplification en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière

M. A...



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