mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400525 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2024 et le 12 avril 2024, M. C B, représenté par Me Marty, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 mars 2024, ensemble la décision implicite rejetant son recours administratif préalable née en cours d'instance, le 25 mai 2024, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne lui a refusé le bénéfice d'un contrat jeune majeur ;
2°) d'annuler la décision du 10 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a procédé au retrait de sa décision du 13 mars 2024 ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental de la Haute-Vienne, à titre principal, de poursuivre sa prise en charge dans le cadre de son contrat jeune majeur et, à titre subsidiaire, de prendre une décision le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision du 13 mars 2024 a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sa requête n'est pas dépourvue d'objet dès lors que la décision du 10 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne lui a procédé au retrait de sa décision du 13 mars 2024 n'a pas reçu d'exécution, M. B n'ayant pas été mis en possession d'un contrat jeune majeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le département de la Haute-Vienne conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient que par la décision du 10 avril 2024, il a procédé au retrait de sa décision du 13 mars 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant gambien né le 22 mars 2006, déclare être entré irrégulièrement en France en juillet 2022. Par jugement d'assistance éducative du 7 avril 2023, le tribunal pour enfants de A l'a confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne jusqu'au 22 mars 2024, date de sa majorité. Par un courrier du 3 janvier 2024, M. B a sollicité auprès du département de la Haute-Vienne le bénéfice d'une prise en charge dans le cadre du dispositif " contrat jeune majeur " à compter de sa majorité. Par une décision du 13 mars 2024, le président du conseil départemental lui a indiqué que sa prise en charge s'effectuerait " sous la forme d'un accompagnement social réalisé par la maison du département Nord Agglomération à compter du 22 mars 2024 ". Par un courrier du 21 mars 2024, M. B a contesté cette décision par la voie du recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles. Le président du conseil départemental n'a pas répondu à ce recours de sorte qu'est née le 25 mai 2024, en cours d'instance, une décision implicite de rejet. Par une décision du 10 avril 2024, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a procédé au retrait de sa décision initiale du 13 mars 2024. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Un recours contentieux tendant à l'annulation d'un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur.
3. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 10 avril 2024, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a procédé au retrait de sa décision initiale du 13 mars 2024 par laquelle il a refusé l'octroi d'un contrat jeune majeur au requérant. Si, dans son mémoire en défense, le département de la Haute-Vienne conclut au non-lieu à statuer dès lors que la décision du 13 mars 2024 a été retirée, il n'est pas établi, malgré une mesure d'instruction réalisée par le tribunal en ce sens, que M. B ait été mis en possession d'un contrat jeune majeur. Par suite, le retrait de la décision du 13 mars 2024 ne donne pas satisfaction au requérant et ne prive ainsi pas d'objet le présent litige qui doit être regardé comme ne portant que sur la décision du 10 avril 2024. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le département de la Haute-Vienne doit être écartée.
Sur l'office du juge :
4. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article () ".
5. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de 21 ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
6. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Il résulte de l'instruction que M. B a été pris en charge par le département de la Haute-Vienne suite au jugement en assistance éducative rendu par le tribunal pour enfants de A le 7 avril 2023 alors qu'il était encore mineur, et qu'il relève ainsi des dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il est constant que le requérant est inscrit en première année du certificat d'aptitude professionnel " agent accompagnant au grand âge " au sein du lycée professionnel Jean-Baptiste Darnet, formation qui lui offre des perspectives réelles d'insertion professionnelle. S'il est élève interne au sein de cet établissement la semaine, il ne bénéficie d'aucun hébergement lors des vacances scolaires et des week-ends. Il ne dispose, par ailleurs, ni de ressources ni de soutien familial. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision du 13 mars 2024 par laquelle un accompagnement en qualité de jeune majeur a été refusé à M. B est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'un défaut de prise en charge sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 mars 2024 par laquelle le département de la Haute-Vienne lui a refusé le bénéfice d'un contrat jeune majeur ainsi que la décision du 10 avril 2024 par laquelle le département de la Haute-Vienne a procédé au retrait de la décision du 13 mars 2024. M. B doit ainsi être admis au bénéfice de l'aide sociale à l'enfance en qualité de jeune majeur.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Conformément aux pouvoirs du juge tels que rappelés au point 6 et aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu de renvoyer M. B devant le département de la Haute-Vienne afin qu'il précise, s'il ne l'a déjà fait, les modalités de sa prise en charge par son service de l'aide sociale à l'enfance, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, Me Marty renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne le versement à ce conseil de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 13 mars 2024, ensemble la décision implicite rejetant le recours administratif préalable de M. B, née en cours d'instance le 25 mai 2024, par laquelle le président du conseil départemental lui a refusé le bénéfice d'un contrat jeune majeur, ainsi que la décision du 10 avril 2024 par laquelle le département de la Haute-Vienne a procédé au retrait de la décision du 13 mars 2024 sont annulées.
Article 2:M. B est admis au bénéfice de l'aide sociale à l'enfance en qualité de jeune majeur.
Article 3:M. B est renvoyé devant le département de la Haute-Vienne afin qu'il confirme les modalités du contrat jeune majeur conclu le 25 août 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4:Le département de la Haute-Vienne versera à Me Marty la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce conseil renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5:Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marty et au département de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. CHAMBELLANT
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. D
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026