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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400888

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400888

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400888
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMONPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 24 et 29 mai 2024 ainsi que les 6, 7 et 10 juin 2024, la société NMPC, représentée par Me Mons-Bariaud, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative :

1°) d'annuler le contrat conclu entre la commune de Maisonnais-sur-Tardoire et la société Chêne correspondant au lot n° 7 " chauffage - climatisation - VMC - plomberie - sanitaires - PEC " d'un marché public de travaux ayant pour objet la réhabilitation de la salle des fêtes communale ;

2°) d'enjoindre à la commune de Maisonnais-sur-Tardoire de se conformer aux règles de publicité et de mise en concurrence et de procéder à un nouvel appel d'offres pour le lot n° 7 de ce marché ;

3°) de condamner la commune de Maisonnais-sur-Tardoire à lui verser la somme globale de 7 811,14 euros en réparation des préjudices subis du fait du rejet de son offre ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Maisonnais-sur-Tardoire la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la procédure de passation et, in fine, l'attribution du lot n° 7 du marché litigieux est irrégulière dès lors que les motifs du refus de son offre ne sont pas suffisamment détaillés pour lui permettre de contester son éviction efficacement ;

- le pouvoir adjudicateur a également manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence dans le cadre de son analyse de la valeur technique des offres ; à cet égard, seul le 4ème sous-critère semble être susceptible de la départager de la société Chêne, or il importe de se demander en quoi l'engagement technique et environnemental de cette dernière serait plus adapté au chantier et justifierait ainsi l'attribution de deux points supplémentaires ; par ailleurs, s'agissant du 3ème sous-critère, alors qu'elle proposait une durée de chantier plus réduite que celle de la société attributaire, les deux candidates ont obtenu la note de 20/20 ; en outre, l'impartialité de la commune est d'autant plus douteuse que la société Barriant, qui avait soumissionné au titre du lot n° 6 du marché litigieux, a également vu son offre rejetée au profit de la société Chêne, déjà chargée de l'entretien des installations de chauffage de la salle polyvalente de la commune, alors même que l'offre de la première était moins-disante et que les notes attribuées aux deux sociétés au titre des 1er et 3ème sous-critères techniques, pourtant en défaveur de la société Barriant, sont justifiées de la même façon ; l'argument avancé en défense pour justifier la différence de note technique avec la société attributaire est inédit et de pure opportunité ;

- le rejet de son offre lui porte préjudice au titre du travail effectué pour répondre à cet appel d'offres, qui doit être recommencé sur un autre appel d'offres pour maintenir une charge de travail suffisante au sein de la structure, et à la marge qu'elle n'a pu acquérir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, la commune de Maisonnais-sur-Tardoire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la différence de note technique entre les entreprises Chêne et NMPC provient du choix de la pompe à chaleur ; la société requérante n'a pas apporté la preuve de l'équivalence de l'équipement proposé avec celui spécifié par le CCTP et il est apparu, après analyse, que sa proposition n'était pas équivalente ;

- concernant les délais proposés par les entreprises, tant la société NMPC que la société Chêne ont proposé des durées de chantier entrant dans le planning prévisionnel, d'où une notation équivalente ;

- le courrier adressé à la société NMPC reprend le tableau des attributaires, le montant des offres retenues et leurs notes ; alors que des précisions supplémentaires auraient pu lui être fournies sans obstacle sur simple demande auprès de la mairie, la société requérante n'a effectué aucune démarche en ce sens, préférant saisir directement le tribunal ;

- si elles ne sont pas rappelées dans ce courrier de rejet, les voies de recours sont mentionnées dans le règlement de la consultation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la société Chêne, représentée par Me Monpion, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société NMPC une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués sont inopérants dans le cadre d'un référé contractuel ;

- les conclusions indemnitaires et les conclusions à fin d'injonction présentées par la société requérante sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mons-Bariaud, représentant la société NMPC,

- les observations de M. B, représentant la commune de Maisonnais-sur-Tardoire,

- et les observations de Me Monpion, représentant la société Chêne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Maisonnais-sur-Tardoire a lancé une consultation en vue de passer, selon une procédure adaptée, un marché de travaux ayant pour objet la réhabilitation de sa salle des fêtes, subdivisé en 7 lots. Par un courrier du 9 avril 2024, la société NMPC a été informée de ce que l'offre qu'elle avait déposée au titre du lot n° 7 intitulé " chauffage - climatisation - VMC - plomberie - sanitaires - PEC " n'était pas retenue et de ce que le contrat correspondant à ce lot était attribué à la société Chêne. Par la présente requête, la société NMPC demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative, d'annuler ce contrat, d'enjoindre à la commune de Maisonnais-sur-Tardoire de procéder à un nouvel appel d'offres pour le lot correspondant et de condamner cette commune à lui verser la somme globale de 7 811,14 euros en réparation des préjudices subis du fait du rejet de son offre.

2. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section ". Selon son article L. 551-16 : " A l'exception des demandes reconventionnelles en dommages et intérêts fondées exclusivement sur la demande initiale, aucune demande tendant à l'octroi de dommages et intérêts ne peut être présentée à l'occasion du recours régi par la présente section. " En vertu des dispositions de l'article L. 551-18 de ce code, le juge du référé contractuel " prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été prise, ou lorsque a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. / La même annulation est prononcée lorsqu'ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique. / Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-20 du même code : " Dans le cas où le contrat a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9, le juge peut prononcer la nullité du contrat, le résilier, en réduire la durée ou imposer une pénalité financière ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Les manquements susceptibles d'être utilement invoqués dans le cadre du référé contractuel sont, comme les sanctions auxquelles ils peuvent donner lieu, limitativement définis aux articles L. 551-18 à L. 551-20 du code de justice administrative. S'agissant des marchés passés selon une procédure adaptée, qui ne sont pas soumis à l'obligation, pour le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice, de notifier aux opérateurs économiques ayant présenté une offre, avant la signature du contrat, la décision d'attribution, l'annulation d'un tel contrat ne peut, en principe, résulter que du constat des manquements mentionnés aux deux premiers alinéas de l'article

L. 551-18 du code de justice administrative, c'est-à-dire de l'absence des mesures de publicité requises pour sa passation ou de la méconnaissance des modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique. Le juge du référé contractuel doit également annuler un marché à procédure adaptée, sur le fondement des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 551-18 du même code, ou prendre l'une des autres mesures mentionnées à l'article L. 551-20 dans l'hypothèse où, alors qu'un recours en référé précontractuel a été formé, le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice n'a pas respecté la suspension de signature du contrat prévue aux articles L. 551-4 ou L. 551-9 ou ne s'est pas conformé à la décision juridictionnelle rendue sur ce référé.

4. Si la société NMPC soutient, d'une part, que les motifs de refus de son offre ne sont pas suffisamment détaillés pour lui permettre de contester utilement son éviction et, d'autre part, que la commune de Maisonnais-sur-Tardoire a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence dans le cadre de son analyse de la valeur technique des offres, ces moyens ne sont pas au nombre des manquements qui, en vertu des articles L. 551-18 à L. 551-20 du code de justice administrative, peuvent être utilement invoqués devant le juge du référé contractuel.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que les conclusions de la société NMPC tendant à ce que soit prononcée la nullité du contrat litigieux ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions indemnitaires :

6. Il n'appartient pas au juge du référé contractuel, dont les pouvoirs sont limitativement définis aux articles L. 551-18 à L. 551-20 précités du code de justice administrative, de prononcer des mesures d'injonction ou, ainsi qu'il résulte explicitement des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du même code, de condamner une partie au paiement de dommages et intérêts. Il suit de là que les conclusions de la société NMPC présentées en ce sens sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Maisonnais-sur-Tardoire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société requérante sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de cette dernière la somme de 1 200 euros à verser à la société Chêne au titre des frais qu'elle a exposés pour sa défense.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société NMPC est rejetée.

Article 2 : La société NMPC versera à la société Chêne une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société NMPC, à la commune de Maisonnais-sur-Tardoire et à la société Chêne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le juge des référés,

D. A

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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