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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401039

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401039

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401039
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, la société Réseau de transport d'électricité (RTE), représentée par Me Maudet, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'autoriser la société RTE, ses préposés ou ceux des entreprises dûment mandatées par elle à pénétrer sur les parcelles cadastrées section ZK sous le n° 6 et section C sous le n° 324 sur le territoire de la commune de Diou afin de lui permettre de procéder aux travaux de réhabilitation de la ligne Mussay-Genevraie-Villemet ;

2°) d'autoriser la société RTE, ses préposés ou ceux des entreprises dûment mandatées à enlever ou franchir tous les éventuels obstacles qui gêneraient cette pénétration en vue de la réalisation des travaux d'élagage au besoin en se faisant assister de la force publique, d'une dépanneuse ou autre moyen et d'un serrurier en vue de procéder d'office aux travaux qui s'imposent ;

3°) d'ordonner qu'un constat des lieux soit établi avant le commencement et à l'issue des travaux par un commissaire de justice aux frais de la société RTE ;

4°) de mettre à la charge du GFA de Pied de Bois la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle s'est vu confier la concession du réseau public de transport d'électricité et dispose du monopole pour entretenir les ouvrages de distribution entrant dans le périmètre de la concession ;

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur le présent litige ;

- les mesures qu'elle sollicite sont utiles et urgentes en ce que les travaux prévus ont vocation à remédier à la vétusté des ouvrages existants qui datent des années 1920, et donc à assurer l'efficacité du transport d'électricité, ainsi que la sécurité des personnes et des biens ; et en ce que les travaux en cause doivent nécessairement intervenir lorsque les ouvrages ont été mis hors tension, dans le cadre d'une consignation, laquelle a été planifiée largement en amont en tenant compte de plusieurs critères, le 9 septembre et le 22 novembre 2024, afin de répondre aux contraintes du réseau de transport d'électricité et minimiser l'impact sur la qualité d'alimentation des usagers raccordés au réseau public électrique ;

- un décalage dans la réalisation des travaux présenterait un risque pour l'alimentation électrique de la zone, engendrerait des gênes importantes pour les autres exploitants et des surcoûts importants pour la société RTE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2024, le GFA de Pied de Bois déclare ne pas s'opposer aux mesures demandées par la société RTE, fait état de questionnements relatifs à la propriété de la ligne haute tension ainsi qu'à la caducité de la servitude sur la parcelle C324 et déclare que la RTE ne rapporte pas la preuve de l'existence d'une servitude pour la parcelle cadastrale ZK06. Le GFA de Pied de Bois demande enfin à ce que la société RTE soit condamnée à lui verser une indemnité journalière de 5 euros par jour en sus des éventuels dégâts aux cultures jusqu'à ce qu'un accord définitif soit trouvé entre les parties.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesures utiles :

1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Il résulte des dispositions combinées de ces articles que, saisi sur le fondement de cette dernière disposition d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Il ressort des pièces de la procédure que la société RTE a programmé, dans le cadre de la mission d'entretien du réseau de transport d'électricité dont elle a la charge, des travaux de réhabilitation de la ligne Mussay-Genevraie-Villemet. Une consignation de cette ligne, consistant en la mise hors tension des ouvrages lors des opérations de dépontage et repontage des câbles conducteurs au support 504, a été planifiée le 9 septembre et le 22 novembre 2024 après prise en compte de différents critères permettant de répondre aux contraintes du réseau de transport d'électricité et de minimiser l'impact sur la qualité d'alimentation des usagers raccordés au réseau public électrique. Dans ce contexte, la société RTE a pris contact avec le gérant du GFA de Pied de Bois, afin d'obtenir son accord pour pénétrer sur les parcelles cadastrées section ZK 06 et C 324 dont elle est propriétaire. Après divers échanges, le gérant du GFA de Pied de Bois a opposé un refus à cette demande, matérialisé notamment par un procès-verbal de constat d'huissier établi le 28 mai 2024.

3. Eu égard aux arguments invoqués par la société RTE selon lesquels d'une part, la ligne présente un état de vétusté justifiant sa réhabilitation afin de remplacer des pylônes anciens et, d'autre part, la période de consignation, qui a été planifiée en tenant compte de différents paramètres techniques et de qualité du service, est contrainte dans le temps et ne pourrait être différée sans générer un surcoût significatif ainsi qu'un risque pour l'alimentation électrique de la zone, la condition d'urgence justifiant la saisine du juge des référés est satisfaite. Au vu des pièces produites par la requérante et notamment des extraits de registres cadastraux, il apparaît également que le GFA de Pied de Bois est bien propriétaire de la parcelle C 324. Si une éventuelle difficulté sérieuse devait se poser sur la propriété de cette parcelle, il appartiendra au GFA de Pied de Bois de saisir le juge judiciaire. Enfin, l'utilité de la demande tendant à ordonner au GFA de Pied de Bois de ne pas s'opposer et d'autoriser l'accès sur sa parcelle aux salariés de la société RTE et à toute société mandatée par la société RTE afin d'y réaliser tous travaux nécessaires à la réhabilitation de la ligne Mussay-Genevraie-Villemet apparaît également constituée pour consolider et pérenniser la qualité du service public de transport d'électricité. Il s'ensuit que la société RTE justifie de l'utilité et de l'urgence des mesures qu'elle sollicite.

4. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner au GFA de Pied de Bois ainsi qu'à toute personne se trouvant sur sa propriété d'autoriser l'accès sur ses parcelles ZK 6 et C 324 aux salariés de la société RTE et à toute société mandatée par elle afin d'y réaliser tous travaux nécessaires à la réhabilitation de la ligne Mussay-Genevraie-Villemet, le cas échéant en enlevant ou en franchissant tous les éventuels obstacles qui gêneraient cette pénétration, à compter de la notification de la présente ordonnance. En cas de résistance du propriétaire, la société RTE pourra requérir le concours de la force publique pour pénétrer sur cette parcelle et y procéder aux travaux nécessaires. Il n'y a pas lieu d'ordonner qu'un constat des lieux soit établi avant le commencement et à l'issue des travaux par un commissaire de justice.

Sur la demande d'indemnité journalière :

5. Il n'appartient pas au juge de référés de l'article L. 521-3 du code justice administrative de condamner une partie au paiement d'une somme d'argent, hors les frais de l'instance.

6. Les conclusions présentées par le GFA de Pied de Bois tendant au paiement de la somme de 5 euros par jour en sus des éventuels dégâts aux cultures jusqu'à ce qu'un accord définitif ne soit trouvé entre les parties ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société RTE présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au GFA de Pied de Bois ainsi qu'à toute personne se trouvant sur sa propriété de ne pas s'opposer et d'autoriser l'accès sur ses parcelles ZK 6 et C 324 aux salariés de la société RTE et à toute société mandatée par la société RTE afin d'y réaliser tous travaux nécessaires à la réhabilitation de la ligne Mussay-Genevraie-Villemet, le cas échéant en enlevant ou en franchissant tous les éventuels obstacles qui gêneraient cette pénétration, à compter de la notification de la présente ordonnance. En cas de résistance du propriétaire, la société RTE pourra requérir le concours de la force publique pour pénétrer sur cette parcelle et y procéder aux travaux nécessaires, à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société RTE est rejeté.

Article 3 : La demande indemnitaire du GFA de Pied de Bois est rejetée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Réseau de transport d'électricité, à la SCEA de Pied de Bois et au GFA de Pied de Bois.

Limoges, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

N. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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