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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401190

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401190

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401190
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantJasper avocats Association d'Avocats à Responsabilité Professionnelle Individuelle

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, Mme P N, agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentante légale de Mme J E, Mme M L, agissant en sa qualité de représentante légale de Mme A S, Mme G K, agissant en sa qualité de représentante légale de M. B Comte, M. C Comte, Mme F Comte épouse Q et M. O Q, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de M. H Q et de M. D Q, agissants ensemble en leur qualité d'héritiers et/ou ayants-droits de M. O Comte, représentés par Me Reynier, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur le caractère conforme ou non de la prise en charge de M. O Comte au sein du centre hospitalier universitaire de Limoges du 20 mars au 30 mars 2024 mais également d'évaluer les différents préjudices subis par celui-ci jusqu'à son décès ;

2°) de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- le 20 mars 2024, M. Comte a été hospitalisé au centre hospitalier universitaire de Limoges en raison de douleurs épigastriques ; une échographie a démontré la présence d'une vésicule biliaire lithiasique et un bili-IRM a permis la détection d'une lithiase enclavée dans le bas cholédoque ; le 22 mars 2024, est réalisée une cholécystectomie sous coelioscopie ainsi qu'une sphinctérotomie endoscopique ; au cours de l'intervention, est décidée en per cholécystectomie la réalisation d'une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ; à la suite de cette intervention, M. Comte a rapidement présenté les symptômes d'une pancréatite post-CPRE ; il a alors été transféré en réanimation le 23 mars ; son état est demeuré critique mais stable jusqu'au 29 mars ; dans la nuit du 29 au 30 mars 2024, l'état de M. Comte s'est brusquement aggravé vers un état de choc septique ; il a été décidé de réaliser une laparotomie de " sauvetage ", sans succès ; M. Comte est décédé le 30 mars 2024 ; la cause du décès retenue est une " pancréatite aiguë sévère post-CPRE compliquée d'un état de choc septique à E. Coli avec défaillance polyviscérale. État de choc réfractaire malgré prise en charge chirurgicale, décès " ;

- l'indemnisation incombera à l'Oniam au titre de l'aléa et de l'infection nosocomiale subie ;

- l'expertise est néanmoins nécessaire et utile afin d'étudier le caractère conforme ou non de la prise en charge de M. Comte du 20 mars au 30 mars 2024 mais également afin d'évaluer les différents préjudices subis par celui-ci jusqu'à son décès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par Me Saumon, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise, sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause devant la juridiction que sur la mesure d'expertise demandée, précise que la mission de l'expert doit être complétée et demande à ce que les dépens soient réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par Me Valière-Vialeix, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise sollicitée, formule toutes protestations et réserves d'usage quant à son éventuelle responsabilité, sollicite que la mission de l'expert soit complétée et demande à ce que l'expertise ait lieu aux frais des requérants, ainsi qu'à ce que les dépens soient réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Haute-Vienne, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise sollicitée et demande la réserve de ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la société Thelem assurances, représentée par Me Hayère, formule les plus expresses protestations et réserves de garantie sur les faits exposés et la demande expertale formulée, sollicite la désignation d'un collège d'experts composé d'un chirurgien digestif et d'un infectiologue, à ce que la mission de l'expert soit complétée et à ce que les frais d'expertise soient à la charge des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les mesures d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise sollicitées par Mme N et consorts visent à ce qu'un expert judiciaire se prononce sur le caractère conforme ou non de la prise en charge de M. O Comte au sein du centre hospitalier universitaire de Limoges du 20 mars au 30 mars 2024 mais également à évaluer les différents préjudices subis par celui-ci jusqu'à son décès. Ces mesures entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

4. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Ces frais et honoraires sont, en principe, mis à la charge de la partie qui a demandé le prononcé de la mesure d'expertise. Toutefois, pour des raisons d'équité, ils peuvent être mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise () ".

5. Ainsi, il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Il s'ensuit que les conclusions relatives aux dépens présentées par les parties doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :Le docteur R I, domicilié 5 rue Pedroni à Bordeaux (33000) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents nécessaires à l'exercice de sa mission ; prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant M. O Comte lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Limoges ; procéder à l'examen du dossier médical de M. Comte ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) détailler les antécédents médicaux et chirurgicaux de M. Comte antérieurs à sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Limoges ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles M. Comte a été pris en charge par les services du centre hospitalier universitaire de Limoges ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. Comte ; en cas de retard de diagnostic, préciser si celui-ci était difficile à établir ; en cas d'infection, préciser notamment si les mesures d'asepsie ont été correctement respectées, si l'infection peut être qualifiée de nosocomiale et si elle pouvait raisonnablement être évitée ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de la prise en charge de M. Comte par le centre hospitalier universitaire de Limoges ; préciser notamment s'il y a eu un défaut ou un retard de soins ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. Comte une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;

6°) préciser s'il a été procédé, de façon complète, à l'information de M. Comte sur l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'il encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ;

7°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. Comte et dont celui-ci a pu souffrir avant son décès, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par les différents établissements, si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice d'agrément, préjudice psychologique) ;

8°) pour le cas où la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Limoges ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés au sein du centre hospitalier universitaire de Limoges ayant eu pour M. Comte des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (notamment pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire) ;

9°) de façon générale, recueillir tout élément et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis ;

10°) pour les cas où des manquements seraient relevés, préciser la nature et l'étendue de la responsabilité de chaque partie ; quantifier la perte de chance d'échapper aux dégradations survenues imputable à chacune des parties à laquelle le dommage peut être imputé ;

11°) pour le cas où des manquements seraient relevés, déterminer les débours et frais médicaux des organismes sociaux qui seraient en relation directe et exclusive avec ces manquements, en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ou à des causes extérieures.

Article 2 :L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 3:Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 :L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme P N, de Mme M L, de Mme G K, de M. C Comte, de Mme F Comte épouse Q, de M. O Q, du centre hospitalier universitaire de Limoges, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et de la société Thelem assurances.

Article 5 :L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative dans leur rédaction issue du décret n° 2023-468 du 16 juin 2023. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 6 :Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 30 avril 2025.

Article 7 :Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme P N, à Mme M L, à Mme G K, à M. C Comte, à Mme F Comte épouse Q, à M. O Q, au centre hospitalier universitaire de Limoges, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, à la société Thelem assurances et au docteur R I, expert.

Limoges, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,

D. ARTUS

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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