jeudi 17 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401353 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
| Avocat requérant | POTIER DE LA VARDE - BUK LAMENT - ROBILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par décision n° 475613 du 25 juillet 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par le département de la Haute-Vienne, a annulé le jugement n° 2100446 du 4 mai 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal a annulé la décision implicite du 14 décembre 2020 du président du conseil départemental de la Haute-Vienne portant récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 067,44 euros et a déchargé l'intéressée de l'obligation de payer cette somme. Le Conseil d'Etat a renvoyé l'affaire devant le même tribunal, qui l'a enregistrée le 26 juillet 2024, sous le n° 2401353.
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 mars 2021, 28 avril 2022 et 21 janvier 2025, Mme H O, représentée par Me Toulouse, demande dans le dernier état de ses écritures au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 30 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 13 067,44 euros pour la période d'octobre 2018 à septembre 2020 ;
2°) de la décharger de la somme précitée ;
3°) d'enjoindre au département de la Haute-Vienne de lui restituer toute somme indûment retenue à son encontre et de la rétablir dans tous ses droits en matière de revenu de solidarité active sur la période d'octobre 2018 à septembre 2020 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la caisse d'allocations familiales (Caf) l'a informée, par une décision du 30 septembre 2020, qu'elle était redevable d'une somme de 13 067,44 euros au titre d'un trop-perçu de revenu
de solidarité active pour la période d'octobre 2018 à septembre 2020 ; le 30 octobre 2020, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a accusé réception de son recours administratif préalable obligatoire du 14 octobre 2020 et une décision implicite de rejet est née le 14 décembre 2020 ;
- l'auteur de la décision du 30 septembre 2020 n'avait pas compétence pour signer cette décision ;
- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;
- l'agent contrôleur de la Caf n'avait ni habilitation, ni agrément, ni assermentation ;
- elle n'a pas été en mesure de demander la communication des éléments retenus par l'agent contrôleur de la Caf ;
- elle n'a pas été avertie par la Caf de l'exercice de son droit à communication ;
- le président du conseil départemental de la Haute-Vienne n'a pas soumis pour avis son recours administratif préalable obligatoire à la commission de recours amiable ;
- la Caf a commis une erreur de droit en prenant en compte la vente de biens meubles dans le calcul de ses droits au revenu de solidarité active ;
- elle a toujours été dans une situation d'une extrême précarité, ce qui justifie que lui soit accordée une remise totale de sa dette ;
- elle n'a jamais fraudé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'auteur de la notification d'indu avait compétence dès lors qu'il bénéficiait d'une délégation de signature du directeur de la Caf ;
- la décision du 30 septembre 2020 était suffisamment motivée en fait et en droit ;
- cette décision n'est entachée d'aucun vice de procédure ;
- les contestations de revenu de solidarité active sont de la compétence du conseil départemental ; dès lors, elle n'a pas compétence pour conclure sur la contestation de la requérante concernant la décision implicite de rejet de son recours relatif à l'indu de revenu de solidarité active.
Par des mémoires, enregistrés les 15 décembre 2021 et 20 février 2025, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision implicite du président du conseil départemental du 14 décembre 2020 s'est substituée à la décision du 30 septembre 2020 de la Caf ; la requérante ne peut donc utilement invoquer le défaut de motivation de la décision initiale ;
- contrairement à ce qu'elle soutient, la requérante a bien été amenée à s'expliquer lors des rencontres avec le contrôleur sur les sommes présentes sur ses comptes bancaires ; le défaut d'information quant au droit de communication ne peut donc être opposé ;
- il s'est bien conformé à l'application des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles en répartissant les compétences relatives aux recours préalables ;
- l'indu litigieux et l'intention frauduleuse sont caractérisés par l'absence de déclaration de ressources par la requérante ;
- du fait qu'elle a sciemment omis de déclarer des ressources de son foyer pendant plus de deux ans, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
Mme O a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Par une décision du 25 mars 2025, le président du tribunal a désigné M. Franck Christophe en qualité de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. I a présenté son rapport au cours de l'audience publique.
Me Toulouse, représentant Mme O, a présenté des observations lors de l'audience à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. En l'espèce, à la suite d'un contrôle, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a, par une décision du 30 septembre 2020, mis à la charge de Mme O un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 067,44 euros pour la période d'octobre 2018 à septembre 2020. Mme O a contesté cette décision, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux, devant le tribunal, lequel a annulé, dans son jugement du 4 mai 2023, la décision implicite précitée laquelle s'est substituée à la décision du 30 septembre 2020. Le département de la Haute-Vienne s'est pourvu en cassation contre ledit jugement. Par décision n° 475613 du 25 juillet 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, a annulé le jugement précité et a renvoyé l'affaire devant le tribunal.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 30 septembre 2020 :
2. Il résulte de l'instruction que, par décision du 30 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Haute-Vienne a notifié à Mme O un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 067,44 euros pour la période d'octobre 2018 à septembre 2020. Le recours préalable obligatoire contre l'indu de revenu de solidarité active formé le 14 octobre 2020 a été implicitement rejeté par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne. Le recours administratif préalable ayant un caractère obligatoire, la décision de rejet implicite s'est substituée à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme O dirigées contre la décision du 30 septembre 2020. Les moyens propres dirigés contre cette décision du 30 septembre 2020 sont inopérants.
Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du président du conseil départemental de la Haute-Vienne :
S'agissant de la régularité de la décision d'indu :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
4. Le silence gardé par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne pendant plus de deux mois sur le recours de Mme O contestant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active a fait naître une décision implicite confirmant l'existence d'un trop-perçu et rejetant le recours préalable obligatoire formé contre la décision du 30 septembre 2020 et venant se substituer à cette dernière. Une décision implicite intervenue dans un domaine qui, en cas de décision explicite, aurait dû faire l'objet d'une motivation, n'est pas illégale du seul fait de son absence de motivation. La requérante n'établit, ni même n'allègue, qu'elle aurait présenté à l'administration une demande de communication des motifs de la décision implicite confirmant la mise à sa charge d'un trop-perçu de revenu de solidarité active. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision implicite doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article
L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
6. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions susmentionnées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 27 juillet 2009 entre le département de la Haute-Vienne et la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remises de dettes de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable. Par suite, Mme O n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie.
7. En troisième lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé, dont il résulte notamment que l'agrément est attribué, suspendu ou retiré par le directeur de la caisse nationale à la demande du directeur de la caisse locale et qu'il est automatiquement suspendu en cas de suspension du contrat de travail de l'agent ou d'affectation sur un nouvel emploi sans fonction de contrôle et retiré en cas de rupture du contrat de travail de l'agent, sauf dans le cas d'une mobilité au sein du réseau des organismes de la même branche.
8. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les contrôles portant sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active ne peuvent être conduits que par des agents assermentés et agréés, chargés d'une telle mission par le directeur de la caisse d'allocations familiales assurant le service de cette prestation. Il en résulte également que l'agrément d'un agent établit que celui-ci est affecté à un emploi comportant une mission de contrôle, dont il a été chargé par le directeur de la caisse d'allocations familiales qui l'emploie.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme C E, l'agent qui a conduit les contrôles de situation le 17 mars 2020 et le 7 juillet 2020 et qui a établi un rapport le 22 septembre 2020, a prêté serment le 16 juin 2011 et a été agréée en qualité d'agent de contrôle par une décision du directeur général de la caisse nationale des allocations familiales le 7 février 2012. Mme E a été secondée par un agent stagiaire, M. J, lequel a obtenu une autorisation provisoire d'exercer le 20 janvier 2020, a été assermenté le 22 juin 2020 et a été agréé définitivement le 23 août 2020. Par suite, Mme O n'est pas fondée à soutenir que le contrôle a été conduit par une personne qui n'avait pas qualité pour ce faire.
10. En dernier lieu, l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles dispose que les organismes chargés du versement du revenu de solidarité active " réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale ". L'article L. 851-2 du code de la construction et de l'habitation dispose que les organismes chargés du versement des aides personnelles au logement " réalisent les contrôles relatifs à ces aides selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. ". L'article L. 845-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " Les directeurs des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 procèdent aux contrôles et aux enquêtes concernant la prime d'activité et prononcent, le cas échéant, des sanctions selon les règles, procédures et moyens d'investigation prévus aux articles L. 114-9 à L. 114-17, L. 114-19 à L. 114-22, L. 161-1-4 et L. 161-1-5 ". Aux termes de l'article L.114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
11. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
12. Il résulte de l'instruction que, par une décision en date du 30 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a porté à la connaissance de l'intéressée la teneur et l'origine des renseignements recueillis par elle dans l'exercice de son droit de communication, notamment auprès des établissements bancaires. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que Mme O ait demandé la communication des documents recueillis par la Caf dans l'exercice de son droit de communication. Au surplus, l'intéressée ayant nécessairement connaissance des mentions portées sur ses propres relevés bancaires, elle doit être regardée comme ayant été mise à même de critiquer utilement la teneur et la portée des renseignements sur lesquels s'est fondée l'administration préalablement à la décision attaquée. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a irrégulièrement exercé son droit de communication.
S'agissant du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :
13. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
14. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".
15. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires citées ci-dessus que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code, sur le fondement duquel aucune décision n'a été prise par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne.
16. D'une part, Mme O fait valoir que les sommes perçues en août 2018, avril 2019, mai 2019, juillet 2019 et février 2020 sont sans influence sur ses droits au revenu de solidarité active. Elle explique que ces montants correspondent à la vente de biens meubles. Toutefois, l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles mentionné au point 14 énumère de manière limitative les ressources exclues du calcul des droits au revenu de solidarité active. Il ne résulte pas de ces dispositions que les produits de la vente de biens meubles en soient exclus. Au surplus, ces ventes ont procuré des revenus disponibles pour le foyer et doivent être pris en compte dans le calcul des aides, quelle que soit leur nature. Il résulte de l'instruction que pour la période de 2018 à 2020, la requérante a perçu sous forme de virements bancaires les sommes de 540 euros, 720 euros, 680 euros, 450 euros et 450 euros qui n'ont pas été déclarés. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces sommes ne constituaient pas des ressources pour son foyer.
17. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'intéressée a perçu entre mars 2018 et mai 2020 de nombreuses sommes qu'elle a omis de déclarer. La requérante soutient que c'est à tort que certaines de ces sommes, qui résultent de prêts remboursables, ont été prises en compte pour déterminer ses droits de revenu de solidarité actives et produit six attestations, une du 28 janvier 2022 pour une somme de 2 140 euros perçue de M. P M D, une du 28 janvier 2022 pour une somme de 2 840 euros de vente de meubles et une somme de 5 120 euros de virement de sa cotisation de la tantine perçue de Mme A M D, une du 28 janvier 2022 pour une somme de 1 550 euros perçue de Mme N, une du 31 janvier 2022 pour une somme de 2 590 euros perçue de M. L B, une du 1er février 2022 pour une somme de 1 895 euros perçue de M. K G et enfin une du 25 novembre 2024 rédigée par les cinq personnes précitées. La requérante soutient que ces sommes ont été confiées à Mme A M D, qui était censée effectuer les virements sur ses comptes bancaires. Ces sommes auraient été remboursées en espèce. Toutefois, ces seules attestations, non corroborées par d'autres pièces au dossier, ne permettent pas de considérer que les versements en litige ne seraient pas des ressources au sens de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles précité. Par suite, Mme O n'est pas fondée à soutenir que le département de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit.
18. En second lieu, en l'espèce, il ressort du rapport de contrôle établi le 22 septembre 2020 par un agent assermenté, dont les conclusions font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'intéressée a déclaré à la Caf pour la période allant de mars 2018 à août 2020 un total de
4 330 euros de salaires alors que le montant total devant être effectivement déclaré s'élève pour ladite période à 22 666 euros, ce qui a engendré à juste titre l'indu en litige. Dès lors, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision d'indu de revenu de solidarité active est entachée d'une erreur d'appréciation. Eu égard à la nature des ressources omises et au caractère répété de l'omission déclarative ainsi qu'aux justifications peu probantes de la requérante en l'espèce, l'indu en cause dont le remboursement est réclamé doit être regardé comme résultant de fausses déclarations. Dans ces conditions, le département de la Haute-Vienne a pu à bon droit remettre en cause à ce titre le revenu de solidarité active perçu par la requérante et lui réclamer le remboursement de l'indu de cette prestation.
S'agissant de la demande de remise gracieuse :
19. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite () en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
20. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité et de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions, tenant d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
21. Il résulte de ce qui a été dit au point 18 que Mme O a volontairement omis de déclarer qu'elle percevait des ressources pendant plusieurs années. Dans ces conditions, au regard de la nature et de la récurrence des omissions ainsi que de la nécessaire connaissance qu'avait l'intéressée de devoir procéder à la déclaration de l'ensemble de ses ressources, ces omissions sont constitutives de fausses déclarations au sens de l'antépénultième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Cette circonstance est de nature à faire obstacle à ce que soit accordé à Mme O une remise de sa dette. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander une remise de sa dette de revenu de solidarité active.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme O doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme O est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme H O, à Me Toulouse et au département de la Haute-Vienne. Une copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.
Le magistrat désigné,
A. I
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne
à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef
La Greffière
M. F
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026