Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401402

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401402
TypeDécision

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B visant à suspendre l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 13 mai 2024 suspendant son permis de conduire pour six mois pour conduite sous stupéfiants. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés par la requérante, notamment tirés de ses besoins professionnels et familiaux, de l'absence de réitération des faits ou de la durée de la suspension, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale. La suspension de six mois a été maintenue, le tribunal ayant relevé que la condition d'urgence n'était pas remplie et que les moyens invoqués n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la route relatives à la suspension du permis pour usage de stupéfiants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2024, Mme C B, représentée par Me Karakus, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- ayant sa résidence au lieu-dit " Naboulieras " à Glanges, et ne disposant pas de soutien familial ou amical pour effectuer ces trajets, elle a besoin d'utiliser son véhicule pour déposer ses deux enfants à l'école de Glanges ou au centre aéré de Magnac-Bourg et pour se rendre sur le lieu de son travail auprès de l'association " Culture Alpha " à Limoges ; la suspension de la validité de son permis de conduire met en péril son emploi ; elle est contrainte, lorsque ses deux enfants sont chez elle une semaine sur deux, de solliciter son ancien conjoint pour assurer les déplacements, ce qui la fragilise puisque la séparation est intervenue dans un contexte de violences conjugales qui ont été commises par le père de ses enfants, dont elle est aujourd'hui dépendante ;

- elle a justifié du caractère exceptionnel de la consommation de stupéfiants en raison de son anniversaire et d'une situation de couple difficile ;

- elle a effectué des analyses en vue d'apporter la preuve de sa non-consommation de stupéfiants ;

- la décision judiciaire limite à quatre mois la durée de suspension de validité du permis de conduire tandis que le préfet de la Haute-Vienne a retenu une durée de suspension de six mois.

Par un mémoire enregistré le 1er août 2024, le ministre de l'intérieur relève que la défense des intérêts de l'Etat dans la présente affaire incombe au préfet de la Haute-Vienne.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête en référé est irrecevable dès lors qu'en méconnaissance de l'article R. 522-1 du code de justice administrative, elle n'est pas accompagnée d'une copie de la requête aux fins d'annulation ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de l'arrêté du 13 mai 2024.

Vu :

- la requête au fond présentée par Mme B sous le n° 2401403 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Boschet, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. D Boschet,

- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Haute-Vienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. En application de ces dispositions, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Le 8 mai 2024, à la suite d'un contrôle routier à Magnac-Bourg au cours duquel elle a subi un dépistage positif à l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, Mme B a fait l'objet d'une rétention immédiate à titre conservatoire de son permis de conduire. Par un arrêté du 13 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois. Par cette requête, Mme B demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté. Elle doit également être regardée comme demandant la suspension de l'exécution des décisions des 7 juin et 16 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne a rejeté ses recours gracieux formés à l'encontre de cet arrêté.

5. En l'espèce, aucun des moyens susvisés présentés par Mme B n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des actes contestés. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité ou sur la condition d'urgence, les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 août 2024.

Le juge des référés,

J.B. BOSCHET

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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