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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401496

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401496

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401496
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELAS GOUT DIAS AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, Me Sudre, mandataire judiciaire agissant ès qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Auvergne Comm'Unique, et la SCI Coquelicot, représentés par Me Monpion, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert afin, d'une part, de déterminer précisément les causes et l'origine des désordres affectant un immeuble situé Lieudit Les Granges, ZA Les Granges, 23170 Chambon-sur-Voueize, d'autre part, de préciser les mesures destinées à y mettre un terme définitif et, enfin, de déterminer les préjudices subis par les requérantes, dont les pertes d'exploitation, et de chiffrer le montant des dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Creuse confluence et de la commune de Chambon-sur-Voueize chacune la somme de 800 euros à verser à chacun des deux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- par acte du 20 mars 2020, la SCI Coquelicot est devenue propriétaire d'un bâtiment à usage artisanal situé Lieudit Les Granges, ZA Les Granges, 23170 Chambon-sur-Voueize vendu par la communauté de communes Creuse confluence, cadastré section A n° 315 ; la SARL Auvergne Comm'Unique, société d'imprimerie, est locataire exploitante de ce bâtiment et a procédé à l'emménagement de machines, matériels, marchandises au cours du mois d'avril 2020 ;

- durant la nuit du 2 au 3 mai 2020, en raison de fortes précipitations pluvieuses, le réseau d'évacuation d'eau pluviale s'est mis en charge, puis a refoulé, entraînant l'inondation des locaux exploités par la SARL Auvergne Comm'Unique ; une expertise amiable s'est déroulée le 16 juin 2020 en présence de la SARL Auvergne Comm'Unique, de la communauté de communes Creuse confluence et de la commune de Chambon-sur-Voueize et a mis en exergue que la communauté de communes avait connaissance, avant signature de la vente, des défauts d'évacuation du collecteur sous voirie et que la commune de Chambon-sur-Voueize avait connaissance d'un sous-dimensionnement du réseau d'évacuation ;

- le 26 mai 2020, des assécheurs ont été installés par l'assurance de la SARL Auvergne Comm'Unique au titre de la sauvegarde et ont été retirés le 20 juillet 2020 ; très rapidement l'humidité est réapparue dans le bâtiment, dégradant le matériel présent dans le bâtiment et empêchant le lancement de l'activité sérigraphie ;

- les désordres subis sont particulièrement importants et font l'objet de deux constats dressés par procès-verbal de commissaire de justice faisant notamment état du fait que le bâtiment présente une humidité importante qui créé des fissures dans les murs, que la dalle du sol de l'atelier s'affaisse, que des fissures sont apparues à l'extérieur, que le crépi s'effrite, que le faîtage n'est pas linéaire et que le taux d'humidité demeure très élevé ; le bâtiment a de nouveau été inondé en juillet 2023 et juin 2024, la pompe de sauvegarde installée n'étant pas suffisante ;

- le préjudice a été évalué à hauteur de 544 621 euros pour la SARL Auvergne Comm'Unique et à 61 000 euros pour la SCI Coquelicot par une expertise en date du 31 janvier 2023 ;

- une réunion de médiation s'est tenue le 7 novembre 2023 mais n'a pas permis une résolution amiable du litige ;

- la mesure d'expertise est utile car il apparaît nécessaire qu'un expert judiciaire soit désigné afin, d'une part, de déterminer précisément les causes et l'origine des désordres, d'autre part, de préciser les mesures destinées à y mettre un terme définitif et, enfin, de déterminer les préjudices subis par les requérantes, dont les pertes d'exploitation, et de chiffrer le montant des dommages et intérêts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, la commune de Chambon-sur-Voueize, représentée par Me Dias, déclare ne pas contester l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée, formule les protestations et réserves d'usage et notamment de responsabilité, demande à ce que la mission de l'expert soit complétée ainsi qu'à ce que les requérants se voient débouter de leur demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 septembre 2024 et le 24 septembre 2024, la communauté de communes Creuse confluence, représentée par Me Soltner, demande, in limine litis, à ce que le juge administratif se reconnaisse incompétent pour connaître de désordres entachant une propriété privée, à titre principal, à être mise hors de cause, à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit étendue et, en outre, à ce que les requérants soient déboutés de leur demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence de la juridiction administrative :

1. Avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige, et dès lors que ce dernier est de nature à relever, fût-ce pour partie, de l'ordre de juridiction auquel il appartient, le juge des référés a compétence pour ordonner une mesure d'instruction sans que soit en cause le principe de séparation des autorités administratives et judiciaires. Il n'en est autrement que lorsqu'il est demandé au juge des référés d'ordonner une mesure d'instruction qui porte à titre exclusif sur un litige dont la connaissance au fond n'appartient manifestement pas à l'ordre de juridiction auquel il appartient.

2. En l'espèce, la communauté de communes Creuse confluence fait valoir que le litige ne relève pas de la compétence du juge administratif dès lors qu'il concerne un bien issu de son domaine privé et constituant désormais la propriété de la SCI Coquelicot.

3. Or, s'il n'est pas contesté que l'immeuble est issu du domaine privé de la communauté de communes, il n'en demeure pas moins que les désordres l'affectant sont susceptibles de trouver leur source dans le réseau d'évacuation des eaux pluviales, lequel constitue un ouvrage public, de sorte que le litige est manifestement susceptible de se rattacher à la compétence de la juridiction administrative. Ainsi, le juge administratif est compétent pour en connaître.

Sur la demande de mise hors de cause de la communauté de communes Creuse confluence :

4. La communauté de communes Creuse confluence demande sa mise hors de cause dès lors, d'une part, que la compétence de la gestion des eaux appartient à la commune de Chambon-sur-Voueize et, d'autre part, que la garantie des vices cachés qui est le seul fondement juridique sur lequel les requérantes seraient susceptibles de rechercher sa responsabilité est prescrite depuis longtemps en application de l'article 1641 du code civil.

5. Toutefois, l'expertise judiciaire a précisément pour but d'apporter tous éléments utiles permettant d'apprécier l'existence et, le cas échéant, la nature et l'étendue de la responsabilité de chaque partie dans les désordres affectant l'immeuble appartenant à la SCI Coquelicot, de sorte que la communauté de communes Creuse confluence, qui avait compétence totale en matière de gestion des eaux pluviales jusqu'au 1er janvier 2019 pourrait, au même titre que la commune de Chambon-sur-Voueize qui a eu compétence en matière d'eaux pluviales à compter de cette date, voir sa responsabilité engagée, sans qu'il ne soit question de la prescription de l'action en garantie des vices cachés. En conséquence, il y a lieu de rejeter sa demande de mise hors de cause.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

7. Les mesures d'expertise demandées par Me Sudre et la SCI Coquelicot entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative dès lors qu'elles ont pour fin de déterminer précisément les causes et l'origine des désordres affectant l'immeuble appartenant à la SCI Coquelicot, de préciser les mesures destinées à y mettre un terme définitif et de déterminer les préjudices subis par les requérantes, dont les pertes d'exploitation, et de chiffrer le montant des dommages et intérêts. En conséquence, il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les protestations et réserves :

8. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations et réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. En l'état de l'instance, il ne saurait y avoir de partie perdante. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me Sudre et par la SCI Coquelicot au titre des frais de justice.

O R D O N N E :

Article 1er :M. C B, domicilié 2 Le moulin de Lascaux à Saint Georges Nigremont (23500) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents et pièces administratives, dresser un bordereau de ces documents communiqués, étudier et analyser ceux en rapport avec le litige ;

2°) entendre les parties, recueillir leurs dires et explications, et fournir au tribunal les éléments techniques ou non-techniques permettant de les comprendre ;

3°) se rendre sur la propriété de la SCI Coquelicot, située Lieudit Les Granges, ZA Les Granges, 23170 Chambon-sur-Voueize, et étudier le dispositif d'évacuation des eaux pluviales ; décrire le dispositif et l'état dudit ouvrage ;

4°) de manière générale examiner et décrire les dommages affectant la propriété de la SCI Coquelicot, préciser leur nature, leur date d'apparition, leur étendue et procéder à tout diagnostic géotechnique nécessaire à la réalisation de la présente mission ;

5°) donner un avis motivé sur les causes et origines des dommages dont il s'agit, en précisant s'ils sont imputables à un entretien défaillant ; le cas échéant, déterminer si l'entretien de l'ouvrage était à la charge de la commune de Chambon-sur-Voueize ou de la communauté de communes Creuse confluence à la date à laquelle sont apparus les désordres ; s'il ne s'agit pas d'un défaut d'entretien, déterminer les causes des différents désordres et, en cas de causes multiples, les proportions de chacune d'elle ;

6°) dire si le système d'évacuation des eaux pluviales est conforme aux normes en vigueur et en bon état de fonctionnement ; le cas échéant, dire si le bon état de fonctionnement était à la charge de la commune de Chambon-sur-Voueize ou de la communauté de communes Creuse confluence à la date à laquelle les désordres sont apparus ; en cas de mauvais état de fonctionnement, proposer toute solution apte à éviter de nouveaux désordres sur la propriété de la SCI Coquelicot ;

7°) fournir au tribunal les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices, notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires pour réparer les dommages ;

8°) de manière générale, donner tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues et les préjudices subis.

Article 2 :L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 3 :Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 :L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Me Sudre, de la SCI Coquelicot, de la commune de Chambon-sur-Voueize et de la communauté de communes Creuse confluence.

Article 5 :L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative dans leur rédaction issue du décret n° 2023-468 du 16 juin 2023. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 6 :Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme France transfert, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 30 avril 2025.

Article 7 :Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 :Les conclusions de Me Sudre et de la SCI Coquelicot présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 :La présente ordonnance sera notifiée à Me Sudre, à la SCI Coquelicot, à la commune de Chambon-sur-Voueize, à la communauté de communes Creuse confluence et à M. C B, expert.

Limoges, le 13 novembre 2024.

Le juge des référés,

F.J. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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