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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1709628

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1709628

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1709628
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantZZ_DESACTIVE_DUBOILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 30 octobre 2017 et 10 mai 2023, la société Urlaubs-und Lohnausgleichskasse Der Bauwirtschaft, agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, représentée en dernier lieu par Me Nessim, demande au Tribunal :

1°) de prononcer le remboursement, assorti des intérêts moratoires, des retenues à la source d'un montant de 129 628,64 euros prélevées sur les dividendes de source française distribués au cours de l'année 2010 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- que la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne condamne les législations nationales dont l'application conduit à une inégalité de traitement entre les résidents et les non-résidents lorsqu'ils sont placés dans une situation comparable ; qu'il existe une discrimination non justifiée dans le cas d'une retenue à la source effectuée sur les dividendes distribués par des sociétés françaises à un bénéficiaire non résident, comme elle-même ;

- que le fonds Hi-Ulak Fonds, en tant que fonds spécial allemand, se trouve dans une situation objectivement comparable à celle d'un organisme de placement collectif (OPC) français et, en particulier, à un fonds d'investissement alternatif (FIA) au sens de la directive 2011/61/UE dès lors qu'il est enregistré auprès d'une autorité de supervision financière, en l'espèce la BaFin, et qu'il fonctionne comme un fonds professionnel à vocation générale (FPVG), seulement ouvert aux investisseurs professionnels et semi-professionnels ;

- qu'eu égard à la jurisprudence européenne, la comparaison entre les fonds d'investissement doit se faire au niveau des fonds eux-mêmes et non au niveau des investisseurs ;

- que le traitement fiscal des dividendes de source française qui lui ont été versés doit être comparé avec celui qui est réservé à un OPC français ; que s'il peut être procédé à une répartition des impositions entre Etats, une telle répartition doit respecter les principes communautaires ; qu'ainsi taxer les revenus versés à un non-résident alors que ces mêmes revenus ne sont pas taxés pour un résident constitue une discrimination ; que n'étant pas imposé à l'impôt sur les sociétés dans son pays de résidence, il ne peut imputer la retenue à la source effectuée en France de sorte que ce prélèvement constitue une imposition définitive alors qu'un OPC français n'est soumis à aucune imposition ; que cette différence de traitement constitue une discrimination ;

- que cette discrimination n'est pas justifiée par des motifs impérieux d'intérêt général ; qu'elle constitue une entrave à la liberté de circulation des capitaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2017 et le 24 mai 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au prononcé d'un non-lieu à statuer à concurrence de la restitution pronponcée en cours d'instance, d'un montant de 83 124 euros, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que, quant au surplus, la chaîne de paiement n'est pas documentée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 10 mai 2012, " Santander Asset Management SGIIC SA et autres " (C-338/11 à 347/11) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Auvray ;

- les conclusions de M. Noël, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de remboursement :

Sur l'étendue du litige :

1. Par une décision du 24 mai 2023, postérieure à l'introduction de la présenbte requête, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents a prononcé, en faveur du fonds requérant, une restitution d'un montant de 83 124 euros. Par suite, les conclusions à fin de restitution de l'intéressée sont, à concurrence de ce montant, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin de restitution :

2. Aux termes de l'article R*. 197-3 du livre des procédures fiscales : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : () d) Etre accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis, soit, dans le cas où l'impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou d'un avis de mise en recouvrement, d'une pièce justifiant le montant de la retenue ou du versement. () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que ni le d) de l'article R*. 197-3 du livre des procédures fiscales ni aucune autre disposition ne précisent la nature des pièces justifiant le montant de la retenue à la source qui doivent, à peine d'irrecevabilité de la réclamation, accompagner cette dernière, le contribuable pouvant produire toutes pièces établissant le versement de la retenue litigieuse pour peu qu'elles en précisent la date et l'établissement payeur au sens des dispositions combinées de l'article 381 A de l'annexe III au code général des impôts et de l'article 188-0 H de l'annexe IV à ce code.

4. Il résulte de l'instruction que, pour établir que l'application des retenues à la source dont la société requérante demande la restitution au nom du fonds Hi-Ulak, l'intéressée a, le 10 mai 2023, versé aux débats notamment une attestation établie le 29 juin 2018 par son dépositaire local, le Landesbank Hessen-Thueringen. Cette attestation comporte trois documents numérotés 7127, 7128 et 7155 mentionnant respectivement un total de retenues à la source de 52 356,40 euros, 26 257,12 euros et de 51 081,74 euros. Il résulte toutefois du dernier document 7155 que, sur un montant total de 51 081,74 euros, seules sont mentionnées et documentées les retenues à la source ayant grevé les dividendes versés au fonds le 15 novembre 2010 par GDF Suez, le 17 novembre 2010 par Total et le 2 décembre 2010 par LVMH, ce qui ne représente qu'un total de 4 510,49 euros. L'absence de toute information sur les autres retenues à la source, notamment quant à leur origine, le montant des dividendes et le taux de retenue effectivement supporté, informations qui ne peuvent ainsi pas être recoupées par l'attestation établie par l'établissement payeur français, la BNP Paribas Securities Services, ne permet pas de regarder la société requérante comme établisant la chaîne de paiement pour la fraction excédant le montant restitué en cours d'instance, soit 83 124 euros, montant égal à la somme de 52 356,40, 26 257,12 et 4 510,49 euros.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société requérante tendant à ce que le tribunal ordonne la restitution du surplus restant en litige ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

6. Faute de litige né et actuel avec le comptable chargé de procéder à la restitution des retenues à la source litigieuses, de telles conclusions, en outre directement présentées devant le juge de l'impôt, sont manifestement irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais de procès :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de restitution à concurrence de 83 124 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Urlaubs-und Lohnausgleichskasse Der Bauwirtschaft, agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Lu en audience publique le 4 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

B. Auvray

L'assesseur le plus ancien,

N. Syndique

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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