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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1709630

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1709630

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1709630
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantZZ_DESACTIVE_DUBOILLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 1709630 les 30 octobre 2017 et 10 mai 2023, la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, représentée par Me Nessim, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la restitution des retenues à la source prélevées en 2009 sur des dividendes de source française, assortie du versement des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle établit avoir supporté les retenues à la source en litige ;

- elle est comparable avec un fonds d'investissement français non soumis à retenue à la source.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2017 et 22 mai 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient, pour le surplus, que le versement des intérêts moratoires est dû à compter du jour du prélèvement de la retenue à la source jusqu'à la date de son mémoire en défense le 7 décembre 2017 dès lors que la réclamation de la société n'était pas accompagnée des pièces justificatives, que son mémoire en défense précisait les pièces à produire et que l'intéressée ne les a transmises que le 9 mai 2023 alors qu'elles sont datées de 2018.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2023, la société requérante modifie ses conclusions : elle doit être regardée comme se désistant des conclusions aux fins de restitution des retenues à la source ; elle demande au Tribunal de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le versement à hauteur de 6 080,85 euros d'intérêts moratoires complémentaires afférents au remboursement des retenues à la source prélevées en 2009 ainsi que les intérêts sur cette créance d'intérêts à compter de sa demande ; elle maintient ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le point de départ du calcul des intérêts moratoires correspond au jour du paiement des retenues à la source ;

- en application de l'article R. 208-2 du livre des procédures fiscales, le point d'arrêt du calcul des intérêts moratoires correspond au jour du remboursement des retenues à la source et non à une date antérieure ;

- quand les intérêts moratoires ne sont pas payés avec la créance principale, ils produisent eux-mêmes des intérêts à compter du jour où le contribuable en a réclamé le versement.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents maintient ses précédentes conclusions.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 1709638 les 30 octobre 2017 et 10 mai 2023, la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, représentée par Me Nessim, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la restitution des retenues à la source prélevées en 2011 et 2012 sur des dividendes de source française, assortie du versement des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle établit avoir supporté les retenues à la source en litige ;

- elle est comparable avec un fonds d'investissement français non soumis à retenue à la source.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 décembre 2017 et 6 juin 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que, pour le surplus :

- la requérante n'établit pas le versement de la retenue à la source à hauteur de 4 437,50 euros ;

- le versement des intérêts moratoires est dû à compter du jour du prélèvement de la retenue à la source jusqu'à la date de son mémoire en défense le 6 décembre 2017 dès lors que la réclamation de la société n'était pas accompagnée des pièces justificatives, que son mémoire en défense précisait les pièces à produire et que l'intéressée ne les a transmises que les 9 mai 2023 alors qu'elles sont datées de 2018.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2023, la société requérante modifie ses conclusions : elle doit être regardée comme se désistant des conclusions aux fins de restitution des retenues à la source ; elle demande au Tribunal de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le versement à hauteur de 25 665,27 euros d'intérêts moratoires complémentaires afférents au remboursement des retenues à la source prélevées en 2011 et 2012 ainsi que les intérêts sur cette créance d'intérêts à compter de sa demande ; elle maintient ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le point de départ du calcul des intérêts moratoires correspond au jour du paiement des retenues à la source ;

- en application de l'article R. 208-2 du livre des procédures fiscales, le point d'arrêt du calcul des intérêts moratoires correspond au jour du remboursement des retenues à la source litigieuses et non à une date antérieure ;

- quand les intérêts moratoires ne sont pas payés avec la créance principale, ils produisent eux-mêmes des intérêts à compter du jour où le contribuable en a réclamé le versement.

Par un mémoire enregistré le 18 août 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents maintient ses précédentes conclusions.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,

- les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft, dont le siège social est en Allemagne, agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, a perçu, au cours des années 2009, 2011 et 2012, des dividendes de source française qui ont été soumis à des retenues à la source. Après rejet des réclamations tendant à la restitution de ces retenues à la source, la société a saisi le Tribunal. Dans le dernier état de ses écritures, après que la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents a prononcé une décision de dégrèvement dans chacune des instances, elle demande qu'il soit mis à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le versement d'intérêts moratoires complémentaires à ceux déjà versés lors du remboursement des retenues à la source dégrevées ainsi que les intérêts sur ces créances d'intérêts à compter de la demande qu'elle a présentée dans chacune des deux instances.

2. Les requêtes susvisées nos 1709630 et 1709638, présentées par la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft, agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si, dans les requêtes nos 1709630 et 1709638, la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft, agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak avait demandé la restitution des retenues à la source prélevées sur les dividendes de source française perçus au cours, d'une part, de l'année 2009, d'autre part, des années 2011 et 2012, elle a abandonné ses conclusions à fin de restitution en cours d'instance et doit être regardée comme s'étant désistée dans cette mesure de ses requêtes. Dès lors, il y a lieu pour le Tribunal de ne statuer que sur les conclusions relatives aux intérêts moratoires et aux frais d'instance.

Sur le versements d'intérêts moratoires :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés () ". Aux termes de de l'article R. 208 du livre des procédures fiscales : " Les intérêts moratoires courent jusqu'au jour du remboursement. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : () d) Etre accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis, soit, dans le cas où l'impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou d'un avis de mise en recouvrement, d'une pièce justifiant le montant de la retenue ou du versement. / La réclamation peut être régularisée à tout moment par la production de l'une des pièces énumérées au d. () ". Ni le d) de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales ni aucune autre disposition ne précisent la nature des pièces justifiant le montant de la retenue à la source qui doivent, à peine d'irrecevabilité de la réclamation, accompagner cette dernière. Le contribuable peut donc produire toutes pièces établissant le versement de la retenue litigieuse pour peu qu'elles en précisent la date et l'établissement payeur au sens des dispositions combinées de l'article 381 A de l'annexe III au code général des impôts et de l'article 188-0 H de l'annexe IV au même code. Lorsque l'omission de pièces a motivé le rejet de la réclamation, ce vice de forme peut être régularisé devant le tribunal administratif jusqu'à la clôture de l'instruction, sur le fondement de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales.

6. Il résulte des dispositions citées au point 4 que les intérêts moratoires sont dus à compter de la date de paiement par l'établissement payeur à la société requérante des dividendes nets de retenue à la source jusqu'à la date de remboursement des retenue à la source, sans qu'ait d'incidence la date, antérieure à la clôture de l'instruction, à laquelle le vice de forme résultant de l'absence d'une pièce justifiant le montant de cette retenue à la source, qui entachait la recevabilité de la réclamation, a été régularisé devant le tribunal. Dès lors l'administration n'est pas fondée à soutenir que les intérêts moratoires ne sont dus que jusqu'à la date du mémoire en défense de l'administration précisant les pièces à produire pour justifier le versement de la retenue à la source.

7. Il en résulte que l'administration doit, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, verser des intérêts moratoires complémentaires à ceux versé lors du remboursement des sommes dégrevées, à savoir, dans l'instance n° 1709630, des intérêts calculés du 8 décembre 2017 au 30 mai 2023 sur la somme de 45 846,20 euros et, dans l'instance no 1709638, des intérêts calculés du 7 décembre 2017 au 20 juin 2023 sur la somme de 195 055,34 euros.

Sur les intérêts des intérêts :

8. Si les dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales font obstacle à ce que les intérêts moratoires auxquels donne lieu le remboursement de la retenue à la source soient eux-mêmes capitalisés, elles sont sans application dans le cas qui est celui de l'espèce, où l'Etat s'acquitte de sa dette en principal, interrompant ainsi le cours des intérêts, mais ne paye pas en même temps la somme des intérêts dont il est alors redevable, obligeant ainsi le créancier à former une nouvelle demande tendant au paiement de cette somme. Dans ce cas, les intérêts qui étaient dus au jour du paiement du principal forment eux-mêmes une créance productive d'intérêts dans les conditions de l'article 1231-6 du code civil selon lequel " les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure ". En outre, les intérêts dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

9. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, les remboursements de retenues à la source obtenus par la société requérante doivent donner lieu au paiement d'intérêts moratoires complémentaires. Ces dettes d'intérêts constituées aux dates de la restitution du principal des retenues à la source, portent elle-même intérêts, sur le fondement de l'article 1231-6 du code civil, à compter du jour de la saisine du Tribunal en ce sens le 10 juillet 2023 jusqu'à la date de leur remboursement.

Sur les frais de l'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat les sommes demandées dans les deux instances par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin de remboursement de la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds

Hi-Ulak dans les instances nos 1709630 et 1709638.

Article 2 : L'Etat versera à la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak des intérêts moratoires calculés du 8 décembre 2017 au 30 mai 2023 sur le montant dégrevé de 45 846,20 euros dans l'instance n° 1709630 et du 7 décembre 2017 au 20 juin 2023 sur le montant dégrevé de 195 055,34 euros dans l'instance no 1709638

Article 3 : L'Etat versera à la société Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak des intérêts au taux légal sur les créances d'intérêts moratoires dus en application de l'article 2 à compter du 10 juillet 2023 jusqu'à la date de leur remboursement par l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 1709630 et 1709638 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la Urlaubs-und lohnausgleichskasse der bauwirtschaft agissant pour le compte du fonds Hi-Ulak et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteure,

N. Syndique

Le président,

P. Le Garzic Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 1709630 et 1709638

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