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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1806171

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1806171

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1806171
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantC/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2018, les SICAV de droit belge BNP Paribas B Strategy, BNP Paribas B Flexible, BNP Paribas B Fund I, BNP Paribas B Institutional I et Altervision, représentée par Mes Leroux et Bogey, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de leur réclamation contentieuse du 30 décembre 2013, tendant au dégrèvement des retenues à la source prélevée en 2011 en application de l'article 119 bis-2 du code général des impôts sur les dividendes de source française perçus par les SICAV requérantes.

2°) de prononcer le remboursement des retenues à la source d'un montant total de 290 808 euros prélevées sur les dividendes de source française qu'elles ont perçus ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 10.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent :

- la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne condamne les législations nationales dont l'application conduit à une inégalité de traitement entre les résidents et les non-résidents lorsqu'ils sont placés dans une situation comparable ;

- qu'il existe une discrimination non justifiée dans le cas d'un prélèvement d'une retenue à la source effectué sur le versement de dividendes distribués par des sociétés françaises à un bénéficiaire non résident, comme elles-mêmes ;

- qu'étant des SICAV de droit belge, elles se trouvent dans une situation objectivement comparable à celle d'un OPCVM français ;

- que cette discrimination n'est pas justifiée par des motifs impérieux d'intérêt général ;

- que cette discrimination constitue une entrave au principe de la libre circulation des capitaux ainsi qu'aux principes de la liberté d'établissement et de la libre prestation de services.

- que les justificatifs transmis à l'administration fiscale permettent de reconstituer l'intégralité de la chaîne de paiement des dividendes et le montant des retenues à la source prélevées à hauteur de 290 808 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2018, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que d'une part, les documents fournis ne permettent pas d'établir la comparabilité des SICAV de droit belge BNP Paribas B Flexible et Altervision à un OPCVM français et d'autre part, qu'en ce qui concerne BNP Paribas B Global, BNP Paribas B Fund I et BNP B Institutional I, si leur comparabilité à un OPCVM français est établie, les documents produits ne permettent pas d'assurer la chaîne de paiement.

Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 85/611/CE du Conseil du 20 décembre 1985 portant coordination des dispositions législatives, réglementaires et administratives concernant certains organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) alors en vigueur, dite directive " UCITS " ;

- la convention fiscale signée le 10 mars 1964 entre la France et la Belgique modifiée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 10 mai 2012, " Santander Asset Management SGIIC SA et autres " (C-338/11 à 347/11) ;

- l'avis du Conseil d'Etat du 23 mai 2011, " Santander Asset Management SGIIC SA " (n° 344678) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jimenez, présidente- rapporteure,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les SICAV de droit belge BNP Paribas B Strategy, BNP Paribas B Flexible, BNP Paribas B Fund I, BNP Paribas B Institutional I et Altervision, par l'intermédiaire de compte communs CSA B European Small Caps, CSA B Equity Sri Europe, CSA B European Large Caps et CSA B Equity Euro, ont fait l'objet d'une imposition par voie de retenue à la source sur les dividendes distribués en 2011. Toutefois, le 30 décembre 2013, les SICAV requérantes ont demandé à l'administration fiscale la restitution de retenues à la source d'un montant de 290 808 euros pour l'année 2011, demande rejetée par l'administration le 14 mai 2018.

Sur les conclusions à fin de remboursement :

Sur la comparabilité des SICAV avec un OPCVM français :

2. En vertu des dispositions combinées du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts et de l'article 187 du même code dans leur rédaction applicable au litige, les revenus distribués par des sociétés françaises aux OPCVM non-résidents de France sont imposés au taux de 25 %, par application d'une retenue à la source alors que de tels revenus ne sont pas imposés lorsqu'ils sont versés à des OPCVM résidents de France.

3. Toutefois, d'une part, le 1 de l'article 56 du traité instituant la Communauté européenne, devenu article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, stipule que : " 1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites " ; d'autre part, aux termes de l'article 58 du traité instituant la Communauté européenne, devenu article 65 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. L'article 56 ne porte pas atteinte au droit qu'ont les États membres : / a) d'appliquer les dispositions pertinentes de leur législation fiscale qui établissent une distinction entre les contribuables qui ne se trouvent pas dans la même situation en ce qui concerne leur résidence ou le lieu où leurs capitaux sont investis / () 3. Les mesures et procédures visées aux paragraphes 1 et 2 ne doivent constituer ni un moyen de discrimination arbitraire ni une restriction déguisée à la libre circulation des capitaux et des paiements telle que définie à l'article 56. ".

4. Il résulte de ces dispositions et stipulations que l'imposition de fonds étrangers qui sont dans une situation comparable à un OPCVM français et qui établissent l'application d'une retenue à la source constitue une entrave à la liberté de circulation des capitaux.

5. Il appartient à la société requérante d'apporter la preuve que le fonds qu'elle gère est dans une situation de comparabilité avec un OPCVM français. Tous les OPCVM établis dans l'Union européenne devant répondre aux conditions posées par les directives UCITS, la preuve de la comparabilité doit être considérée comme apportée par la production de l'agrément délivré par l'autorité de contrôle de l'Etat du fonds. S'agissant de fonds alternatifs, seulement soumis au contrôle de cette même autorité nationale et non à son agrément, il appartient au fonds qui demande le bénéfice du remboursement de la retenue à la source d'établir qu'il fonctionne dans les mêmes conditions qu'un OPCVM français.

6. Il résulte de l'instruction que les fonds BNP Paribas B Flexible et Altervision, qui n'ont pas produit d'attestation de l'autorité de contrôle belge, n'établissent, ni avoir reçu un agrément de la part de cet organisme, ni même être seulement contrôlés par lui. Ils n'établissent pas davantage que leurs conditions de fonctionnement seraient comparables à celles d'un OPCVM français.

7. Il en résulte que l'administration fiscale est fondée, pour ce seul motif, à soutenir que la comparabilité des SICAV de droit belge BNP Paribas B Flexible et Altervision à un OPCVM français n'est pas établie. Ces deux fonds ne peuvent ainsi pas obtenir le remboursement des retenues à la source en litige.

8. En revanche, la comparabilité des SICAV de droit belge BNP Paribas B Global, BNP Paribas B Fund I et BNP Paribas B Institutional I à un OPCVM français étant établie par les requérantes et n'étant pas contestée par l'administration fiscale, il y a lieu de vérifier si ces SICAV établissent le versement des retenues litigieuses.

Sur l'établissement de la chaîne de paiement :

9. Aux termes de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : () d) Etre accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis, soit, dans le cas où l'impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou d'un avis de mise en recouvrement, d'une pièce justifiant le montant de la retenue ou du versement. () ".

10. Il résulte des dispositions citées au point précédent, d'une part, que ni le d) de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales ni aucune autre disposition ne précisent la nature des pièces justifiant le montant de la retenue à la source qui doivent, à peine d'irrecevabilité de la réclamation, accompagner cette dernière, le contribuable pouvant produire toutes pièces établissant le versement de la retenue litigieuse pour peu qu'elles en précisent la date et l'établissement payeur au sens des dispositions combinées de l'article 381 A de l'annexe III au code général des impôts et de l'article 188-0 H de l'annexe IV à ce code, d'autre part, que lorsque, ainsi que tel est le cas en l'espèce, l'omission de pièces a motivé le rejet, en date du 6 août 2018, de la réclamation préalable relative à l'année 2011 formée par les SICAV de droit belge, ce vice de forme peut être régularisé devant le tribunal administratif jusqu'à la clôture de l'instruction sur le fondement de l'article R*. 200-2 du livre des procédures fiscales.

11. Pour établir la totalité de la chaîne de paiement des retenues à la source litigieuse à hauteur de 290 808 euros, les SICAV de droit belge requérantes produisent une attestation de BNP Paribas Securities Services, sur laquelle figure un versement de dividendes de la société française BNP Paribas Securities Services Luxembourg aux comptes CSA (Consolidated Statetement of Accounts). Les SICAV requérantes produisent également un document de BNP Paribas Investment Partners attestant que pour l'année 2011, les actifs de BNP Paribas B Global, BNP Paribas B Flexible, BNP Paribas B Fund I, BNP Paribas Institutionnal I et Altervision ont fait l'objet d'une cogestion au sein de CSA avec des " actifs appartenant à d'autres SICAV ". Toutefois, dans la mesure où ces documents n'indiquent que les comptes communs comme bénéficiaires finaux, ils ne permettent pas, ainsi que le fait valoir l'administration, d'établir la chaîne de paiement.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la présente requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris, en tout état de cause, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires ainsi que celles tendant au paiement d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des SICAV de droit belge BNP Paribas B Strategy, BNP Paribas B Flexible, BNP Paribas B Fund I, BNP Paribas B Institutional I et Altervision est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié aux SICAV de droit belge BNP Paribas B Strategy, BNP Paribas B Flexible, BNP Paribas B Fund I, BNP Paribas B Institutional I et Altervision et au ministre de l'économie, des finances et de la relance (directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.).

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

J. Jimenez

Le premier assesseur,

D. Charageat

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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