lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1901149 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AJE FRANÇOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2019, Mme A, représentée par Me Aje, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de dire qu'elle aurait dû être régularisée en contrat à durée indéterminée au titre de la poursuite de la relation de travail ;
2°) de constater que la rupture est assimilable à un licenciement sans cause réelle et sérieuse ;
3°) de dire qu'elle pourra bénéficier d'une indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse sur le fondement de l'article L. 1235-3 du code du travail à hauteur de six mois de salaire, soit la somme de 8 581,50 euros, et de condamner le centre hospitalier de Saint-Denis au montant correspondant ;
4°) de prononcer sa réintégration au sein du centre hospitalier de Saint-Denis, et de condamner ce dernier à lui verser le rappel de salaire correspondant au jour du jugement à intervenir ;
5°) à titre subsidiaire, de constater que la rupture doit être assimilée à une privation involontaire d'emploi ;
6°) d'annuler la décision du 30 mai 2018 par laquelle le centre hospitalier de Saint-Denis a refusé de lui octroyer le bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi (ARE) et, par conséquent, de lui accorder le bénéfice de l'allocation chômage, condamnant ainsi le centre hospitalier au paiement des sommes afférentes ;
7°) en tout état de cause, de condamner le centre hospitalier de Saint-Denis au paiement de la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts pour préjudice moral ;
8°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Denis une somme de 4 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les conclusions tendant à la requalification de la rupture de sa relation de travail avec le centre hospitalier de Saint-Denis (CHSD) dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, ainsi que les conclusions afférentes :
- il lui était promis de longue date une titularisation, qui n'est jamais intervenue ;
- elle justifie d'états de service irréprochables ainsi que d'une très bonne notation par ses supérieurs hiérarchiques ;
- elle était en droit de poursuivre sa relation de travail avec le CHSD, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, conformément au dispositif prévu par les lois n° 2012-347 du 12 mars 2012 et n° 2016-483 du 20 avril 2016 ;
- l'absence de proposition de renouvellement de son contrat à durée déterminée doit être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse ;
- elle se trouve en droit de solliciter sa réintégration au sein du CHSD, ainsi que le rappel de salaire correspondant.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
- elle est actuellement en instance de divorce, avec trois enfants à charge ;
- elle a subi un préjudice, lié à l'absence de poursuite de sa relation de travail avec le CHSD sous la forme d'un contrat à durée indéterminée, qui peut être évalué à la somme de 15 000 euros.
En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de versement de l'ARE :
- elle ne se trouvait pas sur son lieu de travail le 11 avril 2018 lors de la prétendue proposition d'un nouveau contrat à durée déterminée ;
- en l'absence d'une proposition du CHSD tendant au renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, elle doit être regardée comme ayant subi une perte involontaire d'emploi et aurait ainsi dû bénéficier de l'allocation de retour à l'emploi.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2019, le centre hospitalier de Saint-Denis conclut au rejet de la requête en toutes ses conclusions.
Il soutient que :
- Mme A n'avait pas un droit à la poursuite de sa relation de travail avec le CHSD sous la forme d'un contrat à durée indéterminée, dès lors qu'elle a travaillé pour le CHSD pendant moins de six ans et que, en outre, les contrats à durée déterminée conclus avec l'intéressée l'ont été sur le fondement des besoins en remplacement du service ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 mai 2018 par laquelle le versement de l'ARE a été refusé à Mme A sont irrecevables du fait de leur tardiveté ;
- en tout état de cause, Mme A s'étant vu proposer un nouveau contrat à durée déterminée et ayant refusé ce renouvellement le 27 avril 2018, elle se trouvait en situation de perte volontaire d'emploi et n'avait donc pas droit au versement de l'allocation de retour à l'emploi.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2019 à 12 h par une ordonnance du 28 mai 2019.
Par un courrier en date du 31 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de soulever d'office un moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requérante, en l'absence de réclamation préalable susceptible de lier le contentieux.
Par un courrier en date du 8 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité, d'une part, des conclusions aux fins de réintégration de Mme A au sein du CHSD et de condamnation de ce dernier au versement du rappel de son salaire, lesquelles tendent à obtenir le prononcé d'injonctions à titre principal, et d'autre part, des conclusions aux fins de constat et celles tendant à " accorder le bénéfice de l'allocation chômage " à Mme A, dès lors que le juge administratif ne peut être utilement saisi que par voie de recours formé contre une décision.
Vu les autres pièces du dossier, et notamment les pièces complémentaires enregistrées le 28 mai 2019 et le 13 mai 2022 pour le CHSD.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 ;
- la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage ;
- le règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014 ;
- l'arrêté du 25 juin 2014 portant agrément de la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage et les textes qui lui sont associés ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée en qualité d'agent administratif le 29 avril 2013 par le centre hospitalier de Saint-Denis, sur le fondement d'un contrat unique d'insertion à temps plein d'une durée de six mois. Ce contrat a été renouvelé à plusieurs reprises et de manière continue du 29 octobre 2013 au 28 avril 2018, date à laquelle la relation de travail entre Mme A et son employeur a pris fin. Cette dernière a sollicité le versement de l'allocation de retour à l'emploi, demande à laquelle le CHSD a opposé un refus le 30 mai 2018 au motif que la perte d'emploi de Mme A ne présentait pas de caractère involontaire.
Sur la recevabilité des conclusions de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. En premier lieu, les conclusions par lesquelles Mme A entend obtenir du tribunal qu'il constate un certain nombre de faits, ou procède à une qualification juridique de ceux-ci conformément à ses souhaits, sans que puisse être identifiée sur ces différents points une décision administrative dont l'annulation serait demandée, ne satisfait pas à la règle de recevabilité selon laquelle le juge administratif n'est utilement saisi que par voie de recours formé contre une décision.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient pas au juge administratif, dans le cadre du présent recours, de " dire que Madame C A aurait dû être régularisée en CDI au titre de la poursuite de la relation de travail ", de " constater que la rupture est assimilable à un licenciement sans cause réelle et sérieuse ", de " dire que Madame C A pourra bénéficier d'une indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse ", de " constater que la rupture doit être assimilée à une privation involontaire d'emploi " et de lui " accorder le bénéfice de l'allocation chômage ". Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ces fins, de même que celles présentées en vue d'obtenir sa réintégration au sein du CHSD et le rappel de salaire afférent, qui constituent des conclusions tendant au prononcé d'injonctions à titre principal sont irrecevables et doivent être rejetées.
5. En second lieu, si la requérante doit être regardée comme soutenant que la responsabilité du centre hospitalier de Saint Denis est engagée pour faute en raison du manquement à l'obligation de poursuite de leur relation de travail sur le fondement d'un contrat à durée indéterminée (CDI), elle n'établit pas avoir déposé une demande préalable d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis de nature à faire naître une décision liant le contentieux. Dans ces conditions, la demande indemnitaire de Mme A doit être rejetée comme irrecevable. De
même, les conclusions présentées par la requérante à fin de versement d'une indemnité de licenciement, qui ne tendent pas à l'annulation d'une décision administrative, sont également irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de versement de l'ARE, ainsi que sur les conclusions afférentes :
6. Aux termes de l'article L. 5424-2 du code du travail : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance ". Aux termes de l'article 2 du règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014 relative à l'indemnisation du chômage : " Sont involontairement privés d'emploi ou assimilés, les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte : / () - d'une fin de contrat de travail à durée déterminée () ". La circulaire DGEFP/DGAFP/DGOS/Direction du budget du 21 février 2011 relative à l'indemnisation du chômage des agents du secteur public précise : " 2. Listes de cas de perte involontaire et volontaire d'emploi pour les agents non titulaires / () 2.2 Cas de perte volontaire d'emploi / () - Le refus d'accepter un renouvellement de contrat sans motif légitime / () ".
7. D'une part, le CHSD indique avoir proposé à Mme A le renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée (CDD), à la suite d'un entretien du 11 avril 2018. Si l'intéressée soutient n'en avoir jamais été informée, dès lors qu'elle ne se trouvait pas sur son lieu de travail le 11 avril, il ressort toutefois des pièces versées aux débats que, par un courrier signé du 27 avril 2018, Mme A a notifié au CHSD son souhait de " ne [] pas renouveler [s]on contrat " et de " quitter l'établissement en date du 28/04/18 ", date d'échéance de son dernier contrat. Dans ces conditions, Mme A ne peut prétendre n'avoir pas eu connaissance de la proposition de renouvellement de son CDD formulée par le CHSD.
8. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, il ressort des pièces du dossier que Mme A a refusé le renouvellement de son contrat à durée déterminée par un courrier du 27 avril 2018. A ce titre, si l'intéressée entend soutenir dans ses écritures que son refus était justifié par un motif légitime, dès lors qu'elle se trouvait en droit de poursuivre sa relation de travail avec le CHSD sur le fondement d'un CDI, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A ne justifie que de cinq ans de services au sein du centre hospitalier et n'établit donc pas disposer de l'ancienneté requise par l'article 9 précité de la loi du 9 janvier 1986 susvisée pour bénéficier, sous réserve du respect des autres conditions prévues par cet article, d'un droit à la transformation de son contrat en CDI. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été involontairement privée d'emploi au sens de l'article 2 du règlement général annexé à la convention du 14 mai 2014 précité. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision du 30 avril 2018 et, partant, celles tendant à la condamnation du CHSD à lui verser les sommes afférentes, ne peuvent qu'être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
La présidente - rapporteure,L'assesseur la plus ancienneSignéSignéM. B M. de BouttemontLa greffière,
SignéA. Espeisses
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026