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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1903764

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1903764

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1903764
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantALBRESPY NICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 1803943 du 4 avril 2019, le vice-président du tribunal administratif d'Orléans a transmis la requête présentée par l'association Loire Valley USA au tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 novembre 2018, 1er avril 2019, 24 juin 2020 et 7 septembre 2022, l'association Loire Valley USA, représentée par Me Albrespy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2018 par laquelle l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a rejeté sa demande de paiement d'une aide financière de 50 192,06 euros et lui a demandé de reverser la somme de 40 823,75 euros ;

2°) de procéder à une nouvelle instruction de sa demande dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ;

3°) le versement du solde d'aide, d'un montant de 50 192,06 euros au titre de l'année 2015 et d'un montant de 41 074,99 euros au titre de l'année 2016 ;

4°) le versement d'une indemnité en réparation du préjudice résultant des frais de caution bancaire payés depuis la fin du programme de l'année 2014 ;

5°) de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association requérante soutient que :

- sa requête est recevable ;

- seul l'état récapitulatif de dépenses validé par un commissaire aux comptes doit être pris en considération ;

- FranceAgriMer ne pouvait rejeter la totalité de sa demande de paiement au seul motif qu'il existe une différence de montant entre les deux états récapitulatifs de dépenses produits ainsi que des incohérences relevées dans quatre factures produites ;

- dès lors que le taux d'anomalie est inférieur à 5%, le montant de l'aide à laquelle elle avait droit aurait dû être fixé conformément au point 10.3 de la décision n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014 ;

- la demande de remboursement du montant total de l'avance versée porte atteinte au principe de proportionnalité ;

- l'inertie de FranceAgriMer est à l'origine de frais financiers au titre des cautions des années 2015 et 2016 ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 mars 2019 et 20 mars 2020, FranceAgriMer conclut à l'incompétence territoriale du tribunal administratif d'Orléans et au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que M. A ne justifie pas avoir la qualité pour représenter l'association Loire Valley USA ;

- à titre subsidiaire, la demande d'aide est infondée, les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable et la demande de versement du solde au titre de l'année 2016 est irrecevable et en tout état de cause infondée.

Par une ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 fixant les modalités d'application du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil portant organisation commune du marché vitivinicole, en ce qui concerne les programmes d'aide, les échanges avec les pays tiers, le potentiel de production et les contrôles dans le secteur vitivinicole ;

- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la décision du directeur général de FranceAgriMer n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014 portant mise en œuvre par FranceAgriMer d'un programme de promotion des vins sur les marchés des pays tiers par les entreprises et les interprofessions pour la programmation 2014 à 2018 en application de l'article 45 du règlement (UE) n°1308/2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,

- et les observations de Me Albrespy, représentant l'association Loire Valley USA.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Loire Valley USA, qui a pour objet social la promotion du patrimoine culturel et viticole de la vallée de la Loire ainsi que l'organisation d'événements culturels en France et à l'étranger, a été admise à participer à un programme d'aide national à la promotion des produits vitivinicoles sur les marchés de pays tiers. Les conditions et les modalités d'attribution de cette aide ont été fixées par une convention n° 491-14 conclue avec FranceAgriMer le 5 juin 2014, relative au soutien d'un programme pour la promotion hors de l'Union européenne, de vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée ou d'une indication géographique protégée, ou de vins dont le cépage est indiqué. Cette convention a prévu notamment que le programme d'aide comportait une période d'exécution débutant le 1er janvier 2014 scindée en trois périodes annuelles s'achevant les 31 décembre 2014, 2015 et 2016 et portait sur des actions de promotion réalisées aux Etats-Unis, a fixé le montant du budget prévisionnel des dépenses de promotion du programme et, corrélativement, à 50% des coûts des actions reconnues éligibles, la participation financière de l'Union européenne, et a défini la nature des dépenses entrant dans le champ de cette aide. FranceAgriMer a versé à la société requérante le 13 mars 2015 une avance d'un montant de 37 112, 50 euros au titre de l'aide prévisionnelle pour l'année 2015 conformément à l'article 4 de la convention. Par une correspondance en date du 10 octobre 2018, FranceAgriMer, après avoir rejeté la demande de l'association requérante tendant au paiement d'une aide financière de 50 192,06 euros au titre de l'année 2015, lui a demandé le remboursement de l'avance mentionnée ci-dessus, majorée de 10%, soit la somme de 40 823,75 euros. La requête de l'association Loire Valley USA doit être regardée comme tendant à l'annulation des deux décisions contenues dans la correspondance du 10 octobre 2018, l'une, rejetant sa demande de paiement d'une aide d'un montant de 50 192,06 euros, l'autre, valant titre exécutoire, lui demandant le remboursement de la somme de 40 823,75 euros.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité du président de l'association Loire Valley USA pour représenter cette association :

2. En l'absence, dans les statuts d'une association ou d'un syndicat, de stipulation réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif, celle-ci est régulièrement engagée par l'organe tenant des mêmes statuts le pouvoir de représenter cette association ou ce syndicat en justice. Une habilitation à représenter une association ou un syndicat dans les actes de la vie civile doit être regardée comme habilitant à le représenter en justice.

3. Si les statuts de l'association Loire Valley USA ne confèrent pas à son président, M. A, le pouvoir de la représenter en justice, cette association produit une délibération de son assemblée générale en date du 12 octobre 2018, qui autorise son président à exercer " toute action, négociation ou action légale " contre FranceAgriMer, pour obtenir la reconnaissance de l'éligibilité des dépenses pour 2015 et recouvrer la somme de 50 192,06 euros. Par suite, M. A est habilité à représenter cette association dans le litige qui oppose celle-ci à FranceAgriMer concernant l'octroi d'une aide financière au titre de l'année 2015 dans le cadre de la convention mentionnée au point 1. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par FranceAgriMer doit être rejetée en tant qu'elle se rapporte aux conclusions présentées dans ce litige. En revanche, elle doit être accueillie en tant qu'elle porte sur les conclusions étrangères à ce litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'attribution d'une aide financière au titre de l'année 2015 :

4. En premier lieu, pour rejeter la demande de paiement de l'association Loire Valley USA, FranceAgriMer s'est fondé sur la circonstance que cette association lui avait fait parvenir pour la même période des états récapitulatifs de dépenses comportant des montants et des volumes de dépenses différents. Il ressort des pièces du dossier que l'association requérante a d'abord présenté une demande de paiement d'une aide de 42 140,87 fondée sur des états récapitulatifs de dépenses visés par un cabinet comptable américain. En réponse à une demande de FranceAgriMer en date du 9 octobre 2017, elle a communiqué à cet établissement de nouveaux états récapitulatifs de dépenses visés par un commissaire aux comptes. Ces derniers états récapitulatifs se substituant intégralement aux précédents, la circonstance qu'ils comportent des modifications par rapport à ceux transmis antérieurement ne suffit pas à établir qu'ils ne seraient pas probants. En outre, dès lors que l'association requérante avait été autorisée par FranceAgriMer à procéder à une régularisation de ses pièces justificatives, rien ne s'opposait à ce qu'elle en tire toutes les conséquences en modifiant en tant que de besoin le montant de l'aide sollicitée. Ainsi, la seule circonstance que sa demande d'aide a été portée à un montant de 50 192,06 euros ne suffit pas à entrainer son rejet.

5. En second lieu, pour rejeter la demande de paiement présentée par l'association Loire Valley USA, FranceAgriMer s'est fondé sur la circonstance que certaines factures que celle-ci a présentées à l'appui de sa demande comportent de graves anomalies. Ainsi, FranceAgriMer a estimé que ces anomalies conduisaient à douter de la sincérité de la demande de paiement dans son ensemble. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que diverses factures fournies par l'association requérante comportent des mentions incohérentes sur lesquelles celle-ci n'apporte aucune explication, il n'en résulte pas nécessairement qu'aucune des dépenses qu'elle a présentées ne correspondrait à des actions de promotion des vins réalisées conformément aux obligations prévues par la convention mentionnée au point 1, ni, par suite que ces dépenses seraient dans leur totalité inéligibles à l'aide sollicitée.

6. Il résulte de ce qui précède que l'association Loire Valley USA est fondée à soutenir que la décision du 10 octobre 2018 par laquelle FranceAgriMer a rejeté intégralement sa demande de paiement présentée au titre de l'année 2015 est illégale et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire portant sur une somme de 40 823,75 euros :

7. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

8. Le titre exécutoire en litige tend au remboursement par l'association requérante de l'avance versée par FranceAgriMer au titre des dépenses de promotion se rapportant à l'année 2015, assortie de la majoration légale de 10%. Ce remboursement est fondé sur la circonstance qu'aucune aide n'est due à l'association pour cette période. Toutefois, dès lors que, ainsi qu'il est dit au point 6, la décision rejetant la demande d'aide dans son intégralité est illégale, le remboursement de l'avance versée ne pouvait être exigé, ni, par voie de conséquence, le titre exécutoire être légalement pris. Il suit de là que le titre exécutoire en date du 10 octobre 2018 doit être annulé.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. L'association Loire Valley USA demande la réparation du préjudice qui résulterait de frais bancaires qu'elle aurait payés depuis la fin de l'année 2014. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité d'un tel préjudice. Il suit de là que ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par FranceAgriMer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Les annulations prononcées par le présent jugement n'impliquent pas de verser à l'association requérante un solde d'aide d'un montant de 50 192,06 euros au titre de l'année 2015. En outre, elles n'impliquent pas en tout état de cause que lui soit versé un solde d'aide au titre de l'année 2016. Ces annulations impliquent seulement que FranceAgriMer réexamine la demande de paiement d'une aide financière de 50 192,06 euros au titre de l'année 2015. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre à FranceAgriMer de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association Loire Valley USA et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 octobre 2018 par laquelle FranceAgriMer a rejeté la demande de paiement d'une aide financière de 50 192,06 euros et le titre exécutoire du même jour mettant à la charge de l'association Loire Valley USA la somme de 40 823,75 euros sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à FranceAgriMer de réexaminer la demande de paiement d'une aide financière de 50 192,06 euros au titre de l'année 2015, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : FranceAgriMer versera à l'association Loire Valley USA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Loire Valley USA et à l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le rapporteur,

D. B

La présidente,

J. Jimenez La greffière,

L. Vilmen

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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