lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1909109 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MONGET SARRAIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2019, M. C, représenté par Me Monget-Sarrail, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Romainville à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices résultant de faits de harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Romainville le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime de harcèlement moral de nature à engager la responsabilité pour faute de la commune ; la commune n'a pas répondu à sa demande du 29 janvier 2016 tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle et a manqué à son obligation de protection de la santé de ses agents ;
- son préjudice doit être réparé dans son intégralité à hauteur de la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2022, la commune de Romainville, représentée par Me Treca, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme étant irrecevable, à titre subsidiaire comme n'étant pas fondée et, en tout état de cause, demande à ce que soit mis à la charge de M. C le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est tardive et, à titre subsidiaire qu'elle n'a commis aucune faute.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- et les observations de Me Horeau pour la commune de Romainville.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent titulaire de la fonction publique territoriale, exerce ses fonctions depuis le 1er mai 2000 au sein de la Commune de Romainville en qualité d'agent d'entretien au service propreté des établissements communaux. S'estimant victime de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique, M. C a formé à l'attention de la commune de Romainville une demande préalable indemnitaire du fait des préjudices subis. La maire de la commune de Romainville a rejeté sa demande par une décision du 14 juin 2019. M. C demande l'annulation de cette décision, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes de l'article R. 421-3 du même code : " () l'intéressé n'est forclos qu'après un délai de deux mois à compter du jour de la notification d'une décision expresse de rejet : 1° En matière de plein contentieux () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 112-3 de ce même code : " Toute demande adressée à une autorité administrative fait l'objet d'un accusé de réception délivré dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () / Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications prévues par le décret mentionné au premier alinéa. () ". Toutefois, en vertu des dispositions de son article L. 112-2, ces dispositions relatives aux conditions de déclenchement du délai de recours contentieux ne sont pas applicables aux relations entre les autorités administratives et leurs agents.
3. Il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable de M. C a été rejetée par une décision expresse de la commune du 14 juin 2019. Toutefois, la preuve de la date de notification de cette décision n'est pas apportée. Dès lors, la requête de M. C, enregistrée le 19 août 2019, n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête soulevée par la commune de Romainville doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Aux termes du IV de l'article 11 de cette loi : " IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. M. C affirme qu'il a été victime de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique depuis l'arrivée de ce dernier au poste de directeur du service du personnel d'entretien communal en 2014. S'il résulte de l'instruction que son supérieur hiérarchique a fait l'objet d'une exclusion temporaire de service pour une durée de trois semaines en raison de trois séries de manquements dans l'accomplissement de ses tâches de chef de service, survenus au cours des années 2014 et 2015, M. C ne fournit toutefois pas d'éléments suffisants permettant de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral de la part de celui-ci. A ce titre, s'il verse au dossier les témoignages de trois collègues de son service datant de mars 2015 qui indiquent que " M. C () subit un stress moral de la part de M. B " ou encore " [avoir] vécu le même calvaire que [M. C] il n'y a pas si longtemps ", ces témoignages sont imprécis et n'indiquent pas en particulier quels actes commis par leur supérieur hiérarchique seraient constitutifs de faits de harcèlement. Ainsi, ces témoignages n'apparaissent pas suffisants pour caractériser les faits reprochés à M. B à l'encontre du requérant.
7. En outre, M. C soutient qu'il a dû exercer son travail dans des conditions dégradées, sans équipement de sécurité ni produits d'entretiens adéquats, qu'il a été affecté à la maison de retraite alors qu'il n'y avait pas de travail, que son supérieur hiérarchique lui reprochait régulièrement de ne pas venir au travail à cause du handicap de son fils et considérait comme du favoritisme l'aménagement horaire dont il bénéficiait pour ce même motif, et portait systématiquement plainte au commissariat afin d'intimider ses agents. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces éléments, non étayés, seraient constitutifs par eux-mêmes d'un harcèlement moral à son encontre, et, en tout état de cause, il n'établit pas la matérialité des faits qu'il invoque.
8. De même, M. C affirme que les documents médicaux qu'il verse aux débats démontrent l'altération de sa santé du fait du harcèlement moral qu'il subirait. Cependant, s'il est constant que ces éléments attestent de la dégradation de la santé de M. C, ils n'établissent aucunement que cette détérioration serait la conséquence d'un harcèlement moral dont il ferait l'objet.
9. Enfin, s'il soutient avoir alerté à de nombreuses reprises la commune de Romainville sur sa situation et estime que l'administration a échoué à prendre les mesures nécessaires contre le harcèlement qu'il aurait subi, ces circonstances sont sans incidence sur la caractérisation des faits de harcèlement moral qu'il attribue à son supérieur hiérarchique. Au demeurant, il apparaît que ce dernier a été reçu en entretien à ce sujet par le directeur général adjoint le 17 février 2015, qui a alerté la directrice des ressources humaines par une note du lendemain, et que cette dernière a sollicité le 19 février suivant un rendez-vous en urgence à la médecine du travail pour M. C.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les éléments fournis par le requérant ne sauraient caractériser la matérialité de faits de harcèlement moral. Par suite, les conclusions de M. C aux fins d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Romainville, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Romainville au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Romainville présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Romainville.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienneSignéSignéMme D Mme de Bouttemont
La greffière,
SignéMme E
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026