mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1909172 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 août 2019, 17 décembre 2019 et 30 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Chastant-Morand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner la commune de Tremblay-en-France à lui verser la somme provisionnelle de 7 250 euros, à titre subsidiaire, de mettre cette somme à la charge de l'établissement public Paris Terres d'envol ;
2°) d'ordonner une expertise médicale pour apprécier son préjudice, notamment s'agissant de l'incidence professionnelle et du déficit fonctionnel permanent ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Tremblay-en-France la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- elle a été victime d'une chute en trébuchant sur une plaque d'égout non fermée dans la commune du Tremblay-en-France, qui a ainsi engagé à son égard sa responsabilité sur le terrain du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;
- les préjudices qu'elle a subis s'élèvent, en l'état de l'instruction, à 5 537,41 euros.
Par des mémoires enregistrés les 14 novembre 2019 et 2 décembre 2021, la commune de Tremblay-en-France, représentée par Me Moreau, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
- à titre principal, au rejet de la requête comme étant mal dirigée et infondée, à sa mise hors de cause et à la condamnation de l'établissement public Paris Terres d'Envol à la garantir de toute condamnation, faisant valoir que l'établissement public Paris Terres d'Envol exerce la compétence " Eau et assainissement " ;
- subsidiairement, à ce que l'indemnisation sollicitée soit réduite à de plus justes proportions ;
- à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires enregistrés les 26 mai 2020 et 11 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de la commune du Tremblay-en-France à lui verser la somme de 4 655, 22 euros au titre des prestations versées à Mme A, assortie des intérêts légaux à compter du 14 octobre 2019 ainsi que les intérêts des intérêts échus des capitaux conformément à l'article 1154 du code civil et la somme de 1 162 euros, représentant l'indemnité forfaitaire de gestion.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le décret n° 2015-1660 du 11 décembre 2015 relatif à la métropole du Grand Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mougeot, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité de la commune de Tremblay-en-France :
1. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager doit démontrer, d'une part, la matérialité des faits qu'il invoque et la réalité de son préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.
2. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a été victime d'une chute le 24 novembre 2017 vers 15h40 à hauteur du n° 25, rue de Lille, voie publique située sur le territoire de la commune de Tremblay-en-France, en trébuchant sur une plaque d'égout. Si la commune soutient que le rôle causal de la plaque d'égout n'est pas établi, il ressort de plusieurs témoignages que cette plaque s'est dérobée sous les pieds de Mme A, causant sa chute. D'autre part, même en admettant que la plaque d'égout soit un élément du réseau d'assainissement destiné à la collecte des eaux usées et des eaux pluviales dont a la charge depuis le 1er janvier 2016 l'établissement public territorial Terres d'Envol, réseau dont le périmètre, fixé par le décret susvisé du 11 décembre 2015, comprend la commune de Tremblay-en-France, ce regard d'égout situé sur le trottoir qu'empruntait Mme A constitue également un ouvrage public incorporé à la voie publique et a aussi la nature d'une dépendance nécessaire de celle-ci. Enfin, la commune de Tremblay-en-France n'apporte aucun élément concernant la surveillance ou l'entretien dont cet accessoire de la voie publique aurait fait l'objet de sa part. Il s'ensuit que Mme A est fondée à soutenir que la responsabilité de cette commune est engagée à son égard en raison du défaut d'entretien normal de l'accessoire de la voie publique ayant causé sa chute.
3. Enfin, le danger constitué par le descellement d'une plaque d'égout et le risque de basculement de cette plaque sous les pas d'un piéton, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'ils étaient visibles et prévisibles, ne constitue pas un obstacle qu'un usager de la voie publique doit normalement s'attendre à rencontrer. Dès lors que ce danger n'était pas signalé, aucune faute exonératoire, même partiellement, ne peut être reprochée à Mme A, alors même que l'accident s'est produit de jour et que Mme A n'aurait pas utilisé un passage protégé pour traverser la chaussée.
Sur la détermination et l'évaluation des préjudices :
4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".
5. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
6. Si le dossier comprend le rapport de l'expertise médico-légale du Dr C, établi le 27 janvier 2020 et soumis au débat contradictoire dans le cadre de la présente instance, qui fixe notamment la date de consolidation au 4 septembre 2018, date de l'inaptitude définitive à l'emploi d'assistante de vie et décrit les préjudices qu'il estime être en lien avec le fait traumatique, le contenu de ce rapport ne permet pas au tribunal, dans les circonstances de l'espèce, d'apprécier l'étendue des préjudices corporels et professionnels subis par Mme A directement consécutifs à l'accident du 24 novembre 2017. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la demande de celle-ci tendant à ce qu'une expertise soit ordonnée aux fins exposées ci-après dans le dispositif du présent jugement et de réserver les droits des parties jusqu'à la fin de l'instance.
Sur la provision :
7. En l'état de l'instruction, l'existence d'une obligation à la charge de la commune de Tremblay-en-France n'apparaît pas sérieusement contestable. Dans ces conditions, il y a lieu d'accorder à Mme A une indemnité provisionnelle, qu'il convient de fixer à la somme de 3 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de réserver les frais liés au litige jusqu'à la fin de l'instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La commune de Tremblay-en-France est déclarée responsable des conséquences dommageables de l'accident survenu le 24 novembre 2017 à Mme A.
Article 2 : La commune de Tremblay-en-France est condamnée à verser à Mme A, en réparation de ses préjudices et à titre de provision, une somme de 3 000 (trois mille) euros.
Article 3 : Il sera, avant de statuer sur les autres demandes de la requête de Mme A, procédé à une expertise médicale afin de :
1° réexaminer Mme A, rappeler son état de santé antérieur et décrire les troubles dont elle souffre actuellement ;
2° se faire remettre l'entier dossier médical de Mme A se rapportant aux conséquences de l'accident dont elle a été victime le 24 novembre 2017 à Tremblay-en-France ;
3° préciser la date de consolidation des blessures, la durée de l'incapacité temporaire totale et si l'intéressée reste atteinte d'une incapacité permanente partielle, en fixer le taux ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme A ne serait toujours pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examiné ;
4° déterminer si les soins donnés à Mme A sont liés à l'accident dont elle a été victime ;
5° dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur, en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
6° se prononcer sur l'existence d'un préjudice professionnel ; le cas échéant, évaluer son importance ; déterminer si ce préjudice, notamment celui lié à la perte d'emploi, est lié, en tout ou partie, à l'accident dont elle a été victime ;
7° se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;
8° se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
9° se faire communiquer le relevé des prestations servies par l'organisme social de Mme A et indiquer si ces prestations sont en relation directe et exclusive avec les préjudices subis à la suite de son accident, ainsi que toute dépense de santé ou de transport qui n'aurait pas été pris en charge par l'organisme social de l'intéressée ;
10° de manière générale, faire toutes constatations permettant au tribunal d'apprécier le montant de la réparation du préjudice, et fournir toute autre information utile, notamment en ce qui concerne les risques d'aggravation et les chances d'amélioration possibles.
Article 4 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 3 dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : La CPAM de la Seine-Saint-Denis sera, en tant que de besoin, associée aux opérations d'expertise.
Article 8 : L'expert établira un pré-rapport qu'il notifiera aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.
Article 9 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de sa désignation, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 10 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à la commune de Tremblay-en-France, à l'établissement public territorial Terres d'Envol et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Baffray, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- M. Bernabeu, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.
Le rapporteur,
H. Marias
Le président,
J.-F. Baffray La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1909172
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026