vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1912635 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MINIER-MAUGENDRE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 novembre 2019 et 11 octobre 2021, Mme B C, représentée par Me Lacroix, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 9 000 euros, assortie des intérêts de droit à compter de la réception du recours indemnitaire préalable le 15 septembre 2019 et la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice moral subi du fait de l'illégalité des décisions du 31 octobre 2018 et du 25 janvier 2019 par lesquelles le département a retiré sa décision d'acceptation de sa candidature pour un poste de responsable de circonscription PMI (protection maternelle et infantile) et du non-respect par cette administration de sa promesse ;
2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de
2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne les fautes :
- la décision du 31 octobre 2018 par laquelle le département a retiré sa décision d'acceptation de sa candidature pour un poste de responsable de circonscription PMI, ainsi que la décision du 25 janvier 2019 de rejet de son recours gracieux, ne sont pas motivées, sont entachées d'incompétence, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'erreur de droit en ce qu'elles procèdent au retrait d'une décision légale, enfin d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le département n'a pas tenu sa promesse ; elle l'avait pourtant averti à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas le grade requis pour occuper le poste de responsable de circonscription PMI.
En ce qui concerne les préjudices :
- sous la pression du département qui souhaitait la voir prendre ses nouvelles fonctions le plus rapidement possible, elle a cumulé les heures supplémentaires et réduit ses congés afin de pouvoir quitter son ancien poste dans les meilleures conditions, ce qui lui a causé du stress ;
- le retrait de la décision du département lui a été annoncé de façon brutale, par téléphone deux semaines avant sa prise de poste, en réponse à un courriel dans lequel elle rappelait la date de sa réintégration, ce qui l'a profondément affectée ;
- ces fautes du département lui ont causé un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 9 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2016-336 du 21 mars 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- et les observations de Me Guardiola, substituant Me Lacroix, représentant
Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, cadre territorial de santé au sein du département de la Seine-Saint-Denis, a été placée en détachement à compter du 16 janvier 2017 auprès du centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois, où elle exerçait les fonctions de cadre formatrice à l'IFSI (institut de formation en soins infirmiers). Par un courriel en date du 21 mars 2018, elle a demandé sa réintégration au sein du département sur un poste de directrice de centre de PMI. Reçue en entretien le 6 avril 2018 par la cheffe de service adjointe chargée des territoires du département, elle s'est vue proposer un poste de responsable de circonscription PMI.
Mme C a alors adressé le 14 mai 2018 un courrier au département pour solliciter à nouveau sa réintégration comme directrice de PMI, en précisant qu'elle souhaitait évoluer vers un poste de responsable de circonscription PMI. Le 26 juin 2018, la commission de recrutement du département a rendu un avis favorable à sa réintégration en tant que responsable de circonscription PMI. Par un courrier du 27 juillet 2018, le président du conseil départemental l'a informée que sa candidature sur le poste de responsable de circonscription PMI avait été retenue. Par une décision du 31 octobre 2018, le département a toutefois retiré cette décision d'acceptation de candidature, au motif que la requérante ne détenait pas le grade de cadre supérieure de santé requis pour exercer la fonction. Cette décision du département a été confirmée par le rejet du recours gracieux de la requérante le 25 janvier 2019. Mme C demande au tribunal de condamner le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 9 000 euros au titre du préjudice subi du fait de l'illégalité de ces décisions et du non-respect par l'administration de sa promesse.
I. Sur les conclusions indemnitaires :
I.A- En ce qui concerne les fautes :
I.A.1- S'agissant des décisions du 31 octobre 2018 et du 25 janvier 2019 :
2. Aux termes de l'article L. 242-1 code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".
3. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le grade est distinct de l'emploi. / Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ". Aux termes de l'article 4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux appartiennent à des cadres d'emplois régis par des statuts particuliers, communs aux fonctionnaires des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics. / Ces statuts particuliers ont un caractère national. / Un cadre d'emplois regroupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier, titulaires d'un grade leur donnant vocation à occuper un ensemble d'emplois. / Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade. Le cadre d'emplois peut regrouper plusieurs grades. / (). ". Et aux termes de l'article 2 du décret du
21 mars 2016 portant statut particulier du cadre d'emplois des cadres territoriaux de santé paramédicaux : " () Les fonctionnaires du grade de cadre de santé exercent des fonctions correspondant à leur qualification et consistant à encadrer des équipes dans les établissements et services médico-sociaux, les laboratoires et les services chargés de l'accueil des enfants de moins de six ans. Ils peuvent exercer des missions communes à plusieurs structures internes de ces services. / Les fonctionnaires du grade de cadre supérieur de santé animent et coordonnent les activités des établissements, laboratoires et services d'accueil mentionnés à l'alinéa précédent. Ils encadrent les cadres de ces établissements, laboratoires et services. Ils définissent les orientations relatives aux relations avec les institutions et avec les familles. Ils peuvent exercer dans les départements des fonctions de responsable d'unité territoriale d'action sanitaire et sociale ou occuper les emplois de responsable de circonscription et de conseiller technique. () ".
4. Il résulte des dispositions précitées des lois du 13 juillet 1983 et du 26 janvier 1984 ainsi que de celles du décret du 21 mars 2016 que, sauf circonstance exceptionnelle liée à l'intérêt du service, seuls les cadres supérieurs de santé, chargés notamment d'animer et de coordonner les activités des établissements et services, ont vocation à occuper un emploi de responsable de circonscription. La décision du 27 juillet 2018 par laquelle le département retenait la candidature de Mme C, cadre de santé, pour occuper le poste de responsable de circonscription PMI à Epinay-sur-Seine, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait été justifiée par des circonstances exceptionnelles en lien avec l'intérêt du service, était donc illégale, sans que l'intéressée puisse utilement soutenir qu'elle avait les qualités nécessaires pour occuper un tel emploi.
5. D'autre part, la décision de retrait de la décision illégale du 27 juillet 2018 est intervenue le 31 octobre 2018, soit dans le délai de quatre mois suivant son édiction.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen soulevé en défense et tiré de l'autorité de la chose jugée, que le département de la Seine-Saint-Denis était tenu de mettre fin aux fonctions de responsable de circonscription de protection maternelle et infantile en retirant la décision attaquée. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués, du défaut de motivation, du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation sont par suite inopérants et doivent être écartés.
I.A.2- S'agissant du non-respect de sa promesse par le département :
7. Toutefois, par son courrier en date du 27 juillet 2018 l'informant de ce que sa candidature pour le poste de responsable de circonscription PMI était retenu, le département a donné à l'intéressée des assurances qu'il n'a pas respectées, observation faite que le poste lui a été proposé par le département et que la requérante soutient, sans être contredite en défense, qu'elle a, à plusieurs reprises, notamment lors de l'entretien du 6 avril 2018 relatif à sa réintégration, signalé au département qu'elle n'avait pas le grade requis pour l'occuper. Elle produit en outre une fiche de poste et une annonce de vacance d'emploi publiée sur le site internet du département, mentionnant que le poste de responsable de circonscription PMI est ouvert aux cadres territoriaux de santé. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le département de la Seine-Saint-Denis a commis une faute de nature à engager sa responsabilité et ce sans qu'il n'y ait lieu de retenir, ainsi que le demande le département, une exonération de faute, liée à la circonstance que l'intéressée aurait dû s'informer sur le grade requis pour occuper ce poste, voire un partage de responsabilité.
I.B- En ce qui concerne les préjudices :
8. Mme C a produit plusieurs attestations circonstanciées et concordantes émanant de collègues de travail ainsi que de la directrice de l'IFSI et mentionnant que la requérante a fait l'objet d'une pression de la part du département pour rejoindre le plus rapidement possible ses nouvelles fonctions, pression qui l'a conduite à effectuer des heures supplémentaires et réduire ses congés afin de pouvoir quitter dans les meilleures conditions le poste de cadre formatrice à l'IFSI sur lequel elle était détaché, en pleine rentrée scolaire. Ces attestations mentionnent également que Mme C a été avertie par téléphone deux semaines avant la prise de poste et en réponse à un courriel dans lequel l'intéressée rappelait sa date de réintégration, de la renonciation par le département à sa décision de la réintégrer sur un poste de responsable de circonscription PMI. Ces mêmes attestations, ainsi que celle d'un médecin, mentionnent que Mme C a été profondément affectée par cette renonciation brutale de l'administration à sa promesse. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'il ressort de certificats médicaux que la requérante faisait l'objet d'une pris en charge psychologique pour un syndrome anxio-dépressif depuis novembre 2017, le lien de causalité entre la faute de l'administration, qui n'a pu qu'aggraver cet état de santé fragile, et le préjudice moral invoqué par la requérante, est suffisamment établi. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 500 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander la condamnation du département de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme 1 500 euros au titre du préjudice moral subi pour non-respect de la promesse tenue.
II.- Sur la capitalisation des intérêts :
10. Mme C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 15 juillet 2019, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le département de la Seine-Saint-Denis. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 15 novembre 2019, lors de l'introduction de la requête. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 juillet 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
III. Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, le versement à Mme C de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de la Seine-Saint-Denis est condamné à verser à
Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre du préjudice moral subi en raison du non-respect de sa promesse, avec intérêts au taux légal à compter du 15 juillet 2019. Les intérêts échus à la date du 15 juillet 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune des dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : Le département de la Seine-Saint-Denis versera à Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des frais liés à l'instance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.
Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. DLa greffière,SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026