lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1914111 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BARROIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2019, et un mémoire, enregistré le 16 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Barrois, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 octobre 2019 par laquelle le département de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner le département de la Seine-Saint-Denis à lui verser une somme 100 000 euros, assorties des intérêts légaux et de la capitalisation des intérêts, en réparation de préjudices résultant des conditions de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance ;
3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis le versement d'une somme de 2 400 euros au bénéfice de Me Barrois, en application des dispositions combinées de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les services de l'aide sociale à l'enfance ont commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'ils ne sont pas allés au terme de la procédure normale afin de permettre à un enfant dont plus aucun parent n'est apte à le prendre en charge, de bénéficier de la qualité de pupille de l'Etat, occasionnant pour lui une perte de chance de faire l'objet d'une adoption ;
- le département ne saurait justifier le défaut d'accomplissement de cette démarche administrative par le prétendu intérêt dont son père aurait témoigné de manière continue à l'égard de ses enfants alors que cet intérêt était à géométrie variable, comme en témoignent les conditions de leur prise en charge entre 1965 et 1967, et était motivé par le souci de préserver son image auprès de sa famille et de ses proches ;
- la circonstance qu'il ait lui-même demandé à quitter sa famille d'accueil pour rejoindre son père en Algérie ne pouvait davantage être déterminante, comme le démontre le développement ultérieur de sa relation avec son père et le refus d'un mariage arrangé ;
- la circonstance qu'il conservait des liens avec sa sœur accueillie dans une famille résidant dans le village voisin n'était pas de nature à faire obstacle à un projet d'adoption, les deux enfants pouvant être accueillis dans la même famille ;
- le département n'est pas fondé à soutenir que l'octroi du statut de pupille de l'Etat n'implique pas automatiquement l'adoption de l'enfant en se fondant sur des données de l'année 2017, soit 40 ans après les faits ;
- la responsabilité sans faute du département pour rupture d'égalité devant les charges publiques est également engagée dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'un meilleur traitement de son dossier par les agents de l'aide sociale à l'enfance afin qu'il soit adoptable et obtienne le statut de pupille de l'Etat, ces insuffisances traduisant une rupture d'égalité de traitement par rapport à d'autres enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance, qui lui a causé des préjudices présentant un caractère anormal et spécial ;
- il n'a pas pu bénéficier des avantages liés à l'adoption et a dû subir la vie en orphelinat puis dans des familles d'accueil, lui occasionnant des troubles dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral, alors qu'il a dû subir les remarques désobligeantes de la part des assistantes familiales, qu'il n'a pas bénéficié d'une prise en charge médicale suffisante et que ces conditions de vie lui ont causé des traumatismes et séquelles psychologiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2020, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient :
- qu'aucune faute dans l'accompagnement administratif et éducatif de M. B n'est établie, l'intéressé ne pouvant notamment imputer aux services de l'aide sociale à l'enfance des décisions prises après sa majorité ;
- les préjudices allégués ne sont pas établis ;
- quand bien même ces préjudices seraient démontrés, ils ne peuvent être regardés comme imputables à l'action ou aux carences des services de l'aide sociale à l'enfance.
Les parties ont été informées, par courrier du 12 juin 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de l'action indemnitaire présentée par M. B.
Par un mémoire enregistré le 16 juin 2023, M. B, représentée par Me Barrois, a présenté ses observations suite à la communication d'un moyen d'ordre public.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
- le code civil et notamment ses articles 375 et suivants ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 66-500 du 11 juillet 1966 portant réforme de l'adoption ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, notamment son article 75-I ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lacaze, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 7 octobre 1958 à Elbeuf (Seine-Maritime), et sa sœur ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance de l'Aube où ils résidaient, avant d'être récupérés par leur père au mois d'octobre 1965, puis d'être à nouveau placés à l'aide sociale à l'enfance en Seine-Saint-Denis au cours du mois de mars 1967. Maintenus à l'aide sociale à l'enfance par décision du juge des enfants, durant l'incarcération de leur père après que celui-ci a envisagé leur rapatriement auprès de lui en Algérie, où il a été expulsé par arrêté du 18 septembre 1968, le juge des enfants a prononcé la déchéance de la puissance paternelle du père de M. B sur ce dernier ainsi que ses trois frères et sœurs par un jugement du 26 février 1969, et a délégué ces droits à l'aide sociale à l'enfance en vue de l'exercice de la tutelle sur ces quatre enfants mineurs. Par un arrêt du 3 décembre 1969, la Cour d'appel de Paris a réformé partiellement ce jugement en prononçant seulement le retrait du droit de garde sur ses quatre enfants et délégant ce droit à l'aide sociale à l'enfance. Le père de M. B a ensuite été débouté en 1977 de sa demande de restitution de son droit de garde sur ses deux enfants. M. B est resté sous la garde de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, qu'il a atteinte le 7 octobre 1976. Par la présente requête, M. B demande la condamnation du département de la Seine-Saint-Denis en réparation de préjudices résultant des conditions de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. D'une part, la demande d'un majeur en réparation du préjudice que lui aurait causé, pendant sa minorité, les manquements des services de l'aide sociale à l'enfance dans l'exercice de la mission de tutelle qui lui a été confiée par le juge judiciaire, s'agissant notamment de l'accompagnement de ses démarches administratives, est relative aux conditions d'exercice de la tutelle et concerne un droit qui relève essentiellement du droit civil.
3. D'autre part, à supposer que le fait pour le service de l'aide sociale à l'enfance, auprès duquel un mineur a été placé par le juge des enfants, de ne pas avoir accompli avant sa majorité des démarches administratives dans son intérêt, notamment en vue de son immatriculation comme pupille de l'Etat, soit constitutif d'une faute, celle-ci n'est pas détachable des obligations que le service de l'aide sociale à l'enfance assume, le cas échéant, dans l'exercice de la mission d'assistance éducative qui lui a été confiée par le juge judiciaire sur ce mineur. Il en résulte qu'il appartient à la juridiction de l'ordre judiciaire de connaître l'action en réparation d'une telle faute.
4. Il suit de là que la demande de M. B, qui a bénéficié pendant sa minorité d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance dans les conditions mentionnées au point 1, tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute du département de la Seine-Saint-Denis à raison des conditions de cette prise en charge, doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître. En outre, si le requérant se prévaut également de la " responsabilité sans faute " de l'administration pour rupture d'égalité devant les charges publiques, ses allégations à ce titre se fondent en réalité sur les insuffisances des services de l'aide sociale à l'enfance qui auraient dû selon lui procéder à un meilleur traitement de son dossier afin de faciliter son adoption et relèvent ainsi également du juge judiciaire.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais de l'instance soit mise à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme présentée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience publique du 19 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Myara, président,
- Mme Parent, première conseillère,
- M. Lacaze, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
Le rapporteur,
L. LacazeLe président,
A. Myara
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1914111
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026