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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2000021

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2000021

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2000021
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantBATAILLON - SOCIETE D AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2020, la société à responsabilité limitée (SRL) Saitel de droit italien, représentée par Me Bataillon, demande au tribunal de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015.

Elle soutient que :

- la procédure de taxation d'office n'est pas justifiée en tant qu'elle porte sur des ventes de téléphones d'occasion ;

- elle n'a jamais eu accès aux renseignements obtenus auprès des tiers en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- l'administration n'a pas répondu à toutes ses observations en date du 17 octobre 2016 ;

- l'administration méconnaît les principes de souveraineté et d'indépendance fiscale dès lors que les règles relatives au registre des objets mobiliers d'occasion relèvent de la compétence exclusive des Etats membres de l'Union et que l'administration ne peut écarter les registres de biens d'occasion qu'elle tient conformément au droit italien au motif qu'ils ne respecteraient pas les dispositions des articles 321-7 et R. 321-3 et du code pénal français ;

- elle bénéficie d'une présomption quant à la nature des biens vendus sur les plateformes en ligne quand leur livraison est soumise au régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge bénéficiaire en Italie ;

- elle établit avoir vendu des téléphones d'occasion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2020, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,

- les conclusions de M. Noël, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Saitel, dont le siège est en Italie, exerce une activité de vente de téléphones à destination d'acheteurs français sur des plateformes de vente en ligne. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période courue du 1er janvier 2013 ou 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification en date du 12 septembre 2016 et après avoir mis en œuvre la procédure de taxation d'office prévue aux articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales, l'administration a mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 pour un montant de 1 069 241 euros, en droits, intérêts de retard et majoration. Par la présente requête, la société Saitel demande la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge en tant que ces rappels portent, selon elle, sur des livraisons de biens d'occasion soumises au régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévu au 1° du I de l'article 297 A du code général des impôts, et sont, par suite, imposables en Italie en application du III de l'article 258 B du même code.

2. Aux termes de de l'article 258 B du code général des impôts alors applicable : " I.-Par dérogation aux dispositions du I de l'article 258, est réputé se situer en France : 1° Le lieu de la livraison des biens meubles corporels, autres que des moyens de transport neufs, des alcools, des boissons alcooliques, des huiles minérales et des tabacs manufacturés, expédiés ou transportés en France à partir d'un autre Etat membre de la Communauté européenne, par le vendeur ou pour son compte, lorsque la livraison est effectuée à destination d'une personne bénéficiant de la dérogation prévue au 2° du I de l'article 256 bis ou à destination de toute autre personne non assujettie. Le montant de ces livraisons effectuées par le vendeur à destination de la France doit avoir excédé, pendant l'année civile en cours au moment de la livraison ou pendant l'année civile précédente, le seuil de 100 000 € hors taxe sur la valeur ajoutée. Cette condition de seuil ne s'applique pas lorsque le vendeur a opté, dans l'Etat membre où il est établi, pour que le lieu de ces livraisons se situe en France. () III. Les dispositions du I et du II ne sont pas applicables aux livraisons de biens d'occasion () effectuées par un assujetti revendeur qui a appliqué dans l'Etat membre de départ de l'expédition ou du transport du bien les dispositions de la législation de cet Etat prises pour la mise en oeuvre des articles 312 à 325 ou 333 à 341 de la directive 2006 / 112 / CE du Conseil, du 28 novembre 2006 ".

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". En l'espèce, la société requérante soutient que la procédure de taxation d'office n'est pas justifiée en tant qu'elle porte sur des ventes de téléphones d'occasion. Toutefois, il résulte de l'instruction que toutes les livraisons de téléphones à destination de la France portent sur des téléphones neufs, ainsi qu'exposé au point 9, et que les montants de ces livraisons excèdent le seuil prévu au 1° du I de l'article 258 B du code général des impôts. Par suite, ces opérations étaient imposables en France. Dès lors qu'il est constant que la société requérante n'a déposé aucune déclaration en qualité de redevable de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période en litige, le moyen tiré de ce que la procédure de taxation d'office aurait été mise en œuvre à tort pour certaines ventes doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la société Saitel soutient que l'administration n'a pas répondu à tous les arguments qu'elle a développés dans ses observations présentées le 17 octobre 2016. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, c'est à juste titre que le service a taxé d'office la société requérante, il n'était pas tenu de répondre aux observations de la contribuable, ce que rappelle d'ailleurs la réponse, en date du 25 novembre 2016, auxdites observations, l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne trouvant application qu'en cas de procédure de rectification contradictoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la réponse de l'administration en date du 25 novembre 2016 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". En application de cette disposition, il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre aux intéressés de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Cette obligation ne s'impose à l'administration que pour les renseignements effectivement utilisés pour fonder les rectifications.

6. En l'espèce, la proposition de rectification du 12 septembre 2016 présente la teneur et l'origine des informations que l'administration fiscale a obtenues grâce au droit de communication exercé auprès de plusieurs plateformes de vente en ligne, à savoir la FNAC, C Discount, PriceMinister en avril, mai et juin 2016, avec une précision suffisante pour permettre à la société Saitel de demander que les documents contenant ces renseignements soient mis à sa disposition. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait sollicité la communication des documents contenant les renseignements recueillis avant la mise en recouvrement en date du 16 décembre 2016. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, à le supposer soulevé, doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

7. En premier lieu, la société Saitel soutient que l'administration méconnaîtrait les principes de souveraineté et d'indépendance fiscale dès lors que les règles relatives au registre des objets mobiliers d'occasion relèvent de la compétence exclusive des Etats membres de l'Union et que l'administration ne peut écarter les registres de biens d'occasion qu'elle tient conformément au droit italien au motif qu'ils ne respecteraient pas les dispositions des articles 321-7 et R. 321-3 et du code pénal français. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait fait application du code pénal français dans le cadre de la procédure de rectification visant la requérante.

8. En deuxième lieu, si la société soutient qu'elle bénéficie d'une présomption quant à la nature des biens vendus sur les plateformes en ligne quand leur livraison est soumise au régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge en Italie, l'intéressée a, en tout état de cause, régulièrement fait l'objet d'une procédure de taxation d'office en l'absence de toute déclaration de taxe sur la valeur ajoutée en France au titre de la période en litige.

9. En troisième lieu, la société requérante soutient qu'elle vend majoritairement des téléphones d'occasion sur les plateformes de vente en ligne, ainsi qu'il résulte des mentions relatives à des téléphones " débloqués " ou " compatibles tous opérateurs " sur les registres des biens d'occasion, annonces et factures de vente, des commentaires attachés aux annonces de vente des téléphones mentionnant " comme neuf " ou " occasion ", des registres de biens d'occasion qui présentent un caractère probant malgré l'absence du numéro de série unique des téléphones et les discordances mineures, consécutives à une conversion de fichier, entre les deux versions communiquées à l'administration, mais également des reçus de vente, sous offre promotionnelle permettant un échange ultérieur, de téléphones neufs en Italie. En outre, en se fondant notamment sur son grand livre des comptes fournisseurs, les factures d'achat des téléphones ainsi que des reçus de vente de téléphones neufs en en Italie, l'intéressée présente une modélisation de son cycle commercial, qui consiste, après une première vente en Italie des téléphones puis un rachat, à les revendre d'occasion sur des plateformes de vente en ligne, ainsi que le démontrerait notamment le nombre de téléphone neufs achetés à ses fournisseurs, inférieur au nombre de ses ventes, un certain nombre de téléphones étant vendus à deux reprises, une première fois neuf en Italie, une seconde fois d'occasion sur les plateformes de vente en ligne. Toutefois, il ne résulte pas des documents produits à l'instance que la société Saitel aurait vendu des téléphones d'occasion sur les plateformes de vente en ligne ni que son cycle commercial est conforme à la modélisation décrite, en l'absence d'éléments d'identification précis des téléphones permettant de vérifier que la plus grande partie de ceux livrés en France à des particuliers étaient des téléphones vendus une première fois neufs en Italie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction des rappels litigieux de taxe sur la valeur ajoutée doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Saitel est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Saitel et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

N. Syndique

Le président,

B. Auvray Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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