mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2002813 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AR CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 3 mars et 3 novembre 2020, 15 janvier et 18 mars 2021, la société JIPE, représentée par Me Delume et Me Riou (186 Avocats), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Saint-Denis à lui verser une somme de 397 657,64 euros TTC (= 341 445,64 € au titre du règlement du solde du marché d'installation et de location de bâtiments préfabriqués + 56 212 € au titre du règlement de la facture du 20 décembre 2019 demeurée impayée) ou, à titre subsidiaire, une somme de 208 016,84 euros TTC ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Elle soutient que :
- elle devait bénéficier d'une avance sur le paiement du prix, conformément à l'article 5-3-5 du CCAP, à laquelle elle n'avait pas renoncé dans l'acte de l'engagement et qui ne lui a jamais été versée ; elle est fondée à ce titre à obtenir le paiement des intérêts moratoires afférents, pour un montant de 1 637,23 euros ;
- le montant total des travaux, dont des travaux supplémentaires pour l'installation d'un coffre de coupure ENEDIS réalisés à la demande du maître d'œuvre, s'élevait à 307 587,60 euros TTC (304 779,60 euros TTC au titre de travaux prévus au contrat, inclues les options 1, 2, 3 et 7, et 2 808 euros TTC au titre des travaux supplémentaires) ;
- elle a adressé trois factures à la commune de Saint-Denis, datées des 2 août et 30 septembre 2018, et 1er mars 2019, correspondant aux états de situation n° 1, 2 et 3, pour un montant total de 307 587,60 euros TTC, qui n'ont jamais été réglées ;
- la facture n° 19120053 du 20 décembre 2019 d'un montant de 56 202 euros TTC, émise au titre du démontage des modules, n'a pas été réglée ;
- la facture pour la location des modules au mois d'octobre 2018, d'un montant de 8 772,10 euros TTC, n'a pas été réglée, alors que les enfants étaient accueillis dans les modules au cours du mois d'octobre 2018 ;
- elle n'a jamais donné son accord à la réduction forfaitaire du marché à hauteur de 200 000 euros HT opérée unilatéralement par la commune, qui n'a pas été formalisée dans un avenant, et la commune ne justifie pas du montant des travaux réalisés par les entreprises tierces ; le marché prévoyait un prix ferme faisant obstacle à toute modification unilatérale ultérieure ; le montant de 200 000 euros HT n'est pas justifié dès lors que les modules étaient hors d'air et d'eau lors du constat d'huissier le 12 octobre 2018, et que 89 % des travaux étaient exécutés ;
- le retard des travaux est dû à l'absence de paiement des factures par la commune, qui lui a interdit l'accès au chantier à compter de la fin du mois de septembre 2018 ;
- les factures correspondant aux états de situation n° 1 et 2 ont été adressées le 11 février 2019 une seconde fois à la commune, qui ne peut donc contester les avoir reçues ;
- la commune n'établit pas les paiements directs aux sous-traitants qu'elle invoque.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er octobre et 15 décembre 2020, 1er mars et 12 avril 2021, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Charvin (SELAS FIDAL), demande au tribunal de rejeter la requête de la société JIPE et de mettre à la charge de cette dernière une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Elle soutient que :
- le 28 septembre 2018, elle a constaté que nombre des prestations dévolues à la société JIPE n'étaient pas réalisées, empêchant l'accueil des enfants dans les modules ; à l'issue du délai de 15 jours de mise en demeure de réaliser les travaux, elle a dû réaliser les travaux en régie aux frais et risques de la société JIPE, en les confiant à des entreprises tierces, pour un montant total de 253 879,61 euros TTC ;
- compte tenu des carences de la société JIPE, lesquelles ont justifié le recours à des marchés de substitution pour achever les travaux, elle a procédé à une réduction du montant du marché de 200 000 euros HT ; la société JIPE a été informée de cette réduction forfaitaire de son marché le 30 octobre 2018 et, n'ayant pas formulé d'observations dans les 10 jours suivant cette notification, elle est réputée l'avoir acceptée ;
- les prestations optionnelles n° 2 et 3 n'ayant pas été réalisées, la prestation optionnelle n° 1 ne l'ayant été qu'à moitié, elle a également réduit le prix du marché de 15 200 euros HT ;
- elle a procédé au paiement direct de deux sous-traitants, pour un montant total de 64 696,89 euros TTC, les deux autres pour lesquels un paiement direct avait été demandé (pour un montant de 34 400 euros HT) n'étant pas intervenus sur le chantier ;
- au mois de février 2020, le démontage des modules n'était pas achevé ;
- elle n'a pas reçu la facture correspondant à l'état de situation n° 2 ; l'état de situation fait état d'un avancement de 100 % des VRD et du montage des modules, et plus largement des prestations dues au titre de l'installation des bâtiments, alors que 30 % des aménagements intérieurs, 50 % du traitement coupe-feu et 100 % des peintures extérieures restaient à réaliser ; elle n'a pas reçu l'avoir établi par la société JIPE le 10 septembre 2018 ; en tout état de cause, le non-paiement dans les délais d'une facture par l'acheteur public ne permet pas à l'attributaire de refuser d'exécuter le marché ;
- elle a suspendu le paiement de la facture correspondant à l'état de situation n° 3 du mois d'octobre 2018, qui faisait état d'une réalisation des travaux à hauteur de 100 %, en contradiction totale avec ses constatations et celles de l'huissier ;
- en tenant compte de la réduction forfaitaire du marché d'un montant de 200 000 euros, du paiement direct de sous-traitants pour un montant de 105 553,19 euros et de la réduction du prix du marché de 15 200 euros HT en raison de la non-réalisation de certaines options, la somme à régler à la société JIPE ne pourrait être que de 20 950,84 euros HT ; cette somme n'est toutefois pas due à la société, qui n'a pas correctement exécuté le marché, ce qui a rendu nécessaire le recours à des entreprises tierces et entraîné un surcoût ;
- la demande au titre de la facture n° 19120053 du 20 décembre 2019, d'un montant de 56 202 euros, constitue une demande nouvelle en cours d'instance et est irrecevable ;
- elle n'a pas fermé l'accès au chantier à la société JIPE à la fin du mois de septembre 2018 ;
- les travaux n'ayant été achevés que le 31 octobre 2018, par les entreprises tierces, aucune somme n'est due au titre de la location des modules pour le mois d'octobre 2018 ; les constatations de l'huissier à la date du 12 octobre 2018 attestent que l'accueil des enfants était impossible ;
- la société JIPE avait renoncé au bénéfice d'une avance, elle n'est donc pas fondée à demander le versement d'intérêts moratoires au titre du paiement tardif de celle-ci.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, modifié par arrêté du 3 mars 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Mathieu, rapporteure publique,
- les observations de Me Deliume, représentant la société JIPE,
- les observations de Me Charvin, représentant la commune de Saint-Denis.
Considérant ce qui suit :
1. Afin de réaliser des travaux d'extension et de rénovation du groupe scolaire DIEZ MADIGOU SAINT-LEGER, la commune de Saint-Denis (93) a eu besoin de recourir, le temps de l'opération, à une solution d'accueil de loisirs provisoire. Dans le cadre d'un accord-cadre multi-attributaire pour l'installation et la location de bâtiments préfabriqués, la commune de Saint-Denis a notifié à la société JIPE, par un acte d'engagement du 26 février 2018, l'attribution du marché subséquent. Le marché comportait une tranche ferme à prix forfaitaire pour, d'une part, l'étude et les travaux d'installation des préfabriqués et, d'autre part, leur location pour douze mois, ainsi qu'une tranche optionnelle pour la location de l'installation pour une durée supplémentaire de six mois, et quatre prestations supplémentaires (n° 1, 2, 3 et 7) sur les huit envisagées initialement, pour un montant total de 33 024 euros TTC. Le montant total du marché au titre de la tranche ferme s'élevait à la somme de 410 044,84 euros TTC, dont 304 779,60 euros TTC au titre des études et des travaux, options incluses. Les travaux devaient durer quatre mois, suivis d'une location de douze mois des préfabriqués à compter du mois de septembre 2018.
2. Toutefois, confrontée à la défaillance du titulaire du marché, par un courrier du 26 septembre 2018, la commune a mis en demeure la société JIPE d'exécuter l'ensemble des prestations prévues au marché dans un délai de 15 jours. Par un courrier du 9 octobre 2018, la commune a convoqué le représentant de la société JIPE à une réunion de " constatation de fin de chantier " le 12 octobre suivant, pour faire constater la défaillance de la société JIPE dans la réalisation des travaux par un huissier de justice. Par un courrier du 30 octobre 2018, la commune a informé la société JIPE qu'elle mettait fin à son intervention sur site et qu'elle prenait elle-même en charge les prestations manquantes afin de pouvoir accueillir les enfants à compter de la rentrée du 5 novembre 2018.
3. C'est dans ce contexte que, le 3 décembre 2019, la société JIPE a adressé à la commune un document intitulé " décompte général " sur lequel figurait un solde en sa faveur de 341 445,64 euros TTC. Le même jour, elle a adressé à la commune un mémoire en réclamation en demandant le paiement de cette somme. Par la présente requête, la société JIPE demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Denis à lui verser une somme de 397 657,64 euros TTC (= 341 445,64 € au titre du solde du marché + 56 212 € au titre du règlement de la facture du 20 décembre 2019 demeurée impayée) ou, à titre subsidiaire, une somme de 208 016,84 euros TTC.
Sur la demande de règlement du solde du marché d'un montant de 341 445,64 euros TTC (= 304 779,60 euros au titre des prestations initiales d'étude et de travaux + 2 808 € au titre de travaux supplémentaires + 8 772,10 € au titre de la location des modules pour le mois d'octobre 2018 + 25 085,94 euros au titre des intérêts moratoires afférents au paiement tardif des acomptes et de l'avance) :
En ce qui concerne la demande de paiement des prestations initiales d'études et de travaux pour un montant de 304 779,60 euros TTC :
4. La société JIPE demande, s'agissant des prestations initiales d'études et de travaux, le paiement du prix du marché, prestations optionnelles incluses, pour un montant de 304 779,60 euros TTC. Ainsi que le reconnaît la commune, on peut estimer qu'entre 30 et 60 % des prestations prévues ont été réalisées par le titulaire du marché ou ses sous-traitants avant sa défaillance et la conclusion de marchés de substitution - prestations ouvrant droit en principe à paiement du prix des travaux réalisés au profit de la société JIPE, laquelle demande à titre subsidiaire le paiement des prestations réalisées dans ces proportions.
5. En défense, toutefois, la commune de Saint-Denis fait valoir que la défaillance de la société JIPE est à l'origine d'un surcoût dont la prise en charge incombe au titulaire défaillant. Elle en déduit que, à supposer que la société JIPE ait effectivement réalisé une partie des prestations prévues, elle est exonérée de l'obligation de les lui payer, dès lors que les sommes dont elle s'est déjà acquittée au titre des travaux faisant l'objet du marché en litige excèdent d'ores et déjà le prix du marché s'il avait été exécuté dans les conditions initialement prévues par la société JIPE.
S'agissant des coûts supportés par la commune dans la réalisation des travaux :
Quant au coût supporté par la commune à la suite de la défaillance de la société JIPE résultant du recours à des entreprises tierces :
6. Il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que le maître d'ouvrage de travaux publics qui a vainement mis en demeure son cocontractant d'exécuter les prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat, dispose de la faculté de faire exécuter celles-ci, aux frais et risques de son cocontractant, par une entreprise tierce ou par lui-même. Aux termes de l'article 48 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marché de travaux : " A l'exception des cas prévus aux articles 15.2.2, 15.4 et 47.2, lorsque le titulaire ne se conforme pas aux dispositions du marché ou aux ordres de service, le représentant du pouvoir adjudicateur le met en demeure d'y satisfaire, dans un délai déterminé, par une décision qui lui est notifiée par écrit. / Ce délai, sauf pour les marchés intéressant la défense ou en cas d'urgence, n'est pas inférieur à quinze jours à compter de la date de notification de la mise en demeure. / 48.2. Si le titulaire n'a pas déféré à la mise en demeure, la poursuite des travaux peut être ordonnée, à ses frais et risques, ou la résiliation du marché peut être décidée. () ".
7. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 26 septembre 2018, la commune de Saint-Denis a mis en demeure la société JIPE d'achever les travaux sous 15 jours, après avoir constaté qu'un nombre important de prestations n'avaient pas été réalisées, telles que l'installation des derniers préfabriqués, la pose des plaques d'habillage et de revêtement des sols, les travaux d'électricité et de plomberie, les finitions diverses (pose des patères, des tableaux de classe, de la signalétique), ainsi que les prestations optionnelles contractualisées. Afin de dresser l'état des travaux restant à réaliser, elle a, par courrier du 9 octobre 2018, convoqué la société requérante à participer à une réunion contradictoire, avec l'intervention d'un huissier, le 12 octobre suivant, à laquelle la société JIPE n'a pas participé. Le constat d'huissier relève, photographies à l'appui, la présence de tuyaux et gaines d'alimentation en eaux non raccordés, de bennes à ordures, de châssis, menuiseries intérieures ou extérieures, panneaux, cloisons, escaliers métalliques non installés, l'absence d'escalier ou de rampe d'accès à la porte principale et le stockage sur le chantier de nombreux matériaux abimés. A l'intérieur des modules installés, le constat indique que " de nombreux revêtements de sol ne sont pas posés ", " l'installation électrique est inachevée avec de nombreux câbles pendants ", " aucune installation sanitaire n'est posée ou raccordée ", et relève l'absence de nombreux faux-plafonds et pièces d'habillage des panneaux, des radiateurs non installés, l'absence de garde-corps dans les escaliers et le stockage de nombreux matériels non posés. Il relève enfin la présence de trous dans les éléments extérieurs et l'absence de raccordement et/ou d'alignement entre les éléments. Dans le courrier du 26 octobre 2018, la commune de Saint-Denis informait la société JIPE qu'à défaut de s'être exécutée, elle ferait poursuivre les travaux par une ou plusieurs sociétés tierces, aux frais et risques de la société JIPE.
8. La société JIPE ne s'étant pas exécutée, la commune de Saint-Denis a dû recourir à quatre sociétés tierces, qui ont achevé les travaux le 31 octobre 2018, pour un coût total de 253 879,61 euros TTC. La société requérante ne conteste ni sa défaillance établie par les constatations de l'huissier, qui font état de l'inachèvement des travaux, alors que la facture émise au titre de l'état de situation n° 3 pour le mois d'octobre 2018 fait état d'un achèvement de ceux-ci à 100%, ni le principe ni le coût du recours aux entreprises tierces. Elle ne conteste pas plus que les travaux confiés aux autre entreprises tierces étaient strictement nécessaires à l'achèvement du marché.
Quant au coût résultant des paiements directs aux sous-traitants :
9. Il résulte de l'instruction que la société JIPE avait demandé le paiement direct de quatre sous-traitants pour un montant total de 105 553,19 euros HT, soit 126 663,82 euros TTC, ce paiement direct ayant été agréé par la commune. Cette dernière, qui indique que deux sous-traitants ne sont finalement pas intervenus sur le chantier, justifie du paiement direct aux entreprises Thibault Flandres Artois et Bentin, pour un montant total de 64 696,89 euros TTC, qui doit être déduit de la rémunération à laquelle pourrait prétendre la société JIPE.
10. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Denis établit avoir effectivement exposé la somme totale de 318 576,50 euros (= 253 879,61 euros TTC + 64 696,89 euros TTC), versée aux entreprises tierces et aux sous-traitants.
S'agissant du prix du marché que la commune aurait acquitté s'il avait été normalement exécuté par la société JIPE :
11. Il résulte de l'instruction que les parties ont convenu, lors d'une réunion du 16 octobre 2018, qu'une partie des prestations optionnelles figurant dans l'acte d'engagement ne serait pas réalisées (50% de l'option 1 et la totalité des options 2 et 3), pour un montant total de 18 240 euros TTC. La société requérante ne conteste pas ce point et ne justifie pas avoir réalisé les prestations en question, lesquelles n'ont pas non plus été confiées aux entreprises tierces. Dans ces conditions, en tenant compte du renoncement des parties à ces options, le montant total du marché, en ce qui concerne les études et travaux (hors location des modules), s'élevait à la somme de 286 539,60 euros TTC (= 304 779,60 euros TTC - 18 240 euros TTC).
S'agissant de l'existence d'un surcoût pour la commune résultant de la défaillance de la société JIPE :
12. Il résulte de ce qui précède que l'inexécution fautive de la société JIPE, rendant nécessaire le recours à des entreprises tierces pour faire achever les travaux, a déjà généré un surcoût pour la commune, correspondant à la différence entre, d'une part, la somme du marché de substitution et des sommes versées en paiement direct aux sous-traitants (= 253 879,61 euros TTC + 64 696,89 euros TTC soit 318 576,50 euros) et, d'autre part, le montant du marché s'il avait été exécuté normalement par la société JIPE (286 539,60 euros TTC).
13. Dès lors que, sans même inclure le prix des prestations d'études et de travaux que la société JIPE aurait le cas échéant effectivement réalisées avant sa défaillance, le montant total des sommes versées aux entreprises tierces et aux sous-traitants (= 253 879,61 euros TTC + 64 696,89 euros TTC soit 318 576,50 euros) est déjà, à lui seul, supérieur au montant prévu du marché (286 539,60 euros TTC) et que la commune serait fondée à réclamer le remboursement de ce surcoût à la société JIPE, la commune est fondée à soutenir que la société requérante ne saurait réclamer une quelconque somme au titre des prestations d'étude et de travaux qu'elle aurait le cas échéant effectivement réalisées avant sa défaillance et au paiement desquelles elle pourrait en principe prétendre, sous peine d'alourdir encore le surcoût supporté par la commune et incombant, en tout état de cause, au titulaire défaillant.
En ce qui concerne la demande de paiement des travaux supplémentaires pour un montant de 2 808 euros TTC :
14. La société JIPE demande le paiement d'une somme de 2 808 euros TTC au titre de travaux supplémentaires relatifs à l'installation d'un coffret de coupure ENEDIS. Si la société se réfère à l'ordre de service n°1, celui-ci ne fait pas état de travaux supplémentaires, mais mentionne simplement le démarrage des travaux relatifs à ce coffret. En outre, la prestation d'installation d'armoires électriques, terre et raccordement figure dans l'acte d'engagement. Faute pour la société d'établir que les travaux en cause constituent des travaux supplémentaires et non des travaux inclus dans le prix global et forfaitaire, sa demande sera rejetée.
En ce qui concerne la demande de paiement au titre de la location des modules pour le mois d'octobre 2018 (8 772,10 euros) :
15. Selon les termes du marché, la location des modules, permettant l'accueil des enfants, devait commencer à l'achèvement des travaux, initialement au mois de septembre 2018. Il résulte toutefois de l'instruction que les travaux n'ont été achevés que le 31 octobre 2018. Par conséquent, compte-tenu des retards d'exécution des travaux, l'accueil des enfants n'a pu commencer qu'à la rentrée de novembre. Dans ces conditions, la société JIPE n'est pas fondée à demander le paiement d'une quelconque somme au titre de la location des modules pour le mois d'octobre 2018 au cours duquel les enfants n'ont pu être accueillis.
En ce qui concerne la demande de paiement des intérêts moratoires afférents à l'avance et aux acomptes versés tardivement (25 085,94 euros) :
16. La société demande une somme de 25 085,94 euros au titre des intérêts moratoires, correspondant à 23 448,71 euros au titre des retards de paiement des factures correspondant aux états de situation 1, 2 et 3, et 1 637,23 euros au titre du retard de paiement d'une avance à laquelle elle estime qu'elle avait droit.
S'agissant du paiement de l'avance (1 637,23 euros) :
17. Il résulte de l'instruction que dans l'acte d'engagement, la société avait refusé le bénéfice d'une avance. Elle n'est donc pas fondée à demander des intérêts moratoires au titre du retard de paiement de celle-ci.
S'agissant du paiement des acomptes (23 448,71 euros) :
18. Une première facture a été émise par la société JIPE le 2 août 2018, correspondant au premier état de situation, pour un montant de 87 015,36 euros TTC, avant de faire l'objet d'une rectification par l'émission d'un " avoir " d'un montant de 38 061,84 euros TTC le 10 septembre 2018. Le montant des travaux ainsi facturés au titre du premier état de situation s'élève à 48 953,52 euros TTC. Il résulte de l'instruction qu'une somme de 38 871,55 euros a été réglée directement au sous-traitant de la société requérante, la société Thibault Flandres Artois. La société estime donc qu'elle aurait pu prétendre, au titre de cette facture, au paiement de la somme de 10 083,97 euros et que, faute pour la commune de lui avoir réglé cette somme, elle est fondée à obtenir le versement d'intérêts moratoires. Toutefois, si la ville a bien reçu la facture initiale du 2 août 2018, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait reçu la facture rectifiée ou " avoir " lors de son émission ou le 11 février 2019, lorsque la facture initiale du 2 août 2018 a été renvoyée à la commune. Par suite, aucun intérêt n'est dû à raison du retard de paiement de cet acompte.
19. Une deuxième facture, datée du 30 septembre 2018, a été émise par la société requérante, pour un montant de 122 067,60 euros TTC, correspondant à l'état de situation n° 2. Cependant, alors que le 26 septembre 2018, constatant le retard pris par la société JIPE pour l'avancement de ses travaux, la ville l'avait mise en demeure d'achever les travaux, en procédant notamment à l'installation des derniers préfabriqués, aux finitions extérieures et intérieures, à la pose des revêtements de sol, aux travaux de plomberie et d'électricité, et aux options définies au contrat, l'état de situation joint à la facture fait notamment état des prestations de pose et de montage des modules réalisées à 100%, en contradiction avec les observations de la commune du 26 septembre 2018, non sérieusement contestées. Compte-tenu des constatations de l'expert du 12 octobre 2012, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de situation n° 2 établi par la société JIPE correspondait à la réalité des travaux effectués, justifiant la demande d'acompte telle que présentée le 30 septembre 2018.
20. Il en va de même de la troisième facture établie par la société requérante le 1er mars 2019, correspondant à l'état de situation n° 3, faisant état d'une réalisation intégrale de l'ensemble des prestations du marché à l'exception du démontage des modules, qui ne reflétait nullement l'avancement des travaux que la société JIPE avait elle-même réalisés. Faute pour la société requérante d'établir de façon certaine qu'elle avait effectivement réalisé les travaux pour lesquels elle avait présenté une demande d'acompte, elle n'est pas fondée à demander le paiement d'intérêts moratoire au titre du paiement tardif de ceux-ci.
Sur la demande de règlement de la facture du 20 décembre 2019 relative au démontage des modules pour un montant de 56 212 euros :
21. La société JIPE demande le paiement de la prestation de démontage des modules, grutage retour et transport retour, pour un montant total de 56 212 euros TTC, et produit une facture du 20 décembre 2019 d'un montant au demeurant différent de 56 202 euros. Outre le fait que les modules n'ont été désinstallés qu'au mois de février 2020, postérieurement à l'émission de la facture, il résulte de l'instruction qu'à la date du 14 février 2020, la prestation n'avait pas été intégralement réalisée, et la société JIPE ne justifie pas avoir achevé la prestation ultérieurement. En tout état de cause, les prestations de démontage des modules, grutage retour et transport retour figuraient parmi les prestations de base d'études et de travaux du marché, dont le prix avait été forfaitairement fixé, et, ainsi qu'il a été dit au point 13, aucune somme n'est due par la commune de Saint-Denis au titre de ces prestations. La demande de paiement présentée par la société JIPE au titre du démontage des modules doit, par suite, être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Denis sur ce point.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société JIPE au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société JIPE la somme demandée par la commune de Saint-Denis au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société JIPE est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société JIPE et à la commune de Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
N. B
Le président,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
S. Séguéla
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026