vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2003987 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 avril 2020 et 2 novembre 2021,
Mme B D, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence gardé par la commune de A sur sa demande indemnitaire en date du 7 janvier 2020, réceptionnée en mairie le 8 suivant ;
2°) de condamner la commune de A à lui verser la somme de 10 000 euros de dommages-intérêts avec intérêts et capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de cette même commune une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne les fautes :
- la commune de A a commis une faute en ne lui proposant pas le 25 juin 2018, un contrat à durée indéterminée, en méconnaissance des dispositions de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- les contrats qu'elle a signés entre le 21 novembre 2007 et le 14 juin 2017 avec la commune de A sont illégaux dès lors qu'ils mentionnent être conclus pour pourvoir à un besoin occasionnel, un accroissement saisonnier, une vacance d'emploi ou l'indisponibilité d'un agent alors qu'elle a été recrutée pour pourvoir un emploi permanent ;
- enfin les contrats signés les 30 juillet 2012 et 18 juillet 2013 sont également illégaux dès lors qu'ils dépassent la durée maximale de six mois fixée par l'alinéa 3 de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984.
En ce qui concerne les préjudices :
- elle a subi un préjudice lié à a perte d'une chance de conclure un contrat à durée indéterminée ;
- elle a subi un préjudice lié à l'atteinte à son " statut de contractuel " ;
- elle a subi des troubles dans les conditions d'existence ;
- elle a subi un préjudice moral ;
- il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en les fixant à la somme globale de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai et 12 novembre 2021, le dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de A, représentée par Me Vielh, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de A fait valoir qu'aucune faute n'a été commise et qu'aucun préjudice n'est caractérisé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- les observations de Me Degirmenci, substituant Me Vielh, représentant la commune de A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été recrutée par la commune de A en qualité d'animatrice , par plusieurs contrats à durée déterminée, d'abord de façon discontinue et à temps non complet du , puis de façon continue à temps non complet du , enfin de nouveau de façon continue mais à temps complet du . Par un courrier du 25 juin 2018, le maire de A lui a proposé la signature d'un nouveau contrat d'une durée d'un an pour la période du , ce qu'elle a refusé par un courrier en date du 1er juillet 2018. Par une demande indemnitaire en date du 7 juillet 2020, réceptionnée en mairie le 8 juillet suivant, la requérante a réclamé à la commune de A le versement de la somme globale de 10 000 euros de dommages-intérêts au titre du préjudice subi lié à la perte d'une chance de conclure un contrat à durée indéterminée, de celui lié à l'atteinte à son " statut de contractuel ", des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral subis. Une décision implicite de rejet est née le 8 septembre 2020, dont la requérante demande l'annulation, ainsi que le versement de la somme globale de 10 000 euros en réparation des préjudices énumérés ci-dessus.
I- Sur les conclusions aux fins d'annulation et indemnitaires :
I.A- En ce qui concerne les fautes :
I.A.1- S'agissant de l'absence de proposition d'un contrat à durée indéterminée :
2. Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : /1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; /2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; /3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; /4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; /5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. /Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. /Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".
3. Mme D soutient que l'ensemble des contrats qu'elle a conclus avec la commune de A entre le 2017, sur le fondement des dispositions des articles 3, 3-1 ou 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 doivent être requalifiés en des contrats conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-3 de cette même loi dès lors qu'ils avaient pour finalité de pourvoir un emploi permanent, de telle sorte que, totalisant une ancienneté de plus de six ans, elle devait en application des dispositions finales de ce dernier article, se voir proposer par l'administration un contrat à durée indéterminée. La circonstance qu'elle ait été employée sur le même emploi de façon continue à temps non complet du , puis , laisse présumer qu'elle occupait un emploi permanent pendant ces périodes. En outre, l'administration ne produit aucun élément qui permettrait d'établir le contraire. Dès lors, en l'état de l'instruction, il y a lieu de considérer que Mme D occupait un emploi permanent du . Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, ni du reste n'est soutenu par la requérante, qu'elle remplirait l'une des cinq conditions posées par l'article 3-3 du 26 janvier 1984, de telle sorte qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions finales de cet article qui obligent l'administration à proposer un contrat à durée indéterminée lorsque l'agent cumule au moins six ans d'ancienneté. Il s'ensuit qu'aucune faute n'est caractérisée.
I.A.2- S'agissant des fautes liées à l'illégalité des contrats conclus :
4. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, en l'état de l'instruction, il y a lieu de considérer que Mme D occupait un emploi permanent du . Dès lors les contrats qu'elle a signés les , sont illégaux en ce qu'ils mentionnent qu'ils ont été conclus sur le fondement des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 pour répondre à un besoin occasionnel, sur le fondement de l'alinéa 3 de ce même article pour faire face à un accroissement saisonnier d'activité, sur le fondement de l'article 3-1 de cette même loi en raison de l'indisponibilité d'un agent ou de son article 3-2 pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire.
5. En second et dernier lieu, les contrats signés les sont au surplus illégaux dès lors que conclus pour faire face à un accroissement saisonnier, ils l'ont été pour une durée d'un an, en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 3 de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984.
I.B- En ce qui concerne les préjudices :
I.B.1- S'agissant de la perte d'une chance de conclure un contrat à durée indéterminée :
6. En l'absence de faute de l'administration, les conclusions indemnitaires liées à la perte d'une chance de conclure un contrat à durée indéterminée doivent être rejetées.
I.A.2- S'agissant de l'atteinte au " statut de contractuel " :
7. Alors qu'il n'existe pas de " statut de contractuel " et que la requérante se borne à se prévaloir d'un préjudice lié à l'atteinte à ce statut, sans plus de précisions permettant au juge d'en apprécier la portée ni d'éléments permettant d'en établir la réalité, ce chef de préjudice doit être écarté comme dépourvu de caractère réel et les conclusions indemnitaires liées à ce préjudice doivent être rejetées.
I.A.3- S'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence :
8. La requérante ne saurait se prévaloir d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence liés au préjudice résultant de la perte d'une chance de signer un contrat à durée indéterminée dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, aucune faute n'a été commise par l'administration en ne proposant pas un tel contrat à Mme D. Par ailleurs, en admettant que la requérante ait entendu se prévaloir d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence liés aux illégalités des contrats qu'elle a conclus, ces illégalités ne sont pas de nature, à elles seules, à ouvrir à Mme D le droit à être indemnisée dès lors que la requérante ne démontre pas en quoi elles lui auraient causé un préjudice. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires liées à ces chefs de préjudices doivent également être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
II- Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D réclame au titre des frais liés à l'instance. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme D le versement de la somme demandée par la commune de A au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de A, présentées sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la commune de A.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. ELa greffière,SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026