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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2004603

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2004603

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2004603
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ARVIS & KOMLY-NALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 mai 2020, le 13 avril 2022 et le 8 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par Pôle emploi sur sa demande formulée le 30 décembre 2019 tendant à ce que lui soit accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui verser la somme de 75 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et de leur capitalisation ;

3°) d'enjoindre à Pôle emploi de lui accorder la protection fonctionnelle et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les fautes imputables à Pôle emploi :

- Pôle emploi a commis des fautes compte tenu de la situation de harcèlement moral, ou à défaut, du fait des agissements abusifs, ayant porté atteinte à son intégrité, et du dépassement fautif du pouvoir hiérarchique ;

- Pôle emploi a commis une faute en la privant des formations auxquelles elle avait droit ;

- Pôle emploi a commis une faute caractérisant un manquement à son obligation de préservation de l'état de santé de ses agents compte tenu des difficultés d'aménagement de son poste ;

- Pôle emploi a commis une faute dès lors qu'elle l'a discriminée à raison de son handicap ;

- Pôle emploi a commis une faute compte tenu de l'illégalité des sanctions dont elle a fait l'objet ;

En ce qui concerne les préjudices subis :

- elle a subi un préjudice moral et d'atteinte portée à sa réputation professionnelle qui doit être évalué à la somme de 30 000 euros ;

- elle a subi un préjudice de santé qui doit être évalué à la somme de 20 000 euros ;

- elle a subi un préjudice de carrière qui doit être évalué à la somme de 15 000 euros ;

- elle a subi un préjudice du fait de l'atteinte portée à son état de santé, à son état moral, et à sa réputation et par l'illégalité des sanctions, qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 avril 2021, le 24 mai 2022 et le 23 juin 2022, Pôle emploi, représenté par Me Christophe Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires relatives aux périodes antérieures au 31 décembre 2014 sont frappées de prescription ;

- les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la réparation des préjudices subis à raison de l'illégalité de la décision du 1er octobre 2019 de sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux mois qui constitue un fait générateur distinct de ceux invoqués par Mme C dans sa réclamation préalable et qui n'a pas donné lieu à une liaison du contentieux sur ce point.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2008-126 du 13 février 2008 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- les observations de Me Bourgeois, substituant Me Benoît Arvis, avocat de Mme C et celles de Me Kukuryka, substituant Me Christophe Lonqueue, avocat de Pôle emploi.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, agent contractuel de droit public affectée à la direction générale de Pôle emploi Ile-de-France, . Par un courrier du 30 décembre 2019, reçu le lendemain, Mme C a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle ainsi que la réparation des préjudices subis en raison des multiples fautes commises selon elle par Pôle emploi. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par Pôle emploi sur cette demande. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle Pôle emploi a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de condamner Pôle emploi à lui verser, dans le dernier état de ses écritures, la somme de 75 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et de leur capitalisation.

Sur les conclusions tendant à la réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la décision du 1er octobre 2019 prononçant la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois :

2. La demande d'indemnisation dont Mme C demande réparation par ses conclusions présentées dans son mémoire complémentaire enregistré le 13 avril 2022 à raison de l'illégalité de la sanction du 1er octobre 2019 d'exclusion temporaire de fonction de deux mois, reconnue par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris ne saurait être regardée comme se rattachant au même fait générateur que ceux constitués par la situation de harcèlement moral, ou à défaut d'agissements abusifs, par la faute à l'avoir privée des formations auxquelles elle avait droit, par la faute caractérisant un manquement à son obligation de préservation de l'état de santé de ses agents compte tenu des difficultés d'aménagement de son poste, ainsi que par la faute tirée de la discrimination à raison de son handicap, sur le fondement desquelles elle a sollicité, dans son courrier du 30 décembre 2019, la réparation, pour le montant de la somme de 40 000 euros, de ses préjudices par Pôle emploi. Par suite, ces conclusions tendant à la réparation de préjudices ne se rattachant pas au même fait générateur que les chefs de préjudice invoqués dans la demande préalable, elles sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

S'agissant des faits de harcèlement moral :

3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais repris aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Mme C soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral lors de deux périodes spécifiques, à savoir entre février 2012, date à laquelle elle a retrouvé ses fonctions de à son retour de son congé maternité au sein du pôle et 2015, puis à compter de 2017, période à compter de laquelle elle a été affectée au service.

6. Au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, Mme C se prévaut, s'agissant de la première période, d'une mise à l'écart, du refus injustifié de formations et d'une attitude de dénigrement et d'humiliation de la part de son supérieur hiérarchique.

7. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a été mise à l'écart et qu'aucune fonction ne lui a été confiée à son retour de congé maternité et produit, à l'appui de ses allégations, des courriels datant des mois de février 2012 et avril 2012 émanant de ses supérieurs hiérarchiques lui indiquant respectivement que son supérieur hiérarchique doit donner son accord à des formations accessoires, qu'elle travaillera en binôme sur d'autres fonctions, et qu'elle va être associée régulièrement au dossier. Toutefois, si ces courriels attestent d'un certain délai à la reprise de ses fonctions antérieures au retour de son congé maternité, ils ne révèlent ni une absence de mission ni une mise à l'écart de la requérante lors de son retour de congé maternité et ne sont dès lors pas révélateurs d'agissements laissant présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

8. Si la requérante produit une lettre de ressenti collectif datant de juillet 2012 faisant état de la perte de sens ressenti, du manque de reconnaissance, du manque de confiance et de la perte d'autonomie, ainsi que d'un manque de clarté dans l'organisation du travail, cette lettre qui émane de l'ensemble des agents de son pôle et qui concerne le pôle dans son ensemble n'est pas davantage révélatrice d'agissements laissant présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

9. Mme C fait également valoir qu'en réalité elle a été cantonnée pendant 3 années à la réalisation de la tâche de mises à jour des fiches " BUDI " et produit la lettre adressée - CHSCT faisant état notamment du non-respect de sa fiche de poste et du sentiment qu'elle effectuait uniquement " des saisies ", ainsi qu'un témoignage d'une collègue indiquant qu' " elle ne se voyait confier aucun dossier en adéquation avec ses compétences ni même suite à ses requêtes auprès de la direction. Elle s'est vu refuser des formations () ". Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que les courriels précités, ainsi que celui font état de différentes missions confiées à la requérante relatives d'autre part, qu'un courriel BUDI est un " des sujets nationaux d'importance ", et enfin qu'elle était associée à certaines réunions et qu'elle avait été invitée à échanger sur les différents " items " précités. Par suite, le cantonnement allégué à son retour de congé maternité dans la réalisation de tâches sans adéquation avec ses compétences n'est pas établi.

10. Si la requérante se prévaut également de l'existence de multiples refus à ses demandes de formations et de l'attitude de dénigrement, et d'humiliation de la part de son supérieur hiérarchique, cette allégation, dont la matérialité est contestée par Pôle emploi, n'est corroborée par aucune pièce du dossier, lesquelles sont constitués de divers courriels, notamment celui du 5 décembre 2014 de son supérieur hiérarchique montrant que ce dernier n'a pas opposé de refus à ses demandes de formation pour les mois de février à avril 2015.

11. Enfin, s'il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation de son médecin traitant établie le 8 décembre 2014 et des préconisations de la médecine du travail que la souffrance psychologique de Mme C est liée à des difficultés professionnelles, cette circonstance ne saurait caractériser à elle seule une présomption de harcèlement moral, lequel se définit également par l'existence d'agissements répétés de harcèlement et d'un lien entre ces souffrances et ces agissements.

12. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de prescription quinquennale invoquée en défense, que les éléments avancés par Mme C au titre de la période 2012-2015 ne suffisent pas à faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'une situation de harcèlement moral.

13. S'agissant de la période débutant en 2017, la requérante se prévaut, au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, du refus de son employeur de rémunérer ses temps de trajet lors de missions effectuées en 2018, de l'absence de missions concrètes confiées, des refus injustifiés d'accès à des formations en 2017, 2018 et 2019, de l'hostilité de la responsable des ressources humaines à son égard, de l'illégalité des sanctions qui lui ont été infligées, ainsi que de la réticence de Pôle emploi dans la mise en place des aménagements de postes de travail.

14. En premier lieu, si la requérante soutient que Pôle emploi a refusé à tort de lui verser une rémunération pour les temps de trajet effectués les samedis et dimanche alors qu'elle était en missions à l'étranger,, il résulte de l'instruction, d'une part, que la supérieure hiérarchique de Mme C a appuyé sa demande de prise en charge et, d'autre part, que le refus de prise en charge opposé à sa demande par le service des ressources humaines est fondé uniquement sur l'interprétation de l'accord relatif à l'organisation et à l'aménagement du temps de travail national au sein de Pôle emploi. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa légalité, ce refus, qui s'explique par des considérations étrangères à tout harcèlement, ne peut être regardé comme un agissement constitutif de harcèlement.

15. En deuxième lieu, Mme C se prévaut de l'absence de missions concrètes qui lui auraient été confiées à compter de 2017. Elle produit en ce sens le témoignage d'une collègue, , faisant état d'une durée d'inactivité subie et du fait que les missions lui ont été confiées uniquement lorsque des collègues se trouvaient en congé maladie, et le témoignage d'une collègue d'une agence faisant état d'une collaboration avortée entre elle et Mme C s'agissant des Toutefois, d'une part, ce dernier témoignage atteste également du " carnet d'adresse " de Mme C et de ces précédentes démarches, révélant par la même l'absence de mise à l'écart de la requérante, et mentionne également qu'il a été mis fin à cette collaboration plus généralement avec la direction régionale Ile-de-France et non pas uniquement avec Mme C. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier de la lettre écrite en 2018 par Mme C elle-même motivant sa demande d'avancement accéléré que cette dernière a effectué et a participé à de nombreuses interventions et actions depuis mars 2017, d'importance particulièrement significative. Par suite, la matérialité de l'absence de missions concrètes confiées n'est pas établie.

16. En troisième lieu, Mme C se prévaut d'un refus systématique des formations demandées en 2018 et 2019 dans le cadre de la formation continue, soutient qu'elle n'a suivi qu'une seule formation en 2017 et produit les courriels qu'elle a adressés en février et juin 2019 à sa hiérarchie dans lesquels elle fait état de l'absence de validation systématique de ses demandes de formation. Il résulte de l'instruction, d'une part, que l'intéressée a pu bénéficier d'une formation en 2017 et a été inscrite à deux formations, en 2019, bien qu'elle n'ait pu les suivre étant en congé de maladie et, d'autre part, que Pôle emploi justifie des motifs de refus, tirés de l'absence de respect du délai de deux mois pour présenter sa demande de formation de 60 heures en 2017 et de l'absence d'accord du médecin conseil et de la CPAM pourtant requis lorsque l'agent se trouve en arrêt maladie, opposés à ses deux demandes de formation en 2019. Si la requérante se prévaut également de multiples refus aux formations qu'elle aurait demandées à Pôle emploi, l'existence même de ses demandes n'est pas justifiée par les pièces produites au dossier.

17. En quatrième lieu, Mme C se prévaut également de la réticence de Pôle emploi à mettre en place l'aménagement de son poste de travail par l'installation d'un fauteuil ergonomique, et la mise à disposition d'une souris et d'un bureau adaptés, tel que préconisé dès le mois reconnu imputable au service, ayant conduit à la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé à compter et une station débout pénible. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que les matériels de bureau nécessaires à l'adaptation de son poste de travail ont été commandés rapidement par Pôle Emploi et que ces différentes demandes ont été relayées rapidement, et d'autre part, que si les réglages définitifs du poste de travail ont nécessité un courriel de la médecine du travail en juillet 2018 indiquant que les réglages n'étaient pas fait, la requérante a toutefois refusé qu'il soit procédé au réglage du matériel par le prestataire alors qu'elle sollicitait un ergonome de sorte que les réglages ne sont intervenus qu'en janvier 2019. Dans ces conditions, si le retard à avoir mis en œuvre les aménagements litigieux, qui est en partie imputable à Pôle emploi, est fautif, il relève de considérations étrangères à tout harcèlement.

18. En cinquième lieu, si la requérante se prévaut d'une gestion selon elle chaotique de son accident de service survenu en 2019 et du fait que son nom aurait été effacé sur la porte de son bureau, elle n'établit pas la réalité de ses allégations de sorte qu'elle n'apporte pas d'élément sur ce point de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement.

19. En sixième lieu, si elle soutient également que les nouvelles préconisations du médecin du travail du 15 mars 2021 relatives à un changement de poste en dehors de la direction régionale n'ont toujours pas été mises œuvre, cet élément n'est pas davantage de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

20. En septième lieu, Mme C se prévaut également du retard d'environ deux ans dans la mise en œuvre de la préconisation de la médecine du travail datant du 15 octobre 2018 consistant en la mise en place de 1,5 jours de télétravail au titre du handicap, avec le matériel nécessaire adapté, alors qu'elle bénéficiait jusque-là d'une seule journée de télétravail, au titre de la qualité de vie au travail (QVT). Il résulte de l'instruction que, alors que la médecine du travail a donné son accord le 20 octobre 2018 sur la possibilité d'une solution alternative permettant d'accélérer le processus de télétravail, ce n'est qu'en avril 2019 que la procédure est mise en œuvre et ce n'est qu'en janvier 2021 que le matériel est commandé. Mme C est dès lors fondée à soutenir que Pôle emploi a tardé à mettre en œuvre les mesures que la médecine préventive proposait. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce retard dû à une certaine négligence n'est pas dû à la réticence et à la résistance de Pôle emploi, lequel a par ailleurs cherché des alternatives permettant à la requérante d'obtenir de manière effective et très tôt, 1,5 jours de travail au titre de la qualité de vie au travail, à défaut de l'être au titre du handicap. Par suite, cet agissement fautif relève de considérations étrangères à tout harcèlement.

21. En huitième lieu, la requérante se prévaut de l'illégalité des sanctions qui lui ont été infligées constituées d'un blâme prononcé le 10 août 2018 et d'une exclusion temporaire de fonctions de deux mois prononcée le 1er octobre 2019. Il résulte en effet de l'instruction que ces deux sanctions ont été annulées respectivement par le jugement du tribunal administratif de Montreuil et par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris. Toutefois, il résulte notamment des motifs, qui sont le soutien nécessaire du dispositif, de ce jugement et de cet arrêt que si l'illégalité de ces sanctions constitue une faute, celle-ci relèvent de considérations étrangères à tout harcèlement.

22. Enfin, la requérante se prévaut également, au titre des agissements laissant présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral, de la diffusion à un grand nombre d'agents de la direction régionale, d'un courriel daté du adressé par la responsable du service délivrance de la formation aux autres acteurs de la formation de Pôle emploi, informant à tort que Mme C est suspendue et qu'il convient ainsi de ne plus répondre directement à ses diverses sollicitations puis d'un second courriel intitulé " erratum " transmis le même jour indiquant que l'intéressée n'était finalement pas suspendue mais que, à la demande de la direction régionale, il convenait malgré tout de ne pas répondre directement à ses sollicitations mais de les transférer à l'équipe dirigeante de la structure de formation. Ces courriels, dont la matérialité et la teneur ne sont pas contestés par Pôle emploi, font état d'un véritable dénigrement et d'une mise à l'écart injustifiée de la requérante. Toutefois, et compte tenu de ce qui précède, ce dénigrement constitue un fait isolé qui ne peut être regardé comme établissant à lui seul l'existence d'une situation de harcèlement.

23. Il résulte de tout ce qui précède que si Mme C a connu une souffrance au travail, les faits litigieux, considérés isolément ou dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme des agissements répétés, constitutifs de harcèlement moral, subis dans l'exercice de ses fonctions au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 et pas davantage comme des agissements abusifs ou révélateurs d'un dépassement fautif du pouvoir hiérarchique.

S'agissant des refus de formations :

24. Ainsi qu'il a été exposé au point 16 du présent jugement, il ne résulte pas de l'instruction que de multiples refus aient été opposés aux multiples demandes de formation de Mme C par Pôle emploi, dont la matérialité n'est pas établie. Par suite, la faute alléguée à l'avoir privée des formations auxquelles elle avait droit n'est pas établie et la responsabilité pour faute de Pôle emploi ne peut être engagée à ce titre.

S'agissant des faits de discrimination :

25. Aux termes de 1'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur orientation sexuelle ou identité de genre () de leur état de santé, (), de leur handicap () ".

26. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

27. En premier lieu, la requérante se prévaut des difficultés dans la mise en œuvre des aménagements nécessaires à la préservation de son état de santé. Toutefois, si la requérante établit l'existence de certains retards fautifs, ainsi que cela a été exposé aux points 17 à 20, d'aménagement de ses conditions de travail, elle n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Dès lors aucune discrimination liée à son handicap n'est caractérisée.

28. En deuxième lieu, la requérante soutient qu'elle aurait été victime de discrimination en l'absence de revalorisation salariale. Si elle affirme que trois collègues masculins auraient perçu une rémunération supérieure à la sienne et qu'elle est l'agent la moins bien rémunérée au sein de Pôle emploi au regard de son ancienneté, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ces allégations, notamment sur la situation statutaire ou l'ancienneté de ces agents. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'instruction, la requérante n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes.

29. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a bénéficié en 2016 d'un avancement accéléré. La seule circonstance qu'elle n'en ait bénéficié qu'une seule fois n'est pas révélatrice d'un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une discrimination à son égard, alors qu'elle n'apporte au demeurant et en tout état de cause aucun élément susceptible de démontrer qu'elle aurait dû bénéficier d'un tel avancement accéléré en 2020.

30. En quatrième lieu, Mme C soutient qu'elle aurait été victime de discrimination compte tenu de la rétrogradation subie lors de la mise en place de la nouvelle classification des agents publics. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette classification résulte de l'application de l'article 26 du décret n°2021-81 du 28 janvier 2021 modifiant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, prévoyant une série de grilles de correspondance entre l'ancienne et la nouvelle classification des emplois, de sorte que cette mesure a en tout état de cause été prise sur la base de considérations étrangères à toute forme de discrimination.

31. En cinquième lieu, Mme C n'apporte aucun élément permettant de présumer l'existence d'une discrimination à raison des sanctions dont elle fait l'objet.

S'agissant du retard dans la mise en œuvre des préconisations du médecin de travail :

32. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 17, s'agissant de l'aménagement de son poste de travail, que si le délai, d'environ deux ans, dans lequel a été mis en œuvre l'aménagement du poste de travail n'est pas imputable à un refus de l'administration d'adapter le poste de Mme C, il ne constitue pas pour autant un délai raisonnable dans la mise en œuvre de cet aménagement. Si ce délai a été allongé du fait du refus de la requérante elle-même de permettre au fournisseur d'assurer le réglage du matériel, il résulte de l'instruction que Pôle emploi a toutefois commis une faute du fait du retard à exécuter les préconisations de la médecine de prévention.

33. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 20 du présent jugement et pour les mêmes motifs, Mme C est également fondée à soutenir que la mise en œuvre du télétravail telle que préconisée par la médecine du travail n'a pas été effectuée dans un délai raisonnable et que le retard est imputable à Pôle emploi. Par suite, la responsabilité de Pôle emploi doit également être engagée au titre de cette faute.

S'agissant de la diffusion des courriels datés du :

34. Il résulte de ce qui a été dit au point 22 du présent jugement que la diffusion du courriel daté du adressé par la responsable du service délivrance de la formation aux autres acteurs de la formation de Pôle emploi, informant à tort de la suspension de Mme C de ses fonctions et de ce qu'il convient ainsi de ne plus répondre directement à ses diverses sollicitations, puis d'un second courriel intitulé " erratum " transmis le même jour indiquant que l'intéressée n'était finalement pas suspendue mais que, à la demande de la direction régionale, il convenait malgré tout de ne pas répondre directement à ses sollicitations mais de les transférer à l'équipe dirigeante de la structure de formation, qui ont conduit à un véritable dénigrement de Mme C, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de Pôle emploi.

35. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est uniquement fondée à soutenir que la responsabilité de Pôle emploi est engagée à son égard du fait du retard fautif dans la mise en œuvre des préconisations du médecin de travail et de la diffusion fautive des courriels datés du .

En ce qui concerne les préjudices :

36. Mme C est fondée à solliciter du fait du retard fautif dans la mise en œuvre des préconisations du médecin de travail, la réparation d'un préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant Pôle emploi à verser à Mme C une somme de 1 000 euros à ce titre.

37. Mme C est également fondée à solliciter, du fait de la diffusion fautive des courriels datés du , la réparation d'un préjudice constitué par l'atteinte à sa réputation professionnelle. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant Pôle emploi à verser à Mme C une somme de 1 000 euros à ce titre.

38. Il résulte de tout ce qui précède que Pôle emploi est condamné à verser 2 000 euros à Mme C en réparation des préjudices subis du fait des fautes exposées aux points 32, 33 et 34 du présent jugement.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

39. Mme C a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 2 000 euros à compter du 31 décembre 2019, date de réception de sa demande par Pôle emploi.

40. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 7 mai 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 7 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus de protection fonctionnelle :

41. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

42. Mme C n'établit ni même n'allègue avoir demandé à Pôle emploi la communication des motifs du rejet implicite de sa demande de protection fonctionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée au sens des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant.

43. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article 11 de cette même loi, désormais codifié à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. () ".

44. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 23 du présent jugement que Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été victime de harcèlement moral au sens des dispositions précitées. Par suite, Pôle emploi a pu sans erreur de droit et d'appréciation refuser de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

45. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de Pôle emploi refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les frais liés au litige :

46. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Pôle emploi est condamné à verser à Mme C une somme de 2 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 31 décembre 2019. Les intérêts échus à la date du 7 mai 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à Pôle emploi.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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