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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2005067

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2005067

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2005067
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantFROMONT BRIENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2020, Mme B A, représentée par

Me Abdallah, demande au tribunal :

1°) de condamner l'OPH (Office public de l'habitat) de D à lui verser la somme de 14 286,89 euros en réparation du préjudice financier subi du fait de l'illégalité de la décision, en date du 2 mars 2012, par laquelle cet établissement a refusé de lui accorder un congé de longue maladie ;

2°) de condamner l'OPH de D à lui verser des intérêts au taux légal du fait du versement tardif de ses salaires pour les mois de février à août 2012 ;

3°) de condamner l'OPH de D à lui verser 20 000 euros de dommages-intérêts, en raison des préjudices subis du fait du versement tardif de ses " salaires " pour les mois de février à août 2012 ;

4°) de mettre à la charge de l'OPH de D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires liées au refus d'accorder un congé maladie de longue durée :

- la décision du 2 mars 2012, par laquelle l'OPH de D a refusé de lui accorder un congé de longue maladie est illégale dès lors qu'elle était en droit de bénéficier d'un tel congé, ainsi que l'ont reconnu les instances médicales consultées ;

- elle a, du fait de cette illégalité, subi un préjudice financier correspondant à neuf mois de salaires, soit 14 286,69 euros.

En ce qui concerne les conclusions liées au versement tardif des salaires des mois de février à août 2012:

- l'OPH de D ne lui a versé ses " salaires " pour les mois de février à août 2012 qu'en septembre 2012 ;

- elle a donc droit, conformément aux dispositions de l'article 1236-1 du code civil, à des intérêts au taux légal ;

- elle a subi un préjudice, lié au fait qu'elle n'a pas pu faire face à ses dépenses courantes et a dû emprunter, d'un montant de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, l'OPH de D, représenté par Me Buisson, conclut au rejet de la requête.

L'OPH de D oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que la requête est tardive en ce qui concerne le préjudice lié à l'illégalité d'accorder un congé de longue maladie, oppose une exception d'autorité de la chose jugée à ce même préjudice et fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Vu :

- la demande indemnitaire préalable ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Abdallah, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe technique principale de 2ème classe employée par l'OPH de D comme 2002 et titularisée le 2005, demande la condamnation de cet établissement à lui verser la somme de 14 286,69 euros de préjudice financier consécutif à l'illégalité de la décision du 2 mars 2012 par laquelle un congé de longue maladie lui a été refusé. Elle demande également que l'OPH de D soit condamné à lui verser des intérêts au taux légal ainsi qu'une somme de 20 000 euros au titre du préjudice subi du fait du versement tardif de ses salaires pour les mois de février à août 2012.

I- Sur les conclusions indemnitaires :

I.A- En ce qui concerne les conclusions indemnitaires liées au refus d'accorder un congé maladie de longue durée :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant disposition statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable: " () Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an () ".

3. L'OPH de D soutient, sans être contredit par la requérante, que cette dernière, qui sollicitait un congé de longue maladie de 9 mois à compter du 11 décembre 2010 avait déjà obtenu un tel congé en 2010, de telle sorte que l'administration était obligée de lui refuser l'octroi d'un second congé de cette nature, Mme A n'ayant pas repris l'exercice de ses fonctions pendant un an entretemps. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir et l'exception d'autorité de chose jugée, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'OPH de D a commis une faute en refusant, par sa décision du 2 mars 2012, de lui accorder un congé de longue maladie. En l'absence de faute, les conclusions indemnitaires afférentes doivent être écartées.

I.B- En ce qui concerne les conclusions liées à l'absence de versement de salaires pour les mois de février à août 2012 :

4. Aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable et qui doit être regardé comme implicitement invoqué " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical réuni en formation restreinte. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis du conseil médical réuni en formation plénière. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a été placée en position de congé maladie ordinaire à compter du 11 décembre 2010 et avait épuisé ses droits à traitement le 4 décembre 2011. L'OPH de D devait, en attendant d'avoir pris une décision sur sa position, lui maintenir le versement d'un demi-traitement à titre provisoire. Or, aucun traitement ne lui a été versé pour les mois de février 2012 à août 2012. Mme A avait signalé cette carence à son administration par un courrier reçu le 30 juillet 2012. Ce n'est qu'avec le versement du traitement de septembre 2012, après avoir décidé de placer Mme A en position de disponibilité pour maladie, que l'administration a corrigé cette situation en versant à Mme A ses indemnités journalières pour la période du mois de février au mois d'août 2012.

6. D'une part, cette carence dans le versement du demi-traitement de la requérante pour les mois de février à août 2012, corrigée en septembre 2012 par le versement des indemnités journalières, implique que lui soient versés, en application des dispositions de l'article 1 231-6 du code civil, des intérêts de retard au taux légal. En prenant pour base de calcul la moitié du traitement de la requérante, soit 779,92 euros, le taux de l'intérêt légal de 0,71 applicable en 2012, le 25 de chaque mois comme point de départ et le 25 septembre 2012 pour point d'arrivée, le montant des intérêts moratoires est de 1 274,35 euros.

7. D'autre part, en tardant à réparer cette carence qui durait depuis six mois et qui lui avait été signalée par la requérante deux mois auparavant, l'OPH de D a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Cette faute a causé à la requérante, qui justifie avoir déposé un dossier de surendettement, des troubles dans les conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en les fixant à la somme de 1 500 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'OPH de D à verser à Mme A la somme de 1 274,35 euros au titre des intérêts moratoires et celle de 1 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence.

II- Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'OPH de D le versement de la somme de 1 500 euros à Mme A, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'OPH de D est condamné à verser à Mme A la somme de 1 274,35 euros au titre des intérêts moratoires et celle de 1 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence.

Article 2 : L'OPH de D versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office public de l'habitat de D.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. SalzmannLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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