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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2005468

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2005468

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2005468
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELARUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin 2020 et le 11 octobre 2021,

Mme B A, représentée par Me Delarue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2019 par laquelle le préfet de police lui a infligé un avertissement, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice moral et des troubles de toute nature subis à hauteur de 5 000 euros, assorti des intérêts à compter de la date de réception de la demande préalable, et de leur capitalisation à chaque terme échu ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de retirer les pièces de la procédure disciplinaire de son dossier individuel ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de sanction est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur quant au fait survenu le 19 septembre 2018 dès lors qu'il lui est reproché une absence entre 18h et 19h alors qu'elle devait en tout état de cause quitter le service 18h et qu'elle a réalisé toutes les heures dues ;

- le fait intervenu le 1er octobre 2018 est également inexact dès lors qu'elle n'a pas été informée d'un changement de planning de la brigade de traitement judiciaire lequel aurait été affiché en temps réel dans son bureau et n'a jamais été informée qu'un planning faisait l'objet d'un affichage

- aucun fait fautif ne peut être retenu ;

- la sanction est en tout état de cause disproportionnée ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles de toute nature évalué à 5 000 euros compte tenu du caractère non fondé de la sanction et du fait qu'elle a été prise un an après les faits, et a été envoyé à sa nouvelle hiérarchie dans un service où elle venait d'arriver et qu'elle s'est senti humilié du fait du violent échange qu'elle a eu à la suite de l'incident du 1er octobre 2018 et qu'elle a été contrainte de demander sa mutation pour pouvoir continuer à travailler sereinement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 février 2022, la clôture d'instruction a été rouverte et fixée au 9 février 2022.

Par une lettre en date du 24 juin 2022 les parties ont été informée de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 octobre 2019 par laquelle le préfet de police a infligé un avertissement à Mme A, ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cette décision, en raison de leur tardiveté dès lors que le recours gracieux n'a pas pu prorogé les délai de recours contentieux, ayant été réceptionné par l'administration postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux.

Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2022, Mme A, représentée par Me Delarue, a répondu au moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droit et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Delarue, représentant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, brigadier-chef de police, affectée, en 2018, au poste de chef de brigade de protection locale de la famille, au service d'accueil et d'investigation de proximité du commissariat du 8ème arrondissement de Paris et qui, depuis le 1er septembre 2019, a été affectée au commissariat de Montreuil (93100), s'est vu infliger la sanction d'avertissement par un arrêté du préfet de police du 24 octobre 2019. Par un courrier du 24 décembre 2019, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision et a sollicité l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi. Le silence gardé par le préfet de police sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet. Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision d'avertissement ensemble le rejet de son recours gracieux ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice moral et des troubles de toute nature subis à hauteur de 5 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme ". Aux termes de l'article R. 434-5 du code de la sécurité intérieure : " () II. - Le policier () exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu'il reçoit de l'autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de l'article R. 434-10 de ce code : " Le policier () fait, dans l'exercice de ses fonctions, preuve de discernement. Il tient compte en toutes circonstances de la nature des risques et menaces de chaque situation à laquelle il est confronté et des délais qu'il a pour agir, pour choisir la meilleure réponse légale à lui apporter ". Aux termes de l'article R. 434-12 de ce code : " Le policier ou le gendarme ne se départ de sa dignité en aucune circonstance. / (). Il veille à ne porter, par la nature de ses relations, aucune atteinte à leur crédit ou à leur réputation. ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. La sanction litigieuse est fondée sur un premier motif tiré de ce qu'il est reproché à

Mme A de ne pas avoir assuré sa prise de service, prévue à 6h30, au soutien de la brigade de traitement judiciaire en temps réel (BTJTR), au poste d'OPJ référent, alors qu'elle avait eu connaissance de cette permanence, un planning ayant été établi et affiché dans son bureau. La requérante indique qu'elle ignorait cette organisation de son emploi du temps et qu'elle pensait devoir prendre son service à 10h00 mais qu'elle a été appelée à 8h du matin par son capitaine et qu'elle s'est présentée au service à 9h00. Elle soutient qu'aucun planning n'avait été affiché et que si, en principe, l'agent en charge de l'élaboration des plannings informait oralement les agents concernés, tel n'avait été le cas pour la semaine du 1er octobre 2019. Elle indique, enfin, que ce n'est qu'à la suite de cet événement qu'un planning est désormais envoyé par courrier électronique, et produit ce dernier. Si l'administration indique que les plannings étaient établis en accord avec les officiers de police judiciaire et affichés dans le bureau de l'officier de police judiciaire de permanence, au secrétariat ainsi que dans le bureau du chef de la brigade de traitement judiciaire en temps réel et qu'il revenait à la requérante de le consulter de manière autonome, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses affirmations permettant d'établir leur bien-fondé et la matérialité du grief ainsi reproché. Dans ces conditions, la matérialité de ce fait ne peut être tenue pour établie.

5. Toutefois, il revient au juge de l'excès de pouvoir d'examiner si, après neutralisation d'un motif entaché d'illégalité, l'autorité administrative aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur un autre motif légal.

6. Pour prendre la sanction litigieuse, le préfet de police s'est fondé également sur le fait qu'il est reproché à la requérante d'avoir manqué aux obligations relatives au temps de travail en quittant son service avant la fin de vacation sans en aviser sa hiérarchie. La requérante ne conteste pas avoir quitté le service à 17h25 au lieu de 18h et ne pas avoir informé sa hiérarchie car elle n'arrivait pas à joindre son supérieur à ce moment-là. Si la requérante indique que son supérieur ne lui a formulé aucun reproche dès lors que seuls les agents finissant après 18h devaient l'en informer, tel n'est pas le grief retenu contre elle de sorte que cette circonstance est sans incidence sur la matérialité des faits litigieux. Il en va de même de la circonstance qu'elle ait pris ce temps de travail sur le moment de sa pause déjeuner dès lors que ce qui lui est reproché est d'avoir quitté le service sans en aviser son supérieur. Or, en se bornant à soutenir que son supérieur n'était pas présent au moment où elle quittait son service, sans l'établir, ni même soutenir que son départ anticipé était dû à une urgence qui ne lui aurait pas permis d'informer son supérieur hiérarchique en amont, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les faits litigieux ne seraient pas établis. Toutefois, si la matérialité de ce motif est établie, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur cet unique motif.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du

24 octobre 2019 par laquelle le préfet de police lui a infligé un avertissement, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Il résulte de ce qui précède que les décisions litigieuses sont entachées d'une illégalité fautive susceptible d'engager la responsabilité de l'administration. La requérante est fondée à obtenir réparation des préjudices qui en résultent uniquement et directement. Elle se prévaut du préjudice moral et des troubles subis du fait de la sanction qui lui a été infligée illégalement. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'estimant à la somme de 500 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

9. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. () ". Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".

10. La somme de 500 euros sera assortie des intérêts au taux légal à compter à compter du 30 décembre 2019, date de réception par l'administration de sa demande préalable d'indemnisation et de leur capitalisation à compter du 30 décembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ".

12. Eu égard au motif d'annulation du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de supprimer toute mention de la sanction disciplinaire litigieuse au dossier administratif de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que cela n'ait pas été déjà fait compte tenu de l'écoulement du temps.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 octobre 2019 par laquelle le préfet de police a infligé un avertissement à Mme A, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cette décision sont annulés.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 500 (cinq cents) euros. Cette somme est assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2019, et de la capitalisation des intérêts à compter du 30 décembre 2020.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de supprimer toute mention de la sanction disciplinaire litigieuse au dossier administratif de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que cela n'ait pas été déjà fait compte tenu de l'écoulement du temps.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros (mille cinq cents) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Article 5: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. C

La présidente,

Signé

V. Hermann Jager

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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