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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2005917

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2005917

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2005917
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantMERICO LILIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2020 et le 2 janvier 2023, Mme E B, représentée par Me Merico, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 20 décembre 2018 par lequel le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a mis à sa charge la somme de 16 263,02 euros, ainsi que la décision du 28 avril 2020 par laquelle cette autorité a rejeté son recours administratif préalable ;

2°) de condamner le département de la Seine-Saint-Denis aux dépens.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- le département de la Seine-Saint-Denis est incompétent pour poursuivre le recouvrement d'une créance transférée au département du Rhône en vertu de l'article L. 262-46 alinéa 13 du code de l'action sociale et des familles ;

- la créance en cause est prescrite conformément à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ;

- la créance est infondée.

Par des mémoires enregistrés les 29 septembre 2022 et 23 février 2023, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par décision du 17 mai 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la circulaire DGCS/MS/2010/64 du 6 avril 2010 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marias, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732­1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marias, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande l'annulation du titre exécutoire de 16 263,02 euros émis le 20 décembre 2018 par le département de la Seine-Saint-Denis en raison d'indus de revenu de solidarité active mis à sa charge au titre de la période du 1er mars 2013 au 31 décembre 2014 ainsi que la décision du 28 avril 2020 par laquelle cette autorité a rejeté son recours administratif préalable.

Sur les conclusions de la requête :

Sur la compétence

2. Aux termes de l'article L. 262-46, alinéa 13 du Code de l'action sociale et

des familles : " La créance détenue par un département à l'encontre d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active dont le lieu de résidence est transféré dans un autre département ou

qui élit domicile dans un autre département est transférée en principal, frais et

accessoires au département d'accueil ". L'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence () ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. Mme B soutient que, depuis l'année 2017, elle est domiciliée dans le département du Rhône et qu'en vertu des dispositions précitées, telles que précisées par la circulaire DGCS/MS/2010/64 du 6 avril 2010, seul le département du Rhône était compétent pour poursuivre le recouvrement de la créance de RSA anciennement détenue par le département de la Seine-Saint-Denis. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B avait indiqué son adresse à Sevran (93) et il ne résulte nullement de l'instruction qu'elle aurait informé l'un des deux départements de son changement de lieu de résidence. En tout état de cause, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 7, sa résidence effective était en Turquie, et que, par suite, elle ne remplissait pas la condition de résidence aux termes de la loi, elle ne peut sérieusement se prévaloir d'un changement de résidence dans le département du Rhône et, par voie de conséquence, d'un transfert de la créance du département de la Seine-Saint-Denis au département du Rhône. Ainsi le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis était compétent pour signer le titre exécutoire en litige.

4. Par arrêté n°2017-198, Mme D C, chef du bureau ressources du service des affaires générales à la direction de l'emploi, de l'insertion et de l'attractivité territoriale a reçu délégation en matière de budget, comptabilité sur les liquidations de dépenses et de recettes. Par une décision du 14 décembre 2018, signée par Mme C, le département de la Seine-Seine-Saint-Denis, après réexamen du dossier de Mme B suite à un courrier de celle-ci, a rejeté sa demande de remise gracieuse en raison de fausses déclarations et lui a demandé de rembourser l'indu de 16 263, 02 euros, la signature pour ordre du courrier du 28 avril 2020 confirmant la décision du 14 décembre 2018 et l'absence de mention quant à la qualité du signataire n'entachant pas celle-ci d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elle émane bien du président du conseil départemental.

Sur le bien-fondé de l'indu

5. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance. " Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Aux termes de l'article L. 262-2 de code du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; / il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

6. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles (A) que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

7. En outre, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

8. Il résulte de l'instruction que, nonobstant de fréquents allers- retours entre la France et la Turquie, Mme B avait en réalité en 2015 sa résidence stable et effective en Turquie - où réside le père de ses enfants - depuis plus de dix années et que, sur la période durant laquelle l'allocation de revenu de solidarité active lui a été servie, du 1er mars 2013 au 31 décembre 2014, elle n'a jamais informé la CAF de sa situation réelle et n'a d'ailleurs jamais répondu aux convocations qui lui ont été adressées. Le passeport qu'elle a produit ne permet pas d'établir qu'elle avait une résidence stable et effective en France durant la période litigieuse, les absences du territoire ayant été révélées lors d'un contrôle opéré le 21 janvier 2015. Ne sont pas davantage établis les faits selon lesquels Mme B aurait été sans domicile fixe durant la période considérée et que la lettre écrite au nom de son père aurait été écrite par sa belle-mère avec laquelle elle serait en mauvais termes. Par suite, c'est par une exacte application des textes que la CAF a estimé que Mme B n'avait pas sa résidence stable et effective en France, a ainsi constaté à son encontre un trop-perçu de RSA et a mis à sa charge le remboursement des sommes indument perçues sur la période considérée.

9. Mme B ayant omis de déclarer à la CAF le lieu de sa résidence effective en Turquie pour la période pendant laquelle elle a perçu l'allocation de RSA, l'indu de RSA doit dès lors être regardé comme résultant d'une fausse déclaration de ses ressources, faisant obstacle à l'application de la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. En outre, il résulte de l'instruction que cette situation a été découverte par la caisse d'allocations familiales à l'occasion d'un contrôle réalisé en janvier 2015. Le point de départ du délai de prescription quinquennale a dès lors été reporté à cette date. Par suite, à la date de la décision attaquée, l'action en recouvrement n'était pas prescrite. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la créance en litige est prescrite.

Sur la demande de remise gracieuse de l'indu

10. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 8, Mme B a omis de déclarer à la CAF le lieu de sa résidence effective en Turquie durant la période litigieuse. L'indu de RSA doit dès lors être regardé comme résultant d'une fausse déclaration. Dans les circonstances de l'espèce, la bonne foi de Mme B ne saurait être regardée comme établie et ses conclusions tendant à obtenir une remise gracieuse doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige et la décharge, totale ou partielle de sa dette. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, ces conclusions doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la condamnation du département de la Seine-Saint-Denis aux dépens, aucuns dépens n'ayant d'ailleurs été exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le magistrat désigné,

H. MariasLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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