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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2006155

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2006155

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2006155
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantBIGNON LEBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés les 1er juillet 2020, 11 mai 2021, 28 juillet 2021, 21 octobre 2022 et 10 janvier 2023, M. et Mme B, représentés par Me Scherrer, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge du prélèvement prévu à l'article 244 bis A du code général des impôts et du prélèvement de solidarité de 2% à hauteur des montants respectifs de 727 euros et 5 591 euros à raison de la plus-value résultant de la cession, le 2 août 2018, des parts qu'ils détenaient dans le capital de la société civile immobilière (SCI) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 7 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que le prix d'acquisition des parts à prendre en compte pour le calcul des du prélèvement prévu à l'article 244 bis A du code général des impôts et du prélèvement de solidarité de 2% doit être calculé en minorant la valeur d'acquisition de ces parts des seuls déficits effectivement déduits et non de la totalité des déficits réalisés et en la majorant des bénéfices de la SCI sur lesquels des déficits d'un GFA se sont imputés, sans que l'absence de documents probants pour les années les plus anciennes puisse leur être opposée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2021, 5 août 2022, 24 novembre 2022 et 8 février 2023, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires sont irrecevables en l'absence de litige né et actuel avec le comptable chargé de procéder à la restitution des impositions contestées ;

- pour le surplus, le moyen soulevé par les requérants n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 10 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,

- les conclusions de M. Noël, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux B associés fondateurs de la SCI , ont cédé l'ensemble de leurs parts dans cette SCI le 2 août 2018, soit les 1560 parts sur les 3 000 de la SCI dont ils étaient détenteurs depuis la constitution et les 450 parts acquises le 31 décembre 1996. Après avoir acquitté le prélèvement prévu à l'article 244 bis A du code général des impôts et les prélèvements sociaux pour un montant total de 203 152 euros à raison de la plus-value déclarée le 7 septembre 2018, ils ont déposé une réclamation en date du 6 juin 2019 afin d'obtenir un dégrèvement partiel. Leur réclamation ayant été implicitement rejetée, ils ont saisi le tribunal par une requête en date du 1er juillet 2020. Dans le dernier état de leurs écritures, d'une part, ils prennent acte du dégrèvement prononcé en cours d'instance des cotisations de prélèvements sociaux en raison de leur affiliation au régime de sécurité sociale suisse et doivent, par suite, être regardés comme se désistant des conclusions, présentées à titre subsidiaire dans leur requête, tendant à la décharge des cotisations de prélèvements sociaux à hauteur de 179 530 euros. D'autre part, après avoir pris en compte les observations de l'administration sur le calcul du prix de revient des parts de la SCI, ils demandent au tribunal la décharge partielle de ce prélèvement prévu à l'article 244 bis A et du prélèvement de solidarité de 2% à hauteur des montants respectifs de 727 euros et de 5 591 euros.

Sur le bien-fondé des impositions restant en litige :

2. D'une part, aux termes de l'article 150 UB du code général des impôts : " I. - Les gains nets retirés de cessions à titre onéreux de droits sociaux de sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, dont l'actif est principalement constitué d'immeubles ou de droits portant sur ces biens, sont soumis exclusivement au régime d'imposition prévu au I et au 1° du II de l'article 150 U. () ". Aux termes de l'article 150 U du même code : " I.- Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. () ". Aux termes de l'article 150 V du même code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". Aux termes de l'article 150 VA du même code : " I. - Le prix de cession à retenir est le prix réel tel qu'il est stipulé dans l'acte. () ". Enfin aux termes de l'article 150 VB de ce code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il a été stipulé dans l'acte. () ".

3. Dans le cas où un associé cède les parts qu'il détient dans une société ou un groupement relevant ou ayant relevé de l'un des régimes prévus aux articles 8, 8 ter, 239 quater B ou 239 quater C du code général des impôts, le résultat de cette opération doit être calculé, pour assurer la neutralité de l'application de la loi fiscale compte tenu du régime spécifique de ces sociétés, en retenant, comme prix d'acquisition de ces parts, leur valeur d'acquisition majorée, d'une part, de la quote-part des bénéfices de cette société ou de ce groupement revenant à l'associé qui a été ajoutée aux revenus imposés de celui-ci, antérieurement à la cession et pendant la période d'application de ce régime et, d'autre part, des pertes afférentes à des entreprises exploitées par la société ou le groupement en France et ayant donné lieu de la part de l'associé à un versement en vue de les combler. Le prix d'acquisition des parts doit également être majoré de la quote-part des bénéfices de la société ou du groupement revenant à l'associé, qui n'ont pas fait l'objet d'une imposition effective en application d'une disposition par laquelle le législateur a entendu accorder un avantage fiscal définitif. Ce prix d'acquisition doit être par ailleurs minoré, d'une part, des déficits que l'associé a déduits pendant cette même période, à l'exclusion de ceux qui trouvent leur origine dans une disposition par laquelle le législateur a entendu octroyer un avantage fiscal définitif, et, d'autre part, des bénéfices afférents à des entreprises exploitées en France par la société ou le groupement et ayant donné lieu à répartition au profit de l'associé. Pour l'application de ces règles, ne peuvent pas être pris en compte les déficits reportables que l'associé n'a pas effectivement déduits pendant cette période.

4. D'autre part, aux termes de de l'article R*. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à un contribuable qui présente une réclamation dirigée contre une imposition établie d'après les bases indiquées dans la déclaration qu'il a souscrite, de démontrer le caractère exagéré des impositions qu'il conteste pour en obtenir la décharge ou la réduction.

5. Il résulte de l'instruction que les requérants ont été imposés conformément aux déclarations de plus-value immobilière qu'ils ont déposées le 7 septembre 2018. Dès lors, il leur incombe d'établir le caractère exagéré des impositions qu'ils ont acquittées.

6. Les requérants soutiennent que le prix d'acquisition des parts à prendre en compte pour le calcul du prélèvement prévu à l'article 244 bis A du code général des impôts et du prélèvement de solidarité de 2% doit être calculé en minorant la valeur d'acquisition de ces parts des seuls déficits effectivement déduits et non de la totalité des déficits réalisés et en la majorant des bénéfices de la SCI sur lesquels des déficits d'un GFA se sont imputés. Toutefois, ils n'établissent pas le montant des seuls déficits qu'ils ont effectivement déduits en vertu des dispositions, applicables en l'espèce, du 3° du I de l'article 156 du code général des impôts sur les monuments classés ou inscrits au titre des monuments historiques, qui permettent d'imputer les déficits fonciers en cause sur l'ensemble de leurs revenus, faute de produire aucun élément probant ou des éléments incomplets quant à leurs revenus au titre des années 1991 à 1997.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge partielle du prélèvement prévu à l'article 244 bis A du code général des impôts et du prélèvement de solidarité de 2% restant en litige doivent être rejetées.

Sur les intérêts moratoires :

8. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions à ce titre de M. et Mme B sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce exposées au point 1, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. et Mme B tendant à la décharge des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis à hauteur de 179 530 euros.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 euros à M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B ainsi qu'à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

N. Syndique

Le président,

B. Auvray Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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