mercredi 8 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2007886 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JOVE-LANGAGNE-BOISSAVY-AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 août 2020, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. D E.
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 août et 15 décembre 2020, M. D E, représenté par Me Jove Dejaiffe, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal F à lui verser la somme de 117 528 euros au titre de la perte de ses revenus, 40 000 euros du fait du retard dans sa carrière et de la perte de ses droits à la retraite et 15 000 euros en réparation de son préjudice moral, du fait de l'illégalité de la mesure de suspension de fonctions prise à son encontre le 9 mars 2016 ;
2°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter de la date du 28 avril 2020, date de réception de sa demande préalable ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier intercommunal :
- le du centre hospitalier intercommunal a commis une faute, dès lors que les faits reprochés ne présentaient pas un caractère de vraisemblance suffisant en l'absence de jugement pénal et en méconnaissance du principe de la présomption d'innocence ;
- il ne pouvait en tout état de cause prendre une mesure de suspension sur le fondement des dispositions de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, dès lors que les faits reprochés n'étaient pas de nature à porter atteinte à la continuité du service et la sécurité des patients.
Sur son préjudice :
- il a subi un préjudice matériel correspondant à l'absence de versement de ses primes et des astreintes liées à l'exercice effectif de ses fonctions, pendant la durée de sa suspension ;
- il a subi un préjudice de carrière résultant notamment de la perte de ses droits à retraite pour un montant de 40 000 euros ;
- il a subi également un préjudice moral en raison de l'atteinte portée à sa réputation et à sa notoriété pour un montant de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2020, le centre hospitalier intercommunal F conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas commis, eu égard à la gravité et à la vraisemblance des faits, de faute de nature à engager sa responsabilité en prononçant la suspension à plein traitement du requérant ;
- le préjudice matériel au titre de la perte de revenu n'est pas établi, dès lors que le requérant a continué de percevoir son traitement et a complété ses revenus en exerçant ses fonctions dans trois autres centres hospitaliers ;
- le préjudice moral n'est pas établi.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2020 à 12h par une ordonnance du 10 décembre 2020.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Bouttemont,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a été recruté le 1er octobre 2005 en qualité de praticien par le centre hospitalier intercommunal (CHI) F. Il exerce depuis 2014 les fonctions de responsable du service . Par une décision en date du 9 mars 2016, le du CHI a suspendu le requérant de ses fonctions avec maintien de sa rémunération et lui a interdit de se présenter dans les locaux aux motifs qu'il était suspecté " d'élaboration et d'usage de faux certificats et ordonnances et de corruption auprès de patient étrangers, à des fins d'obtention de documents officiels permettant le maintien sur le territoire français ". Le CHI a déposé également une plainte au pénal le 2015 et a saisi les instances disciplinaires compétentes. Par une décision en date du , la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins d'Ile-de-France a pris à l'encontre du requérant la sanction d'interdiction d'exercer la médecine pendant 3 ans. Le 2019, la plainte au pénal a fait l'objet d'un non-lieu. Par une décision du 2019, la chambre disciplinaire nationale a, en l'absence d'éléments permettant d'établir de manière certaine la culpabilité du requérant, annulé la sanction disciplinaire prise à son encontre et rejeté la demande de sanction.
2. M. E, qui a été reçu le 20 novembre 2019 par le CHI pour une reprise de ses fonctions, a sollicité une mise en disponibilité d'office pour convenance personnelle à compter du 2020, qui lui a été accordée. Par un courrier en date du 28 avril 2020, il a demandé l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de sa décision de suspension de fonctions prise à son encontre le 9 mars 2016. A la suite du rejet de sa demande, il sollicite la condamnation du CHI à lui verser la somme de 117 528 euros au titre de la perte de revenus, 40 000 euros au titre du retard dans sa carrière et de la perte de ses droits à la retraite et 15 000 euros au titre de son préjudice moral, en réparation de son préjudice.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Le d'un centre hospitalier qui, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, exerce son autorité sur l'ensemble du personnel de son établissement, peut légalement, dans des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients, décider de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d'un praticien hospitalier au sein du centre, sous le contrôle du juge et à condition d'en référer immédiatement aux autorités compétentes pour prononcer la nomination du praticien concerné.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un mail du 4 mai 2015, le responsable des visas de l'ambassade de France a saisi le CHI d'une demande d'authentification d'un certificat médical attestant d'un rendez-vous pour soins en France pour un ressortissant congolais, pour lequel le requérant avait fait un devis d'hospitalisation. Ce certificat s'est révélé après vérification être un faux. Le 27 novembre 2015, le CHI a été saisi par le sous-préfet de afin d'authentifier cinq documents médicaux signés du docteur E produits à l'appui d'une demande d'admission au séjour pour soins présentés par un étranger en situation irrégulière. Ces documents, qui se sont révélés être antidatés, ne correspondaient pas à un patient suivi par l'hôpital. Au cours de ce mois de novembre, le CHI a également été saisi par l'agence régionale de santé pour l'authentification de onze certificats médicaux et six ordonnances établis par le docteur E dans le cadre de demande de titres de séjour pour soins par des étrangers en situation irrégulière en France. Ces documents, dont les mentions se sont révélées incohérentes, concernaient onze patients dont une partie n'était pas recensée par le centre hospitalier ou pour les autres, n'étaient pas venus en consultation aux dates indiquées. Enfin, le 3 mars 2016, un patient étranger s'est présenté pour réclamer un dédommagement au motif qu'il aurait remis de l'argent au requérant dans le cadre d'une consultation sans avoir des nouvelles du praticien. Les faits ainsi relevés, dont la gravité est établie, présentaient un caractère suffisant de vraisemblance pour justifier la suspension de l'intéressé dans l'intérêt du service alors même qu'ultérieurement aucun des griefs faits au praticien n'ont été finalement retenus que ce soit au pénal ou par les autorités disciplinaires médicales, sans que le requérant puisse utilement invoquer la méconnaissance du principe de la présomption d'innocence.
5. La nature et la gravité des faits relevés au point 4, constatés par le préfet et l'agence régionale de santé dans le cadre de demandes d'admission au séjour pour soins, ont gravement porté atteinte à la considération du service du CHI dont le requérant avait la responsabilité, jetant ainsi le discrédit sur son activité et le personnel y travaillant. Le docteur E exerçait en outre des fonctions de responsabilité en contact avec des personnes particulièrement vulnérables du fait de leur pathologie et de leur situation au regard du séjour sur le territoire français. Enfin, l'existence de faux documents médicaux est de nature à porter atteinte à la santé des patients dans le cadre de leur prise en charge. Eu égard à ces éléments, le maintien du docteur E en fonctions était de nature à porter atteinte au bon fonctionnement et à la continuité du service ainsi qu'à la sécurité des patients. Ainsi, dans ces circonstances exceptionnelles et eu égard à l'urgence, le moyen tiré de ce que le du CHI aurait méconnu les dispositions de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique en prononçant la suspension à plein traitement du requérant doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du du CHI prononçant en urgence et à titre conservatoire la suspension à plein traitement du requérant ne constitue pas une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement. Par suite, M. E n'est pas fondé à demander la condamnation de ce dernier à réparer les préjudices qu'il allègue avoir subis de ce chef.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier intercommunal, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que M. E demande à ce titre. Les conclusions du centre hospitalier intercommunal présentées au même titre doivent être rejetées, dès lors qu'il n'établit pas avoir exposé de tels frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier intercommunal F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au centre hospitalier intercommunal F.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme de Bouttemont, première conseillère,
M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2023.
La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme CLa greffière,Signé Mme A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026