mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2009581 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | REA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 septembre 2020, Mme A B, représentée par
Me Rea, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de Neuilly-Plaisance sur son recours gracieux du 14 mai 2020 tendant à l'annulation de la décision, en date du 27 avril 2020, par laquelle cette même autorité lui a refusé le renouvellement de son dernier contrat ;
2°) de condamner cette même commune à lui verser les sommes suivantes, assorties des intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2020, avec capitalisation à chaque date anniversaire :
- 4 596,99 euros au titre de la perte de salaires subie du fait du recours abusif par la commune de Neuilly-Plaisance à des contrats à durée déterminée ;
- 13 272 euros de préjudice économique subi en raison de cette même faute ;
- 4 000 euros de préjudice moral subi en raison de cette même faute ;
- 1 000 euros au titre du préjudice subi du fait des irrégularités de la procédure suivie pour mettre fin à son dernier contrat ;
- 5 000 euros au titre du préjudice subi du fait de la discrimination entachant d'illégalité ce dernier contrat ;
- 204 euros d'indemnité compensatrice de congé annuel.
3°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :
- la procédure suivie pour le non-renouvellement de son dernier contrat est irrégulière dès lors que ce non-renouvellement n'a pas été précédé d'un entretien et que le délai de prévenance de trois mois n'a pas été respecté ;
- ce non-renouvellement de son dernier contrat traduit une discrimination liée à sa grossesse et à ses demandes de congé parental et de temps partiel.
En ce qui concerne les autres fautes :
- la commune de Neuilly-Plaisance a eu recours de façon abusive, et à son détriment, à des contrats à durée déterminée pendant une période de 6 ans et 10 mois ;
- la commune de Neuilly-Plaisance a omis de lui verser une indemnité compensatrice de congés payés pour quatre jours de congés qu'elle n'a pas pu prendre.
En ce qui concerne les préjudices :
- elle a subi une perte de salaires du fait du recours abusif par la commune de Neuilly-Plaisance à des contrats à durée déterminée, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 4 596,99 euros au jour de la requête, cette somme devant être ajustée au jour de l'audience ;
- pour la même raison elle a subi un préjudice économique dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 13 272 euros ;
- pour la même raison, elle a subi un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 4 000 euros ;
- elle a subi un préjudice du fait des irrégularités de la procédure suivie pour mettre fin à son dernier contrat, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 000 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à la discrimination dont elle a fait l'objet et dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 5 000 euros ;
- elle a subi un préjudice du fait de l'indemnité compensatrice de congé annuel qui ne lui a pas été versée, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 204 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2021, la commune de Neuilly-Plaisance, représentée par Me Woog, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Neuilly-Plaisance fait valoir que les conclusions indemnitaires sont irrecevables et qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.
Par un avis en date du 3 novembre 2022, les parties ont été informées que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du 2ème trimestre 2023 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 1er décembre 2022.
Par une ordonnance du 27 décembre 2022, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.
Par un courrier du 3 juillet 2023, les parties ont été informées, qu'en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office et tiré de ce que la commune de Neuilly-Plaisance était en situation de compétence liée pour ne pas renouveler le contrat de travail de Mme B dès lors que la durée de ce contrat ne pouvait excéder deux ans au total, en application de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, recrutée comme agent contractuel par la commune de Neuilly-Plaisance pour la première fois le 6 mars 2013 et qui a exercé de façon continue les fonctions d'ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) jusqu'en juin 2020, au moyen de onze contrats successifs conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-1, puis 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de Neuilly-Plaisance sur son recours gracieux du 14 mai 2020 tendant à l'annulation de la décision, en date du 27 avril 2020, par laquelle cette même autorité a refusé le renouvellement de son dernier contrat d'ATSEM. Elle demande également que la commune de Neuilly-Plaisance soit condamnée à lui verser la somme de 4 596,99 euros au titre de la perte de salaires subie du fait du recours abusif par la commune de Neuilly-Plaisance à des contrats à durée déterminée, la somme de 13 272 euros de préjudice économique et 4 000 euros de préjudice moral subis en raison de cette même faute, la somme de 1 000 euros au titre du préjudice subi du fait des irrégularités de la procédure suivie pour mettre fin à son dernier contrat, la somme de 5 000 euros au titre du préjudice subi du fait de la discrimination entachant d'illégalité ce dernier contrat, enfin la somme de 204 euros d'indemnité compensatrice de congé annuel.
I- Sur les conclusions en annulation et indemnitaires:
I. A. En ce qui concerne la légalité de la décision de non-renouvellement :
2. Aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ".
3. Après avoir été employée au moyen de deux contrats à durée déterminée successifs conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 pour la période du 6 septembre 2013 au 30 juin 2014, Mme B a ensuite été employée au moyen de neuf contrats à durée déterminée successifs conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, de manière continue du 1er juillet 2014 jusqu'au 30 juin 2020, soit une durée de six ans pour cette seconde catégorie de contrats. Dès lors qu'il résulte expressément des dispositions précitées de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 qu'un contrat de recrutement pour pourvoir à une vacance d'emploi ne peut dépasser une durée cumulée de deux années, la commune de Neuilly-Plaisance était tenue de refuser le renouvellement du dernier contrat de l'intéressée, conclu pour la période du 1er avril 2020 au 30 juin 2020, sur ce même fondement.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme B ne peut utilement se prévaloir des vices de procédure et de la discrimination qui affecteraient la décision de non-renouvellement attaquée, Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées et la décision de non-renouvellement de son contrat ne saurait être constitutive d'une faute. En l'absence de faute, les conclusions indemnitaires doivent dès lors être écartées.
I.B- En ce qui concerne le recours abusif à des contrats à durée déterminée :
5. Ainsi qu'il a été dit, Mme B a été employée, au moyen de onze contrats à durée déterminée successifs, de manière continue du 6 septembre 2013 jusqu'au 30 juin 2020, soit au total une durée de six ans et dix mois. Toutefois, la commune de Neuilly-Plaisance soutient, sans être contredite par la requérante, qu'en ce qui concerne les neuf contrats conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 pour la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2020, elle a à chaque fois publié une vacance de poste auprès du centre de gestion et n'a pas pu recruter d'agent titulaire. Au surplus, il ressort de la lecture de ces neuf contrats qu'ils font tous état d'une déclaration de vacances de poste auprès du centre de gestion avec pour chacun, un numéro d'enregistrement différent. Dans ces conditions, la commune de Neuilly-Plaisance ne peut être regardé comme ayant recouru abusivement à une succession de contrats à durée déterminée. En l'absence de faute, les conclusions indemnitaires doivent être écartées.
I.C- En ce qui concerne l'indemnité compensatrice de congés payés:
6. Aux termes de l'article 5 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale: " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires./A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. /Lorsque l'agent n'a pu bénéficier d'aucun congé annuel, l'indemnité compensatrice est égale au 1 / 10 de la rémunération totale brute perçue par l'agent lors de l'année en cours. /Lorsque l'agent a pu bénéficier d'une partie de ses congés annuels, l'indemnité compensatrice est proportionnelle au nombre de jours de congés annuels dus et non pris./ L'indemnité ne peut être inférieure au montant de la rémunération que l'agent aurait perçue pendant la période de congés annuels dus et non pris./L'indemnité est soumise aux mêmes retenues que la rémunération de l'agent. ".
7. Mme B soutient qu'elle n'a pas pu prendre quatre jours de congés prévus en avril 2020 et reportés sur juin 2020, en raison de la fermeture des écoles pendant la pandémie de la COVID 19. Or, elle se borne à produire un planning pour les mois de septembre à août 2020, lequel planning, s'il fait apparaître que quatre jours de congés ont été posés en avril 2020, ne permet pas de constater qu'ils ont été reportés sur le mois de juin 2020. Au contraire, il comporte les mentions " A poser 39 CA + 1 ANC " et " Reste 1 ANC " qui permettent de présumer que tous les congés annuels ont été soldés. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires tendant à ce qu'une somme équivalente à quatre jours d'indemnités compensatrices de congés payés lui soit versée, doivent être écartées.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense aux conclusions indemnitaires, que la requête de Mme B doit être rejetée.
II- Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B réclame au titre des frais liés à l'instance. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B le versement de la somme demandée par la commune de Neuilly-Plaisance au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Neuilly-Plaisance, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Neuilly-Plaisance.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- M. L'hôte, premier conseiller,
- Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026