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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2010551

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2010551

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2010551
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 6 et 16 octobre 2020, ainsi que 21 janvier 2022, Mme B C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de remise gracieuse ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 10 908,65 euros ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la procédure contradictoire a été méconnue, ainsi que le 1 de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où la commission de recours amiable n'a pas été consultée, en méconnaissance de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- le deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu dans la mesure où la caisse des allocations familiales a opéré des retenues sans attendre l'expiration du délai de recours ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le devoir d'information qui incombe à l'administration en vertu des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale a été méconnu, elle n'avait pas connaissance de son obligation de ne pas quitter le territoire plus de quatre-vingt-dix jours, elle est de bonne foi, sa situation est trop précaire au plan financier pour lui permettre de faire face à la dette qu'on lui demande de rembourser ;

La requête a été communiquée au département de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par une décision du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active (RSA). Par une décision du 18 février 2020, la caisse des allocations familiales de Seine-Saint-Denis lui a réclamé le remboursement d'un indu de RSA au titre de la période du 1er février 2017 au 31 décembre 2018. Par deux courriels en date des 2 mars 2020 et 22 juillet 2020, Mme C a demandé une remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 24 septembre 2020 dont la requérante demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du 11ème alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les moyens de légalité externe soulevés par la requérante, tirés de ce que la décision par laquelle sa demande de remise gracieuse a été rejetée aurait été prise par une autorité incompétente, de ce qu'elle serait entachée d'un défaut de motivation, de ce que la procédure contradictoire aurait été méconnue et de l'absence de consultation de la commission de recours amiable, sont inopérants.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la caisse des allocations familiales n'a pas attendu l'expiration du délai de recours pour effectuer des retenues ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable en matière de sanction, sont également inopérants contre la décision attaquée.

6. En troisième lieu, lorsque l'indu au titre duquel la remise gracieuse est demandée résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

7. Il résulte de l'instruction que la décision d'indu est fondée sur le motif tiré de ce que Mme C a omis de déclarer qu'elle a quitté la France pour une durée supérieure à quatre-vingt-dix jours au cours de la période du 1er février 2017 au 31 décembre 2018, alors qu'il résulte des termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles que le droit au revenu de solidarité active est conditionné par la résidence stable et effective de l'allocataire en France. Si Mme C fait valoir qu'elle n'avait pas connaissance de cette condition et qu'elle n'en avait pas été suffisamment informée par la caisse des allocations familiales, sa bonne foi ne peut, eu égard à la nature de l'élément qu'elle a omis de déclarer et à la durée de la période concernée, être établie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander la remise gracieuse de sa dette.

8. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation et de décharge formulées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de la Seine-Saint-Denis et à Me Desfarges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La magistrate désignée,

M. A

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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