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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2010623

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2010623

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2010623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantYTURBIDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 et 27 octobre 2020, 8 et 13 février 2021, 16 juin 2021, 17 avril 2022 et 2 octobre 2023, Mme B A D, représentée par Me Yturbide, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours contre l'indu d'allocation personnalisée au logement d'un montant de 2 550, 28 euros mis à sa charge par une décision du 13 novembre 2018 et contre l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 522, 57 euros ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de procéder à la restitution des sommes déjà recouvrées et de lui accorder le bénéfice de l'allocation personnalisée au logement ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice matériel et moral ;

4°) de mettre à la charge de la CAF la somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- la créance de la CAF est prescrite ;

- elle est séparée de son conjoint depuis le 1er mai 2015 et divorcée depuis le 1er juin 2020 ;

- elle est seule avec un enfant à charge, ne touche que 1 100 euros d'indemnités journalières, est handicapée et ne peut plus travailler ;

- la CAF calcule ses droits comme si elle était encore en couple ;

- l'agent de la CAF ne l'a pas contrôlée à son domicile mais sur son lieu de travail ;

- elle n'a pas fraudé ;

- la créance n'est ni certaine, ni liquide, ni exigible ;

Par des mémoires enregistrés les 30 mars et 4 mai 2021, et 13 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales conclut au rejet de la requête et demande reconventionnellement la condamnation de Mme A D à lui verser la somme de 2 550, 28 euros représentant l'aide personnalisée au logement indûment perçue pour la période de décembre 2015 à décembre 2016.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marias, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, qui a relevé d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la CAF tendant à la condamnation de la requérante au paiement de l'indu d'aide personnalisée au logement ;

- les observations de Mme Dufeu pour la caisse d'allocations familiales.

Mme A D n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le directeur de la caisse d'allocations familiales a, par décision du 13 novembre 2018, mis à la charge de Mme A D un indu d'allocation personnalisée au logement d'un montant de 2 550, 28 euros. Un indu de revenu de solidarité active a été également mis à sa charge, pour un montant de 16 522, 57 euros, la somme restant due étant fixée à 13 746, 92 euros par lettre du 13 mars 2020. Le recours administratif de Mme A D ayant été rejeté le 6 octobre 2020, celle-ci demande au tribunal l'annulation de ces décisions ainsi que la condamnation de la Caisse à lui verser les sommes qu'elle estime lui être dues à compter du 6 octobre 2020 et la condamnation de l'Etat à réparer ses préjudices matériel et moral.

Sur les conclusions de la requête :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'exception de prescription de la créance

3. S'agissant de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, l'article 1er de cette loi prévoit que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Il en résulte que les règles de prescription prévues par cette loi visent les créances dont sont débiteurs l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dotés d'un comptable public mais ne sont pas applicables aux créances dont une personne privée est débitrice, quel qu'en soit le créancier. Il s'ensuit que la requérante ne peut invoquer utilement le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette loi.

En ce qui concerne la régularité de l'indu

4. Il ne résulte d 'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe que le contrôle de la situation familiale d'un bénéficiaire de l'allocation personnalisée au logement ou de revenu de solidarité active par un agent de la CAF doive être nécessairement effectué au domicile de celui-ci. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu

5. Aux termes de l'article R. 831-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'aide personnalisée au logement mentionnée au 1° de l'article L. 821-1 est attribuée, pour leur résidence principale, aux personnes qui occupent : 1° Soit le logement dont elles sont propriétaires et qui a été construit, ou amélioré, ou acquis et amélioré dans les conditions définies par le 1° de l'article L. 831-1 ; 2° Soit un logement à usage locatif, faisant l'objet d'une convention conclue en application des 2°, 3° ou 4° de l'article L. 831-1 ; 3° Soit un logement faisant l'objet d'un contrat de location-accession conclu dans les conditions prévues par la loi n° 84-595 du 12 juillet 1984 définissant la location-accession à la propriété immobilière et qui a été construit ou acquis dans les conditions définies par le 6° de l'article L. 831-1 ; 4° Soit un local privatif dans un logement-foyer tel que défini à l'article L. 633-1, faisant l'objet d'une convention conclue en application du 5° de l'article L. 831-1. Pour l'application du présent titre, sont assimilés à des propriétaires les titulaires d'un contrat leur donnant vocation à l'attribution à terme de la propriété du logement qu'ils occupent, ainsi que les porteurs de parts ou d'actions de sociétés donnant vocation à l'attribution en propriété du logement qu'ils occupent. ".

6. D'une part, aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du même code : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. () Dans des conditions définies par décret, les retenues mentionnées au premier alinéa, ainsi que celles mentionnées aux articles L. 821-5-1 et L. 845-3 du présent code, L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, sont déterminées en fonction de la composition de la famille, de ses ressources, des charges de logement, des prestations servies par les organismes débiteurs de prestations familiales, à l'exception de celles précisées par décret. En cas de fraude, le directeur de l'organisme débiteur de prestations familiales peut majorer le montant de la retenue d'un taux fixé par décret qui ne peut excéder 50 %. Ce taux est doublé en cas de réitération de la fraude dans un délai de cinq ans à compter de la notification de l'indu ayant donné lieu à majoration de la retenue () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-7 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête établi par un enquêteur de la CAF que, alors que Mme A D a déclaré à la CAF être en situation d'isolement depuis mai 2015 et assumer sans ressources la charge d'un enfant, elle n'a pas justifié de cette situation, alors que son ex-époux, M. E, a sollicité le bénéfice du RSA le 24 mai 2018 en précisant demeurer depuis 2007 dans le logement sis 193 avenue Jean Jaurès à Aubervilliers, logement conventionné pour lequel le couple qu'il formait avec Mme A D bénéficiait de l'APL. Il résulte également de l'instruction que, sollicitée par la CAF, Mme A D, qui allègue seulement que son ex-époux réside dans un autre bâtiment de l'ensemble immobilier sis à cette adresse, n'a pas établi la réalité de son isolement. En outre, M. E assume la charge de la majeure partie des dépenses quotidienne liées au domicile de la requérante. Par suite, et sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de sa situation de handicap et de ses difficultés financières, la requérante - qui d'ailleurs a déclaré à la CAF, dans sa demande de remise de dette présentée le 19 février 2019, qu'elle ne contestait pas le bien-fondé de sa demande - n'est pas fondée à contester les retenues pratiquées sur ses allocations. Il est loisible à Mme A D, si elle s'y croit fondée, et si elle peut justifier de sa bonne foi et de sa situation de précarité, de demander à la CAF de lui accorder une remise gracieuse de sa dette, dont le caractère certain, liquide et exigible n'est pas sérieusement contestable, l'intéressée se bornant à faire valoir que " le calcul des sommes dues n'est absolument pas expliqué " sans établir ni même alléguer que ce calcul serait entaché d'erreur de fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions confirmant l'indu d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par suite, les conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que les conclusions indemnitaires, en l'absence d'illégalité fautive de la CAF, doivent être rejetées.

10. Aucun dépens n'ayant été exposés en l'espèce, il n'y a pas lieu de réserver les dépens.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CAF :

11. En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner la requérante au paiement de l'indu d'aide personnalisée au logement qu'elle réclame, dès lors, notamment qu'elle dispose du pouvoir d'émettre une contrainte pour le recouvrement de cette somme qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, au département de la Seine-Saint-Denis et à Me Yturbide.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. MariasLa greffière,

D. Coulibaly

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chacun en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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