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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2011334

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2011334

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2011334
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL ZAMOUR ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre 2020 et 15 octobre 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Sebbah demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas été destinataires d'une proposition de rectification préalablement à la mise en recouvrement des cotisations supplémentaires, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- ils ne sont pas fiscalement domiciliés en France, en application de la convention fiscale conclue entre la France et Israël le 31 juillet 1995, or en application de l'article 14 de cette convention, les revenus qu'un résident contractant tire d'une profession libérale ou d'autres activités de caractère indépendant ne sont imposables que dans cet Etat ; ces revenus sont aussi imposables dans l'autre Etat contractant si ce résident y dispose de façon habituelle d'une base fixe pour l'exercice de ses activités, dans ce cas seule la fraction des revenus imputables à cette base fixe est imposable dans cet autre Etat ; or, il ne dispose en France depuis son départ en 2014 d'aucun local, bureau, ou autre, pour l'exercice de son activité qu'il effectue depuis Israël, si le siège social de la société D a été fixé à son domicile personnel, il ne saurait être considéré comme une base fixe puisqu'il n'y réside plus depuis 2014 ; par conséquent les revenus non commerciaux perçus au titre des années 2015 à 2017 sont uniquement imposables en Israël.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 avril et 18 octobre 2021, l'administrateur général chargé de la direction de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la proposition de rectification a été envoyée à M. et Mme B à la dernière adresse communiquée, ainsi qu'en atteste la fiche de dépôt d'un recommandé international ; l'attestation postale du 11 janvier 2019 établie par le responsable du service client international mentionne que le pli a été distribué aux époux B le 29 novembre 2018, ce qui est corroboré par le suivi de colis ;

- le service a considéré que les requérants étaient résidents israéliens et qu'ils n'étaient imposables en France qu'à raison de leurs seuls revenus de source française, en tenant compte de la convention franco-israélienne ; les revenus fonciers tirés de bien situés en France sont des revenus de source française et les revenus issus de l'activité de conseil de la société D ayant opté pour le régime des sociétés de personnes, et dont le siège social est situé en France, sont imposables au nom de l'associé unique.

Par ordonnance du 14 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention signée le 31 juillet 1995 entre la France et Israël en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscale en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Noël, rapporteur public,

- et les observations de Me Sebbah, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants français, résident en Israël. Les requérants ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2015 à 2017, à l'issue duquel, des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux leur ont été notifiés par une proposition de rectification du 6 novembre 2018. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, au titre des années 2015 à 2017, de montants respectifs de 53 174, 53 090 et 32 153 euros ont été mises en recouvrement le 30 juin 2019. La réclamation formée par les époux B le 23 mars 2020 a été rejetée le 21 août 2020. Par la présente requête, M. et Mme B demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " En cas de contestation sur la notification des rectifications, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification a été régulièrement adressée au contribuable.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification a été envoyée aux époux B le 8 novembre 2018 à l'adresse de leur domicile en Israël, ainsi qu'en atteste la fiche de dépôt d'un recommandé international. Il résulte également de l'attestation du service des enquêtes et réclamations du courrier international de La Poste, datée du 11 janvier 2019, dont le défaut de signature n'a pas pour effet de la priver de toute valeur probante, que le pli a été distribué aux requérants le 29 novembre 2018. Enfin, le suivi postal produit par l'administration mentionne que le pli a été envoyé le 8 novembre 2018, qu'un avis de passage a été délivré au domicile des intéressés le 13 novembre 2018, puis qu'il leur a été distribué le 29 novembre 2018. Si les requérants soutiennent que le pli a pu être délivré à un tiers non habilité, ils n'apportent aucun élément en ce sens. Au regard de la concordance des éléments de preuve produits, l'administration doit être regardée comme établissant la notification régulière de la proposition de rectification du 6 novembre 2018 aux époux B.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

Au regard du droit interne :

4. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. " Aux termes de l'article 164 B du même code : ". Sont considérés comme revenus de source française : a. Les revenus d'immeubles sis en France ou de droits relatifs à ces immeubles ; () ; c. Les revenus d'exploitations sises en France ; d. Les revenus tirés d'activités professionnelles, salariées ou non, exercées en France ou d'opérations de caractère lucratif au sens de l'article 92 et réalisées en France ; () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société.() Il en est de même, sous les mêmes conditions : () 6° Des membres des sociétés anonymes, des sociétés par actions simplifiées et des sociétés à responsabilité limitée qui ont opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues par l'article 239 bis AB () ".

6. Il est constant que M. et Mme B ont perçu des revenus tirés de biens immobiliers situés en France. D'autre part, la SASU D, située en France, dont M. B est l'associé unique, a opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes, en application des dispositions prévues par l'article 239 bis AB du code général des impôts. Les sociétés régies par l'article 8 du code général des impôts ont une personnalité distincte de celle de leurs membres et exercent une activité qui leur est propre. Dès lors que cette activité est exercée en France, les bénéfices réalisés par ces sociétés sont en principe imposables en France entre les mains de leurs membres, y compris de ceux qui résident hors de France, à proportion des droits qu'ils détiennent dans la société. Les requérants ne contestent pas que la totalité de l'activité de la société D est exercée en France. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a assujetti M. et Mme B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à raison de leurs revenus fonciers de source française et à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, correspondant aux bénéfices réalisés par la société D, ce qui n'est d'ailleurs pas utilement contesté par les intéressés.

Au regard de la convention entre la France et Israël :

7. Il incombe au juge de l'impôt de rechercher si une convention internationale relative aux doubles impositions fait obstacle à l'imposition en France de revenus qui y sont imposables en application du droit interne. En l'absence dans la convention applicable au litige de stipulations relatives aux revenus réalisés ou perçus par une société relevant du régime des sociétés de personnes, prévu notamment par les dispositions de l'article 8 du code général des impôts, il lui appartient de faire application de la convention à cette société qui, eu égard à son régime rappelé ci-dessus, est susceptible d'être regardée comme résidente de France et de vérifier qu'aucune de ses stipulations ne s'oppose à l'imposition en France de ces revenus. Si tel est le cas, il lui revient également de vérifier qu'aucune stipulation de la convention ne s'oppose à ce que l'impôt dû en France à raison de ces revenus soit réclamé aux associés. En l'absence d'une telle stipulation, l'associé non résident de cette société ne peut se prévaloir ni des stipulations de la convention, relatives aux divers revenus qu'elle mentionne ni de celles de l'article précisant le régime d'imposition des autres revenus dès lors que l'ensemble de ces stipulations ne sont applicables qu'aux revenus réalisés en propre par la société et non à ceux sur lesquels l'associé non résident est imposé au prorata de sa participation au capital de cette société.

8. Les requérants invoquent l'article 14 de la convention fiscale conclue entre la France et l'Etat d'Israël, aux termes duquel : " 1. Les revenus qu'un résident d'un Etat contractant tire d'une profession libérale ou d'autres activités de caractère indépendant ne sont imposables que dans cet Etat ; toutefois, ces revenus sont aussi imposables dans l'autre Etat contractant dans les cas suivants : a) Lorsque ce résident dispose de façon habituelle, dans cet autre Etat, d'une base fixe pour l'exercice de ses activités ; dans ce cas, seule la fraction des revenus imputable à cette base fixe est imposable dans cet autre Etat ; () ". Les bénéfices non commerciaux perçus par M. B ne correspondent toutefois pas à des revenus tirés d'une profession libérale ou d'autres activités de caractère indépendant mais à des bénéfices réalisés par une société de personnes, dont il est l'associé unique. Les requérants ne peuvent, par suite, pas utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-israélienne.

9. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 4 de la convention franco-israélienne : " Au sens de la présente convention, l'expression " résident d'un Etat " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat ou pour la fortune qui y est située ". En application de ces stipulations, la SASU D doit être regardée comme résidente de France au sens de la convention franco-israélienne. Aucune des stipulations de cette convention n'est applicable aux revenus réalisés ou perçus par une société relevant du régime des sociétés de personnes, prévu notamment par les dispositions de l'article 8 du code général des impôts et aucune stipulation ne s'oppose à ce que l'impôt dû en France à raison de cette quote-part soit réclamé aux associés. Par suite, la convention conclue le 31 juillet 1995 entre la France et l'Etat d'Israël ne fait pas obstacle à l'imposition en France, entre les mains de M. B, des bénéfices réalisés par la société D

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général chargé de la direction de contrôle fiscal Ile-de-France

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Touboul, conseillère,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

S. C Le président,

B. Auvray

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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